Le maire Denis Coderre accueille des demandeurs d'asile à l'extérieur du Stade olympique de Montréal, jeudi.

Trois fois plus de demandeurs d'asile arrivent au Québec depuis 15 jours

La ministre québécoise de l'Immigration a confirmé jeudi que le nombre de demandeurs d'asile qui arrivent chaque jour au Québec a triplé depuis deux semaines.
Alors qu'une cinquantaine de demandeurs arrivaient au Québec, chaque jour entre le 1er et le 19 juillet, ce nombre atteint maintenant 150 par jour, a indiqué Kathleen Weil, jeudi, en conférence de presse à Montréal. Le Québec a accueilli cette année, jusqu'à la fin de juin, 6500 demandeurs d'asile; si la tendance se maintient, ce nombre pourrait atteindre 12 000 d'ici la fin de l'année, estime le ministère de l'Immigration.
Jeudi matin, 1575 demandeurs du statut de réfugié étaient hébergés temporairement au Québec. La ministre Weil reconnaît que cet afflux soudain exerce une pression importante sur les structures d'accueil, mais elle a bon espoir que la province pourra offrir les soins requis à ces demandeurs pendant le processus d'examen mené par les autorités fédérales.
Mme Weil précise que le gouvernement du Québec est en contact permanent avec plusieurs administrations municipales, dont la Ville de Montréal, «qui détiennent une expertise importante, notamment en matière de recherche de logements».
Depuis mercredi, le Stade olympique est ainsi réquisitionné pour accueillir temporairement d'ici septembre jusqu'à 600 de ces demandeurs d'asile en attente d'une décision fédérale, car les organismes publics ne peuvent plus trouver suffisamment de places dans les hôtels de la région. La Croix-Rouge et d'autres organismes ont mis en place lits de camp et cantines pour ces demandeurs, qui sont aussi soignés, le cas échéant.
Haïtiens inquiets
Plusieurs de ces demandeurs sont des ressortissants haïtiens qui avaient bénéficié d'un «statut de protection temporaire» aux États-Unis après le séisme dévastateur de 2010 en Haïti. Or, l'administration de Donald Trump entend mettre un terme à ce programme humanitaire, et jusqu'à 60 000 Haïtiens risquent d'être renvoyés dans leur pays.
En vertu de l'Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs, les demandeurs d'asile sont tenus de présenter leur demande dans le premier pays où ils arrivent. Les migrants qui arrivent des États-Unis ne peuvent donc demander l'asile à un poste-frontière canadien; ils peuvent cependant le faire une fois en territoire canadien, après avoir été interceptés en passant la frontière de façon irrégulière, entre deux postes officiels.
«Les gens sur les médias sociaux donnent plein d'informations - en créole d'ailleurs - sur les façons d'entrer au Canada et racontent que "ici, c'est magnifique, venez, venez, venez!"» expliquait jeudi Marjorie Villefranche, directrice générale de la Maison d'Haïti, à Montréal, qui reçoit tous les jours des demandeurs du statut de réfugié. «Mais il y a énormément de démarches en immigration à faire, et la réponse au bout est inconnue.»
Mme Marjorie comprend tout de même que ces Haïtiens veulent «trouver ici une solution permanente pour leur famille». Et en attendant la décision d'Ottawa, «qui peut prendre quelques années», les gens espèrent - «parce que les gens vivent d'espoir».
Vérifications de sécurité
Au nom du gouvernement fédéral, le député libéral de Ville-Marie-Le Sud-Ouest-Île-des-Soeurs, Marc Miller, a assuré jeudi matin que l'Agence des services frontaliers du Canada était capable de gérer ces fluctuations importantes dans le volume de demandes d'asile, «sans compromettre la sécurité des Canadiens».
La ministre Weil rappelle aussi qu'Ottawa s'assure «que toutes les vérifications de sécurité et d'identification nécessaires sont effectuées, et s'engage à prévoir les ressources nécessaires pour accélérer le traitement des demandes d'asile et les démarches d'obtention d'un permis de travail, ainsi que pour garantir une meilleure répartition des demandeurs à travers le pays».
