76 travailleuses du sexe ont été interrogées dans le cadre de l'enquête.

Travailleuses du sexe cherchent autre travail

Près des deux tiers des travailleuses du sexe de la capitale laisseraient tout tomber pour exercer un autre métier si elles en avaient l'opportunité, selon une étude réalisée à l'été 2013 dans le cadre du projet L.U.N.E. Cette enquête visait à dresser le profil socioprofessionnel et un «portrait d'employabilité» de ces femmes vivant dans la marginalité.
«Plus une expérience de vie que de travail», «La prostitution, c'est un vrai travail», «La prosto [prostitution], c'est briser la solitude car ça donne un peu d'argent et de sécurité» figurent parmi les commentaires recueillis et publiés dans ce rapport rendu public lundi.
«Ce sont des femmes qui possèdent beaucoup de compétences et de scolarité, mais qui ont aussi énormément de besoins», explique Amélie Bédard, coordinatrice du projet L.U.N.E. (pour Libres, Unies, Nuancées et Ensemble). «La majorité aimerait faire autre chose, mais pas à n'importe quel prix», ajoute-t-elle, précisant que les travailleuses du sexe disposent d'une grande autonomie dans leur travail, sans compter une rémunération appréciable contre laquelle un boulot au salaire minimum ne peut rivaliser.
«C'est un service d'orientation dont j'ai besoin, car je ne sais plus du tout ce que j'aime dans la vie et je ne sais plus qui je suis», affirme sans détour une répondante.
«Il faut savoir écouter ces femmes car elles ont des choses à dire. Elles déplorent que les programmes d'emplois offerts ne soient pas adaptés à leur réalité», ajoute Mme Bédard.
Commentaires touchants
Beaucoup de ces femmes n'ont pas caché leur désarroi à travers des commentaires touchants. «J'ai besoin de retrouver mon estime de moi, car j'ai vécu de la violence psychologique et physique. J'ai besoin de soutien psychologique, je suis en train de faire un suicide déguisé. J'ai besoin d'un lit, de manger et d'arrêter de manger des coups de poing sur la gueule.»
Cette enquête a été qualifiée de «novatrice et unique» du fait que les participantes ont été impliquées à toutes les étapes de sa réalisation. La cueillette d'informations auprès de 76 travailleuses du sexe - «ou à fort risque de l'être» en raison de leurs fréquentations ou leur consommation d'alcool ou de drogues - s'est à l'occasion déroulée dans des conditions difficiles. 
«Parfois, ça se passait sous un auvent puisqu'il pleuvait à verse, peut-on lire dans le rapport. D'autres fois, les questions pouvaient remuer des émotions très pénibles pour les répondantes qui devaient les gérer sur le coup.»
Parmi ces femmes, la plupart âgées de 30 à 39 ans (34 %), il faut noter cinq mineures de 15 à 19 ans (7 %). «Il était toutefois difficile de dire si elles étaient des travailleuses du sexe ou à risque de l'être», précise Mme Bédard.