Transport en commun: Charest est le bon choix, martèle Labeaume

Nombreuses propriétés expropriées, bâtiments d'envergure démolis, arbres centenaires coupés... À la veille des consultations sur la mobilité durable, le maire de Québec a expliqué lundi pourquoi le boulevard René-Lévesque, le chemin Sainte-Foy et Grande Allée sont, à son avis, un moins bon choix que le boulevard Charest pour devenir la colonne vertébrale du prochain système de transport en commun de Québec.
En conférence de presse avant le conseil municipal, M. Labeaume a dévoilé des statistiques et même de courtes capsules vidéo préparées par le bureau d'études du défunt service rapide par bus (SRB). Ce matériel aurait dû être publié plus tôt cette année, mais la valse hésitation de la Ville de Lévis a eu raison du plan de match. 
Le maire Labeaume a commencé par faire ressortir qu'environ la moitié des passagers du Métrobus circulant sur le boulevard René-Lévesque sont en transit et n'y descendent pas. Il a aussi assuré qu'un parcours à haut niveau de service serait créé pour le quartier Saint-Sauveur. 
Puis les conséquences du passage d'un SRB ou d'un tramway sur René-Lévesque ont été énumérées : 34 acquisitions d'immeubles pour les démolir, retrait de 52 accès à des bâtiments, perte de plus de 300 espaces de stationnement et 200 arbres coupés. 
«Impacts majeurs»
Celui qui était jusqu'à tout récemment le directeur du projet du SRB, Jacques Bédard, a résumé en parlant d'«impacts majeurs dans un quartier mature». Tout est question de largeur. Il faut 24 mètres d'emprise pour garder une voie de circulation pour les automobiles dans chaque direction et aménager une plateforme strictement réservée au transport en commun. Or, il y a plutôt 18 mètres en moyenne sur René-Lévesque. Entre les rues Turnbull et Cartier, c'est même moins.
Quant au chemin Sainte-Foy, M. Bédard a conclu à l'«impossibilité technique» puisqu'environ 90 % du tracé fait moins de 20 mètres de largeur. Plus de 200 propriétés seraient touchées et 12 bâtiments «de fort gabarit», édifices à bureaux ou tour de logements, démolis. 
Sur Grande Allée, ça va bien jusqu'au goulot d'étranglement qui commence à l'avenue de Bougainville. Le maire s'est emporté en disant qu'il faudrait «couper une grosse partie des champs de bataille, des plaines d'Abraham qui donnent sur la Grande-Allée». En fait, les documents officiels parlent de la nécessité d'acquérir une bande linéaire de 10 mètres entre les avenues De Bougainville et De Bourlamaque. 
En raison principalement de l'enlèvement du terre-plein central entre les avenues Thornhill et de Bougainville, il a été calculé que 600 arbres devraient être coupés sur le parcours protocolaire vers la colline parlementaire. 
Selon le maire, cette information devrait définitivement discréditer un tracé en haute ville pour le tramway proposé par l'opposition officielle ou tout autre mode de transport lourd. «Oui, c'est tout faisable. Mais ce sont les conséquences. C'est pour ça qu'on a toujours pensé qu'il était plus intelligent de passer par Charest», a martelé M. Labeaume, disant vouloir éviter «tous ces dégâts-là». 
Il y a également l'argument du temps. Selon quelques calculs mis en évidence, passer par Charest irait plus vite. L'exemple le plus positif est celui d'un transport entre le secteur D'Estimauville et l'Université Laval, qui aurait pris 28 minutes en SRB contre 50 minutes actuellement en Métrobus. 
Stationnements
Questionné par les journalistes, M. Labeaume a admis que la comparaison des temps de parcours n'a pas été faite avec d'éventuels tracés en haute-ville puisqu'il faudrait retirer des voies de circulation ou du stationnement pour y faire passer des bus, ce qu'il s'est toujours refusé à faire. «Ne me dites pas aujourd'hui qu'il n'y aurait pas de problèmes. Je vis à Québec et je vous connais tous», a-t-il lancé en regardant les représentants de la radio. 
Le maire s'est défendu d'imposer la colonne vertébrale du réseau de transport en commun qu'il veut bonifier avec les suggestions des citoyens. Il a ouvert la porte à l'ajout de kilomètres dans des secteurs non desservis, sans présumer du véhicule ni du budget. «Si les gens pensent que ça n'a pas de bon sens, tout est ouvert», a-t-il ajouté par la suite. 
Déjà, Étienne Grandmont, directeur général d'Accès transports viables et membre du nouveau comité consultatif sur la mobilité, continue de croire qu'il est possible de faire circuler un tramway sur le boulevard René-Lévesque puisqu'il faut exactement 5,88 mètres d'emprise pour les deux directions. «L'implantation est plus étroite parce qu'on est sur rail. Ça ne bouge pas, c'est fixe», fait-il remarquer. 
M. Grandmont en fait également une condition à la viabilité financière du projet puisque la clientèle y est concentrée alors que sur Charest, elle reste à bâtir.