Le député Miller a indiqué qu'Ottawa augmenterait les effectifs et les ressources financières pour assurer un traitement des demandes d'asile dans un délai raisonnable. Il a aussi précisé que les demandeurs qui ne souhaitent pas demeurer au Québec pourront voir leur dossier transféré dans une autre ville, ce qui réduira la pression sur les structures d'accueil temporaire dans cette province.
À Hemmingford 
Du côté canadien d'un point d'entrée non officiel très prisé des migrants, à Hemmingford, à 70 kilomètres au sud de Montréal, les agents de la Gendarmerie royale du Canada ont même installé un centre d'accueil improvisé, alors que ce secteur était jusqu'ici surveillé par une ou deux voitures de patrouille. Les demandeurs en provenance de l'État de New York peuvent recevoir une bouteille d'eau et s'asseoir sous un chapiteau pour se protéger du soleil avant de monter dans des autobus.
L'agent Erique Gasse, de la GRC, précise que tout demandeur soupçonné d'être un criminel sera immédiatement détenu, mais la plupart des migrants sont conduits au poste-frontière de Lacolle, pour y soumettre leur demande d'asile. «Nos agents font un travail remarquable sur le terrain», a-t-il soutenu dans une entrevue téléphonique. «Ils sont patients, professionnels - des policiers canadiens qui font leur travail, tout simplement.»  Avec Le Quotidien
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Pas d'impact à Québec
Le phénomène de hausse des demandes d'asile ne devrait pas avoir d'impact ailleurs qu'à Montréal, étant donné que toutes les ressources qui s'occupent des immigrants illégaux sont concentrées dans la métropole.
Dans la capitale, les Habitations du Centre multiethnique de Québec n'ont pas été contactées pour héberger temporairement une partie des demandeurs d'asile qui affluent, en provenance des États-Unis. «On verra ce que le ministère de l'Immigration décidera par rapport à ça, si jamais ils sont trop débordés. Mais je vous dirais que normalement, on ne reçoit pas d'immigrants illégaux. On n'est pas dédiés à cette clientèle», commente Sandrine Viel, directrice des Habitations.
Le Centre multiethnique de Québec est plutôt équipé pour recevoir des immigrants ou des réfugiés qui ont déjà obtenu leur statut de résident permanent alors qu'ils étaient à l'étranger. Mme Viel explique que les demandeurs d'asile doivent entreprendre de nombreuses démarches avant de recevoir - peut-être - leurs papiers, et se présenter à plusieurs rendez-vous dans des bureaux situés à Montréal. Si bien qu'il est plus facile qu'ils soient hébergés temporairement dans la métropole. 
Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Ouest-de-l'Île-de-Montréal confirme qu'il concentre ses recherches d'hébergement à Montréal, afin d'éviter d'avoir recours à des navettes. 
Arrivées «anecdotiques»
Ces derniers jours, les demandeurs d'asile se sont presque tous présentés près du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, dans le rang Roxham. Les autres postes frontaliers n'ont pas eu à vivre le même scénario. 
Que ce soit à Armstrong et à Saint-Just-de-Bretenières, en Chaudière-Appalaches, ou à Stanstead, en Estrie, les demandeurs d'asile sont plutôt rares. «Il peut y en avoir, mais c'est vraiment anecdotique. La situation est très différente de ce qui se passe près de Lacolle», indique Judith Gadbois-St-Cyr, conseillère en communication pour l'Agence des services frontaliers du Canada. 
L'Agence ne publie d'ailleurs pas de statistiques sur les demandes d'asile qui sont faites dans ces postes frontaliers, étant donné que les chiffres sont minimes. «Ça rendrait l'identification de ces personnes trop facile, ce qu'on ne souhaite pas», justifie Mme Gadbois-St-Cyr. 
Le journal La Voix du Sud rapportait en avril dernier qu'une famille de cinq personnes avait illégalement traversé la frontière près du poste de Saint-Just-de-Bretenières, mais ces cas ne sont pas légion. 
Le rang Roxham aurait d'ailleurs des caractéristiques géographiques qui facilitent le passage des immigrants illégaux. «C'est un chemin naturel. Ils n'ont pas de boisé, de clôture, de lac ou d'autres obstacles à traverser, comme ça peut être le cas ailleurs», explique Mme Gadbois-St-Cyr.