Xavier Daigle, de la Nation huronne-wendat, lors des fouilles qui ont eu lieu en octobre.

Trésors archéologiques à L’Ancienne-Lorette

Le sous-sol du presbytère de L’Ancienne-Lorette, qui doit être excavé pour permettre la construction d’un nouveau centre communautaire, laisse deviner un site archéologique «exceptionnel» à l’échelle du Québec et même du Canada. Quelques sondages réalisés cet automne ont déjà permis de trouver des trésors témoignant de l’occupation autochtone, française et anglaise.

Les environs de l’église Notre-Dame-de-L’Annonciation sont reconnus pour être très riches historiquement. Les Hurons-Wendat s’y sont installés en 1673, à proximité de la rivière Lorette et autour d’une première chapelle animée par les Jésuites, avant de se replier en 1697 vers la «Jeune Lorette» devenue Wendake depuis. Le site a été récupéré par les colons français et occupé aussi par les Britanniques.

Un premier presbytère a été construit en 1720. Un deuxième presbytère, de brique et de bois, inspiré du courant «à l’italienne», l’a remplacé en 1893 et est toujours debout. C’est lui qui sera transformé pour abriter le prochain centre communautaire de L’Ancienne-Lorette. Un bâtiment «ultramoderne» doit lui être greffé, après la démolition de l’annexe abritant les cuisines, qui date de 1916. Comme il y aura des travaux d’excavation, des archéologues sont déjà sur les traces du passé. 

Au courant du mois d’octobre, l’équipe de GAIA, coopérative de travail en archéologie mandatée par la Ville de L’Ancienne-Lorette pour évaluer le potentiel du site, a ouvert quelques tranchées d’un mètre par trois mètres ici et là. À quelques centimètres sous l’asphalte se cachaient de belles surprises. «On a trouvé des couches d’occupation, de nombreux artéfacts. Tout est bien stratifié. On voit vraiment l’histoire du site se dérouler devant nos yeux», raconte l’archéologue Stéphane Noël. 

Parmi les belles trouvailles : de la poterie amérindienne, un morceau de pipe en pierre, des chaudrons de cuivre martelés et découpés, des perles en verre et même en cuivre dont l’origine est encore une intrigue. Les fouilles ont aussi permis de découvrir des trous de poteaux associés à des structures autochtones et françaises, un mur qui laisse deviner une glacière, des ossements de castors et d’originaux, des graines et autres restes de nourriture. Plusieurs objets sont en laboratoire actuellement pour être lavés, datés et inventoriés. 

Les fouilles sont facilitées par la carte de «Sr Devilleneuve, ingénieur du Roy» rédigée en 1685 et 1686. Le village huron de Notre-Dame-de-Lorette y est représenté avec ses maisons longues disposées autour d’une première chapelle.

Belles trouvailles

Pour M. Noël, c’est de l’archéologie urbaine à son meilleur. «C’est très bien préservé. Ça permet de documenter toute l’occupation du secteur, du noyau de L’Ancienne-Lorette. À partir du 17e siècle jusqu’à aujourd’hui, on a dans un spot quasiment l’histoire de la ville au complet.»

L’intérêt vient aussi du fait que cette période — qui correspond aux premiers échanges entre autochtones et colons européens — est très peu documentée au Québec et au Canada. «Il y a une interaction culturelle qui est très intéressante. Les autochtones vont intégrer différents objets européens, mais en même temps, ils continuent de produire leurs objets traditionnels», fait valoir l’archéologue. 

La Ville de L’Ancienne-Lorette a d’ailleurs associé dès le début la Nation huronne-wendat aux travaux archéologiques. Louis Lesage, directeur du bureau du Nionwentsïo, apprécie le geste et ne cache pas son enthousiasme face aux fouilles. «C’est probablement le seul site au Canada, datant de cette époque-là, où on trouve des maisons longues de la grande famille iroquoienne. Et c’est une époque vraiment importante, celle du contact, le début d’un mélange», souligne-t-il. «C’est aussi un beau site unique du fait qu’on sait qu’il y avait une relation très étroite entre les Français et les Hurons.»

Partie de pipe en pierre trouvée sur le site du presbytère de L’Ancienne-­Lorette.

M. Lesage va même jusqu’à comparer le cœur de la paroisse Notre-Dame-de-L’Annonciation au site archéologique Cartier-Roberval de Cap-Rouge, qui témoigne de la toute première colonisation française. Il ne met pas de pression pour autant sur ses partenaires pour la suite des choses. «C’est vraiment à L’Ancienne-Lorette de décider. Ils sont chez eux et on respecte ça énormément. Nous, on n’est pas là pour revendiquer un territoire, on n’est pas là pour dire que c’est chez nous. On travaille main dans la main», insiste-t-il. 

Le maire de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger, a déjà annoncé au Soleil que les artéfacts datant de l’occupation autochtone seraient remis à la Nation huronne-wendat, qui, elle, les destine à son musée. 

Martin Blais, directeur du Service des loisirs de L’Ancienne-Lorette et responsable du projet de centre communautaire, confirme que des fouilles en bonne et due forme sont prévues l’été prochain avant la mise en chantier. Son équipe travaille actuellement sur l’appel d’offres pour des services en archéologie. La nature, l’ampleur et l’échéancier des travaux y seront précisés, après réception du concept final d’architecture pour le nouveau bâtiment. 

Au cours de nos entrevues, personne n’a évoqué la possibilité d’annuler le projet en raison de la richesse du sous-sol. «C’est un site extraordinaire et on l’a bien compris. C’est pour ça qu’on veut bien faire les choses, les faire dans le respect. Et il faut se rappeler que les fouilles sont là parce qu’on veut faire un centre communautaire. S’il n’y avait pas de projet de bâtiment, probablement qu’on n’irait pas creuser dans ce secteur-là. C’est une belle opportunité», résume M. Blais.