Le RTC prévoit enregistrer 45 363 000 déplacements en 2017, en hausse de 1 % sur 2016. C’est la première augmentation notée depuis 2013.

Transport en commun: le seuil de saturation atteint, selon le RTC et la mairie

Malgré une légère hausse de l’achalandage en 2017, le réseau de transport en commun de Québec a atteint son «seuil de saturation». «On est à la limite de ce que le système peut donner», insiste le maire Régis Labeaume, convaincu qu’ajouter simplement des autobus aggraverait la congestion et coûterait plus cher.

Le Réseau de transport de la Capitale (RTC) et l’administration Labeaume ont parlé d’une seule voix, mardi, lors de l’étude du budget de la société de transport en commun. Sans évoquer un mode en particulier, tramway ou service rapide par bus (SRB), les gestionnaires et les décideurs ont plaidé pour une transformation majeure du réseau, en contraste avec le discours de type «faire plus avec moins» de Québec 21.

«Ajouter des autobus à la queue leu leu, on le sait que ça marche plus», a fait valoir le maire Labeaume, référant à la congestion dans les voies réservées au transport collectif, notamment dans la côte d’Abraham et sur les boulevards Laurier et René-Lévesque. 

M. Labeaume a aussi fait valoir qu’il en coûte de plus en plus cher pour augmenter les parts de marché du RTC. «Ils vont les chercher les nouveaux points d’augmentation en saignant du nez pis en arraché», a-t-il illustré. 

Le RTC prévoit enregistrer 45 363 000 déplacements en 2017, en hausse de 1 % sur 2016. C’est la première augmentation notée depuis 2013. L’an prochain, une progression de 0,5 % est anticipée. 

Alain Mercier, directeur général du RTC, a confirmé que l’ajout de parcours express et de nouveaux outils technologiques comme Nomade temps réel ont permis d’attirer un peu de clientèle dernièrement. Mais il voit mal comment exploiter davantage le modèle actuel. 

«On arrive à la fin de notre capacité de se donner de l’air. Si on ne fait pas d’autres choses, on va juste continuer dans notre propre congestion et on ne pourra pas transporter plus de monde. Même si on veut stimuler l’offre, on n’aura pas de retour sur l’investissement», a-t-il expliqué.  

Le président du RTC refuse pour sa part de «se péter les bretelles», même s’il croit que les récentes statistiques dénotent «qu’on est en train d’infléchir l’espèce de tendance qu’on avait au plafonnement». 

Pour vraiment propulser le transport en commun dans la capitale, Rémy Normand plaide — comme Équipe Labeaume en campagne électorale — pour un nouveau réseau structurant. Il le destine aux axes où il y a «de la densité, de la mixité [résidentielle/commerciale] et des générateurs de déplacements». Cela éloigne de plus en plus le scénario du boulevard Charest où devait circuler le SRB, même si M. Normand ne prend pas position sur cette délicate question.

Budget de 219,4 millions $

Pour 2018, le RTC présente un budget équilibré de 219,4 millions $, en hausse de 2,4 % sur l’an dernier. L’agglomération de Québec augmente sa contribution de 2,9 % pour atteindre 118,5 millions $. Les usagers paieront 1,6 % de plus. «C’est la plus faible hausse en 20 ans de la portion des utilisateurs», a mis de l’avant Rémy Normand. 

Il faut dire qu’en 2017, la croissance des ventes a dépassé celle de l’achalandage. Les revenus attribuables aux usagers ont augmenté de 4,5 %. Cela grâce à une progression des ventes de laissez-passer mensuels et au succès des titres taillés sur mesure pour le Festival d’été de Québec.  

Au niveau des investissements, les années 2018 à 2020 ne seront pas les plus fastes. Le plan triennal d’immobilisations du RTC totalisera 303,6 millions $. «On veut se donner un petit peu d’air parce qu’on se prépare pour les prochaines années où on aura de gros investissements à faire. Essentiellement, on se met au régime», a indiqué le dg Alain Mercier. 

Il y aura néanmoins 132,7 millions $ consacrés à l’achat de véhicules hybrides, d’abord 64 midibus, puis 65 autobus standards. 

Quatre pôles d’échanges seront également construits dans les secteurs du boulevard Laurier, de l’Université Laval, de Saint-Roch et D’Estimauville, moyennant 41,7 millions $. M. Normand a assuré qu’ils s’adapteront aussi bien au tramway qu’au SRB. Il ne s’inquiète pas non plus pour le tracé. «Moi, je serais très étonné qu’un mode structurant ne passe pas par une de ces places-là», a-t-il lancé. 

La réfection du centre Lebourgneuf se poursuit et commandera 27,7 millions $. L’aménagement de nouveaux Parc-O-Bus coûtera 15,8 millions $.  Avec Jean-François Néron

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GOSSELIN SCEPTIQUE SUR LA CONGESTION

Le chef de Québec 21 n’achète pas l’argument selon lequel ajouter des autobus ne ferait qu’aggraver la congestion. Il soutient même que le tramway ne peut faire mieux que l’autobus.

