Selon Gilles Lehouillier, le gouvernement du Québec fait de la «désinformation» pour faire oublier qu’il ne s’est pas occupé des demandes de Lévis depuis leur dépôt en juin.

Transport: bras de fer entre Lehouillier et les libéraux

Des versions contradictoires circulent sur ce que savait ou pas le maire de Lévis avant de s’attaquer au gouvernement du Québec «à deux vitesses» après le dévoilement du projet de tramway de Québec. Une chose est certaine: le torchon brûle entre Gilles Lehouillier et son ancienne famille politique libérale.

Lundi matin, Le Soleil a reçu une information formelle d’une source fiable. M. Lehouillier sait depuis plusieurs jours que le gouvernement du Québec financera les études et les améliorations que Lévis souhaite apporter à la desserte locale de transport en commun, nous a-t-on dit. La subvention aurait même été augmentée afin d’identifier la meilleure interconnexion avec le futur réseau de Québec.

L’entente aurait été scellée lors d’une rencontre avec le président du Conseil du Trésor, Pierre Arcand, mercredi. M. Lehouillier est arrivé avec une demande de 3,5 millions $ pour des études préliminaires et une autre de 66 millions $ pour la réalisation du projet prévoyant l’ajout de voies réservées sur le boulevard Guillaume-Couture et le réaménagement de la route des Rivières. 

Les deux demandes ont été acceptées et même bonifiées pour trouver une façon d’arrimer  le réseau de transport collectif de la rive sud à celui de la rive nord, selon nos informations. Les montants se trouveront vraisemblablement dans le budget qui sera présenté mardi prochain. Il aurait été proposé à M. Lehouillier d’en faire l’annonce avant. 

Pourtant, vendredi, avant même la publication du projet de réseau structurant de transport en commun (RSTC) de la Ville de Québec, Gilles Lehouillier se demandait si ses ex-collègues — il a été député libéral provincial de Lévis — dirigeaient un «gouvernement à deux vitesses», une vitesse élevée pour les grandes villes et une plus lente pour les autres municipalités. 

Conseil spécial

Le maire de Lévis nageait dans les mêmes eaux, lundi midi, en marge d’un conseil municipal spécial où son équipe a réitéré ses demandes de financement pour le transport en commun. «C’est pas mal plus long répondre à Lévis que répondre à Québec», s’est-il plaint. 

Mis au parfum des informations du Soleil, M. Lehouillier n’a pas nié qu’il avait des discussions avec le gouvernement provincial. «Je n’ai aucune confirmation de rien au moment où on se parle alors que Régis Labeaume a en poche 3 milliards $. C’est ça la différence. Ce que je dis aujourd’hui c’est: “Parfait, annoncez-le”», a-t-il relancé sur un ton laissant poindre sa frustration. 

L’élu municipal a justifié sa prudence en donnant l’exemple du viaduc de Saint-Rédempteur, un dossier auquel il tenait mordicus, qui n’a pas été financé malgré des indications positives «jusqu’à la dernière minute» de la part des libéraux.  

Plus tard, au téléphone, le maire a insisté pour dire qu’il n’y a «jamais» eu d’entente avec le gouvernement. Il a pris à témoin le directeur général de la Ville, Simon Rousseau, et son directeur de cabinet, Marc-Antoine Trudel. «Tout au plus, on nous a dit: on reçoit vos doléances, on devrait faire quelque chose», a rapporté M. Lehouillier. 

Selon lui, le gouvernement du Québec fait de la «désinformation» pour faire oublier qu’il ne s’est pas occupé des demandes de Lévis depuis leur dépôt en juin. 

Le maire a ajouté qu’il entendait parler pour la première fois, lundi, d’une bonification financière pour étudier l’interconnexion des réseaux de Lévis et de Québec. «Ce qu’on avait, c’est un certain engagement, une certaine ouverture, mais on n’a jamais parlé d’études concernant l’interconnexion», a-t-il martelé à l’heure du lunch. En fin de journée, il a admis que le dossier avait «bougé» en quelques heures. 

Le politicien tient à ce que cette réflexion sur un lien de transport en commun interrives dépasse les considérations techniques et porte aussi sur la tarification. «On a beau faire une interconnexion intéressante, si le résultat a pour effet de décourager les gens de prendre le transport en commun parce que c’est rendu trop dispendieux, on va atteindre l’effet inverse», dit-il. 

La Chambre de commerce de Lévis a aussi réagi en parlant d’une «gifle». «C’est clairement une surprise de constater qu’absolument rien n’est prévu pour Lévis dans les plans initiaux. Aucun plan de raccordement, aucun pôle de transit. «On s’occupera de vous autres plus tard», c’est le message reçu», a déploré Stéphane Thériault, vice-président exécutif et directeur général, dans un communiqué de presse publié lundi.