Les trois professeurs veulent comparer l'épaisseur de l'acier au moment de la construction et ce qu'il en reste maintenant pour mieux établir la capacité portante du pont.

Trois professeurs de Laval scruteront le pont de Québec

Des professeurs de l'Université Laval veulent mener des études indépendantes pour connaître l'état réel du pont de Québec.
Michel Duguay, professeur au Département de génie électrique connu pour son opposition à la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2, croit tout à fait approprié de mesurer l'avancement de la rouille et de calculer la capacité portante du pont de Québec dans son état actuel.
La conclusion d'une entente entre le CN et le gouvernement du Québec, qui investiront 95 millions $ sur 10 ans dans l'entretien de la structure, ne le décourage pas, au contraire. Les rapports d'inspection et le détail des interventions ne sont pas rendus publics car le pont est une propriété privée.
Accident au Minnesota
M. Duguay rappelle que l'effondrement de ponts est une réalité. Le cas le plus récent, le plus proche et le plus dramatique est celui du pont de Minneapolis, au Minnesota, survenu en 2007 et ayant fait 13 morts. Un défaut de conception, la corrosion et des fissures «de stress» ont précipité sa chute.
«Quand on a construit des ponts en 1917 [l'année de l'inauguration du pont de Québec], il y avait quelques autos qui n'étaient pas très pesantes. Jamais ils [les ingénieurs] n'avaient prévu qu'il y aurait un trafic continu pare-chocs à pare-chocs. Ça explique l'effondrement d'un grand nombre de ponts. Ils n'ont pas été conçus pour la charge qui est là maintenant», fait valoir M. Duguay.
Pour vérifier si le pont de Québec est capable d'absorber le trafic automobile et ferroviaire auquel il est soumis ces années-ci, Mario Fafard, professeur de génie civil spécialisé en structures, propose d'en faire la modélisation. Il pourrait alors comparer l'épaisseur de l'acier au moment de la construction et ce qu'il en reste maintenant pour mieux établir la capacité portante du pont dans son état actuel.
Or, il doit pour cela mettre la main sur les plans et devis initiaux de l'ouvrage, ce qui n'apparaît pas évident, et mesurer précisément la progression de la rouille.
Besoin de peinture 
C'est là que pourrait intervenir Xavier Maldague, collègue spécialisé dans la mesure de la corrosion. Celui-ci suggère d'utiliser une technique de vision infrarouge pour mesurer l'épaisseur de l'acier en plusieurs points du pont et cartographier les résultats, qui seraient ensuite soumis à des experts en structures.
Les trois professeurs s'entendent pour dire que la peinture de l'ouvrage devrait faire partie du programme d'entretien du pont, car elle a un effet protecteur important. Or, rien n'est prévu dans l'entente dévoilée lundi. «Il faut que ça se règle parce que plus on attend, plus il y a des épaisseurs de rouille à enlever, plus les pièces vont avoir besoin de réparations. [...] Si une pièce qui a quelques millimètres ou quelques centimètres d'épais s'amincit, elle devient moins résistante, et c'est certain qu'il va falloir la remplacer à un moment donné», dit M. Fafard.
Le groupe prévoit une rencontre cette semaine sur ce thème avec le vice-recteur général et au développement, Éric Bauce.