Jean-François Gosselin s’est attaqué, mardi, au constat des administrateurs du RTC et du maire de Québec. Selon eux, il devient inutile et coûteux d’ajouter des autobus aux heures de pointe pour régler la congestion.

«Moi, je n’embarque pas là-dedans. On a une offre et on a une demande. Quand on a trop de demandes, on ajoute des Métrobus. Je trouve que c’est le meilleur moyen pour Québec.» 

Aussi, M. Gosselin refuse toujours d’adhérer à tout projet de réseau structurant de transport en commun qui enlève de façon permanente des voies de circulation aux automobiles. Il demeure donc tout aussi sceptique qu’un réseau structurant, tramway ou autre, réussirait à réduire la congestion.

«Je demande à être convaincu. Je continue de penser que c’est plus facile d’ajouter des autobus. Je ne vois pas comment un tramway passerait plus [dans la circulation] qu’un autobus», lance-t-il, même lorsqu’on lui souligne qu’un tramway a une plus grande capacité qu’un autobus. 

«Ça reste à être démontré. Quand on embarque des gens dans un véhicule, peu importe le type, on ne peut pas les embarquer un par-dessus l’autre», poursuit M. Gosselin.

Question de capacité

«Je vais l’inviter à venir avec moi sur René-Lévesque aux heures de pointe», a répliqué le président du RTC, le conseiller Rémy Normand, informé des doutes formulés par le chef de l’opposition.

«Il y a des endroits dans la ville où tout le monde qui a des yeux pour voir constate comme nous qu’on se congestionne nous-mêmes», ajoute-t-il.

Sans vouloir préciser sur quel type de transport structurant Québec arrêtera son choix, il n’émet aucun doute de la supériorité du tramway sur l’autobus.

«C’est une question de capacité. On commence par des autobus standards aux 15 minutes. Quand ce n’est pas assez, on passe à une fréquence de dix minutes. Quand ce n’est pas encore assez, on passe à des articulés aux cinq, dix minutes. On arrive à un seuil de saturation où il faut un mode de transport plus lourd [...] Une rame de tramway, c’est à peu près 300 personnes alors qu’un articulé c’est 115 full au bouchon. C’est une capacité qui est presque le triple», conclut M. Normand, en guise de preuve.  Jean-François Néron

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BIENTÔT LES MIDIBUS

Un premier midibus roulera dans les rues de Québec au début de 2018. À la fin de l’année, il y en aura 24. Puis 40 autres viendront grossir les rangs en 2019 pour une meilleure desserte des quartiers centraux. 

En fait, la période de tests devrait être déjà commencée, mais le fabricant belge Van Hool a pris un peu de retard, non pas dans la production, mais dans l’homologation. «Ce sont des véhicules qui viennent d’Europe et ils doivent répondre à des normes d’homologation et de certification canadiennes. Alors le processus bureaucratique a été un peu plus long que prévu», a rapporté Rémy Normand, président du RTC. 

Celui-ci est confiant que le petit véhicule de 30 pieds et une vingtaine de places répondra aux attentes mieux que l’Écolobus qu’il remplace. «C’est un produit connu qui répond aux exigences qu’on a mis dans l’appel d’offres», assure-t-il.  Annie Morin

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AÉROPORT SOLLICITÉ POUR LE BUS

Le maire Régis Labeaume souhaite que l’aéroport de Québec contribue financièrement à la mise en service du parcours d’autobus devant relier les installations aéroportuaires aux secteurs touristiques et aux principaux établissements hôteliers de la capitale. Le 6, de son petit numéro, devrait être prêt à circuler en 2018 ou 2019, a-t-on appris lors de l’étude du budget du RTC. 

M. Labeaume en a profité pour inviter les gestionnaires de l’aéroport à décaisser. «Dans les dernières années, l’aéroport disait que c’était pas de ses affaires et j’ai jamais compris. Il faut que tout le monde fasse son effort. Le RTC le fait là. Je m’attends de l’aéroport qu’il le fasse aussi pour transporteur LEURS clients», a-t-il lancé. 

Le président du RTC, Rémy Normand, a confirmé que les négociations en cours portent exclusivement sur l’adaptation des infrastructures pour favoriser le passage des bus. Pour le maire, c’est là un «minimum».  Annie Morin

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«DUMPING» DE RESPONSABILITÉS

Le gouvernement du Québec est «en train de dumper dans la cour des villes» la responsabilité du transport des personnes handicapées, a ragé mardi le maire de Québec. Régis Labeaume a remis de l’avant les statistiques du Service de transport adapté de la Capitale (STAC), qui a encaissé une hausse d’achalandage ayant entraîné des dépenses supplémentaires de 1,1 million $ en trois ans, lesquelles ont été compensées par une subvention de… 34 000 $. 

«Il y a selon moi une confusion des genres. À ce que je sache, il n’est pas dans les tâches de la Ville et du RTC de prendre soin des gens qui ont un handicap physique», a dénoncé M. Labeaume. Convaincu que la clientèle ne peut qu’augmenter avec le vieillissement de la population, le maire a mis de la pression sur le gouvernement provincial pour qu’il compense pleinement les transporteurs publics.  Annie Morin