Marie-Élaine Boivin et ses trois filles, qui ont contracté la COVID-19
Marie-Élaine Boivin et ses trois filles, qui ont contracté la COVID-19

Trois enfants contaminés par la COVID: une mère raconte son calvaire  

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Marie-Élaine Boivin rage chaque fois qu’elle entend que la COVID-19 épargne les enfants. Elle est bien placée pour le savoir : ses trois filles ont été contaminées, dont une qui s’est retrouvée à l’urgence.  

Fin septembre, après deux semaines marquées par la fièvre, la diarrhée, les maux de gorge et une grande fatigue, la fille de 8 ans de Mme Boivin, Sacha, a commencé à voir apparaître une multitude d’ecchymoses et d’hématomes sur son corps.  

Le ventre, les bras, les jambes, les pieds, les mains : «il n’y a pas une place où elle n’avait pas un bleu», raconte sa mère. À un moment, Marie-Élaine Boivin a fait un bisou à sa fille, et elle lui a fait un autre bleu.  

Une infirmière de la Santé publique de la Capitale-Nationale lui a dit que ce n’était pas normal. C’est là que Mme Boivin, qui habite Sainte-Brigitte-de-Laval, a décidé d’aller à l’urgence du CHUL, où sa fille a été hospitalisée.  

La COVID aurait provoqué chez la fillette un purpura thrombopénique immunologique, une maladie du sang qui se caractérise par une attaque des plaquettes responsables de la coagulation par des auto-anticorps.  

«Ses anticorps sont allés combattre le virus, mais en même temps sont allés défaire toutes ses plaquettes sanguines», explique Mme Boivin.   

Sacha, qui n’avait jamais souffert du purpura thrombopénique, a reçu des médicaments qui sont en voie de rétablir ses plaquettes sanguines. Mais Mme Boivin doit continuer un suivi avec sa fille en hématologie et a eu une grande frousse.   

«J’aurais pensé être hospitalisée bien avant elle, dit Marie-Élaine Boivin, qui a eu la COVID elle aussi. C’est tellement un enfant qui est en santé. J’ai eu peur. Il ne fallait pas qu’elle bouge. Elle pouvait faire une hémorragie».  

«Le monde pense que nos enfants ne peuvent pas être malades, qu’il y a juste les personnes âgées qui sont à risque, ajoute la maman. Ce n’est pas vrai».  


« «J’aurais pensé être hospitalisée bien avant elle. C’est tellement un enfant qui est en santé. J’ai eu peur. Il ne fallait pas qu’elle bouge. Elle pouvait faire une hémorragie». »
Marie-Élaine Boivin

Pas un rhume 

L’hospitalisation de Sacha a été le point culminant d’un calvaire pour cette mère qui s’est retrouvée seule et malade avec ses trois filles qui avaient contracté la COVID.  

Le coronavirus a commencé à se manifester le 13 septembre dans la maison de Sainte-Brigitte-de-Laval. Mais les symptômes ont d’abord confondu Mme Boivin.  

Le dimanche, sa fille de 8 ans a mal à la tête, fait un peu de fièvre et est amorphe. Mais le lendemain, elle semble assez en forme pour aller à l’école. En rentrant le soir, elle manque d’appétit et est fatiguée, mais elle n’a pas de toux et n’a pas perdu le goût ou l’odorat.  

Le mercredi, Mme Boivin commence de son côté à avoir mal au ventre, à la gorge et à la tête. Mais elle se sent quand même en forme.  

Elle le regrette aujourd’hui, mais toute la semaine du 14 au 18 septembre, Mme Boivin continue à travailler à l’école du Trivent 1, à Saint-Brigitte-de-Laval, où elle est éducatrice auprès des maternelles. Sa fille de 8 ans continue aussi à aller à l’école du Trivent 2, dans sa classe de 3e année.  

«Je me disais que c’était un simple rhume, [que] ben non, on est en train de virer fou, on est encore fonctionnels», raconte Marie-Élaine Boivin.  

Entre-temps, le papa part comme prévu à la chasse dans une réserve faunique où il ne sera pas joignable durant quelques jours.  

Mais durant la fin de semaine, les deux autres filles de Marie-Élaine Boivin, âgées de 10 et 16 ans, commencent à avoir mal à la tête et à la gorge elles aussi. «Là, je suis comme : OK, ça ne pas de bon sens, on va se faire tester», raconte Mme Boivin.  

Le 20 septembre, la mère et ses trois filles vont donc se faire tester au centre de dépistage de la place Fleur de Lys, à Québec. En attendant les résultats, Mme Boivin et ses enfants restent en quarantaine à la maison.  

La semaine suivante, Marie-Élaine Boivin a une migraine si intense qu’elle doit se rendre à l’urgence de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, où elle est placée en «zone tiède» parce qu’elle attend les résultats de ses tests. Le médecin semble en faire peu de cas. «Il me dit : écoutes, tu fais une méga migraine, prends ces pilules, va dormir et ça va passer», raconte Mme Boivin.  

L’attente des résultats est angoissante. Marie-Élaine Boivin a alerté son employeur et a contacté tous les membres du groupe avec lequel elle a fait une sortie de cueillette de pommes pour qu’ils surveillent leurs symptômes.  

Environ une semaine et une autre visite au centre de dépistage plus tard, le verdict tombe : la mère et ses trois filles ont la COVID-19. Mais, à ce point-là, la mère, qui avait perdu le goût et l’odorat, était convaincue que toute la maisonnée avait contracté le virus.  

Durant les semaines de maladie, Marie-Élaine Boivin était angoissée à l’idée que sa fille de 8 ans ou elles aient contaminé d’autres personnes durant la première semaine de l’infection. Mais Mme Boivin affirme qu’aucun cas n’a été signalé dans la classe de son enfant au Trivent 2 ni dans la classe de maternelle du Trivent 1 avec laquelle Mme Boivin travaille avec un masque et une visière. 

Marie-Élaine Boivin n’a pas pu retourner travailler depuis trois semaines. Elle est toujours en confinement. Sa fille de 16 ans est à la maison un jour sur deux en vertu des nouvelles mesures du secondaire. Sa fille de 8 ans se remet encore des complications de la COVID.  

Quant à sa fille de 10 ans, elle a finalement pu retourner à l’école cette semaine après sa période d’isolement. Mais le lendemain, sa mère a reçu un courriel lui annonçant qu’un élève de la classe de 5e année avait contracté la COVID. Tout son groupe doit se placer en retrait préventif à la maison.