C'est surtout dans la transformation de crabe des neiges que les Mexicains seront appelés à travailler, dans les usines du Québec maritime.
C'est surtout dans la transformation de crabe des neiges que les Mexicains seront appelés à travailler, dans les usines du Québec maritime.

Travailleurs étrangers: les secteurs agricole et des pêcheries poussent un soupir de soulagement 

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
CARLETON – Inquiets depuis lundi à propos de la fermeture des frontières aux ressortissants étrangers, les secteurs agricole et des pêcheries poussent un soupir de soulagement à la suite des propos tenus mercredi par le premier ministre québécois François Legault, qui s’est entendu en principe avec le gouvernement fédéral au sujet d’assouplissements.

Cette fermeture des frontières est entrée en vigueur mercredi à midi. Le premier ministre Legault a indiqué s’être entendu avec son homologue fédéral Justin Trudeau et la vice-première ministre Chrystia Freeland pour laisser entrer les travailleurs étrangers temporaires, qui viennent du Mexique et d’Amérique centrale.

«L’objectif du gouvernement fédéral, c’est de permettre à tous les travailleurs temporaires étrangers qui ont déjà un emploi de prévu ici, d’entrer. Ça c’est clair. Évidemment il y a des exceptions. Par exemple, si on parle d’agriculture; le Guatemala a comme fermé ses aéroports pour ses vols commerciaux. Mais si, par exemple, une compagnie québécoise, canadienne nolisait un avion pour aller chercher des personnes là-bas pour les emmener ici, le gouvernement fédéral serait d’accord pour les accueillir», a indiqué M. Legault.

«C’est important, il faut le comprendre. Parce que si on regarde tous les fruits et les légumes, on importe beaucoup l’hiver mais l’été, on produit ici et il y a quand même une grande partie de la production qui est faite par des travailleurs temporaires étrangers. Puis je sais là, puis je veux en profiter pour rassurer les agriculteurs qui nous écoutent parce que je sais qu’il y en a beaucoup qui sont inquiets. On est en train de faire une entente qui va marcher avec le gouvernement fédéral pour que ces travailleurs-là puissent faire leur travail», a-t-il ajouté.

Autour de 16 000 travailleurs étrangers temporaires viennent au Québec chaque année. Ils occupent surtout des emplois agricoles. L’Union des producteurs agricoles avait d’ailleurs exprimé ses inquiétudes au sujet de la fermeture des frontières aux ressortissants étrangers à la suite du point de presse de Justin Trudeau lundi.

Dans la transformation de produits marins, le président de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche, Bill Sheehan, avait aussi exprimé de vives inquiétudes lundi. Il avait d’ailleurs demandé au ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, d’entamer une démarche auprès du gouvernement fédéral pour que des assouplissements soient instaurés. M. Sheehan était soulagé, mercredi.

«Les usines de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine et de la Côte-Nord auront besoin de 250 à 300 travailleurs étrangers. On sait aussi que le secteur des pêches du Nouveau-Brunswick a besoin de 2000 de ces travailleurs pour la saison. La pression sur le gouvernement fédéral est venue de là aussi. Dans certaines usines du Nouveau-Brunswick, la main-d’œuvre étrangère compose 50 % des travailleurs de production», précise M. Sheehan.

Dans l’usine qu’il gère avec les autres membres de sa famille, la firme E. Gagnon et Fils, de Sainte-Thérèse-de-Gaspé, 55 Mexicains sont supposés entrer le 2 avril.

«Ils vont maintenant faire une quarantaine. Ils seront disponibles 14 jours plus tard, donc le 16. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est la règle et elle sera respectée. C’est une année de contraintes», souligne Bill Sheehan.

La firme E. Gagnon et Fils accueille des travailleurs mexicains depuis 2018. Ils étaient 20 il y a deux ans et 40 l’an passé.

«Nous avons eu jusqu’à 650 personnes à l’emploi de la compagnie lors du pic de 2019, mais ça inclut toutes les personnes à l’administration, au camionnage et dans d’autres services extérieurs à l’usine. Les Mexicains occupent 10 % de nos postes à l’usine, un peu plus même. Il y a pénurie de main-d’œuvre pour ces postes dans la région», ajoute M. Sheehan.

«Si les Mexicains ne venaient pas, il y a des productions qu’on devrait laisser tomber. On n’aurait pas assez de monde pour faire les produits de niche pour l’Asie, pour le Japon précisément. On devrait faire seulement des paquets de 30 livres pour le marché américain», précise M. Sheehan.