Tramway: réserves «minimales» pour les imprévus [VIDÉO]

Céline Fabriès
Céline Fabriès
Le Soleil
Le vérificateur général de la Ville de Québec juge que les provisions de 481 millions $ pour les imprévus liés au projet de tramway sont «minimales» et peuvent représenter un risque.

Michel Samson a lancé cet avertissement mardi à l’administration Labeaume lors du dépôt des «résultats de la vigie exercée en 2019 sur le projet de réseau structurant de transport en commun». 

«[…] En décembre 2019, les provisions pour risques, contingences et inflation s’établissent à 712 millions $. Plus particulièrement, les provisions pour risques et contingences sont de 481 millions $, soit 19 % du budget applicable. Il s’agit d’une diminution d’environ 145 millions $ par rapport à celles établies en mars 2019», écrit le vérificateur.

M. Samson conclut qu’il y a un risque qui nécessite une surveillance étroite «considérant que les estimations n’ont pas gagné en fiabilité au point de justifier une telle diminution de ces deux provisions».

Les provisions pour les aléas devraient plutôt se situer autour de 25 % pour faire face aux dépassements de coûts à long terme, selon M. Samson. «On a une préoccupation importante parce qu’on considère qu’à l’heure actuelle, les provisions pour risques et contingences sont minimales.»

Le maire de Québec a répondu qu’il était «très à l’aise» avec le 19 %. Un montant fixé en concertation avec la firme d’experts de KPMG. «Ça a été fait d’une façon très rigoureuse. Dans l’industrie, ça ressemble à ça.» Le montant ne devrait plus beaucoup bouger, selon M. Labeaume.

On apprend également dans le rapport que le budget pour les risques (en comptant l’inflation) est passé de 530 millions $ à 916 millions $ entre mars 2018 et mars 2019. Avant de baisser à 712 millions $.

En septembre, le maire Labeaume avait déclaré que l’augmentation de la réserve était «une super bonne nouvelle». Les informations données à ce moment-là étaient un passage de 530 millions à 712 millions $, soit une augmentation de 180 millions. «Elle est où, la problématique? Je la cherche, mais je ne la trouve pas», avait dit le maire. Sauf que le chiffre de 916 millions $ n’a jamais été communiqué.

«Niveau de précision»

Mardi, M. Labeaume a fait valoir que le «niveau de précision a avancé». «Au début, quand il y a moins de précisions, tu mets de côté. Plus tu précises, notamment les plans d’insertion et d’ingénierie, plus tu arrives à un niveau de réserves qu’on a maintenant.»

M. Samson ne recommande pas d’augmenter le montant, mais il y a un risque qui nécessite une surveillance étroite.

«C’est acceptable, mais il ne faut surtout pas baisser le montant.» M. Samson demande à l’administration Labeaume de mettre en place des processus de prise en charge et de nommer des responsables du suivi pour chaque risque.

Pour le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin, l’enveloppe consacrée aux risques devrait représenter 25 % du budget, et non 19 %.

«Le plan financier du maire ne tient pas la route. C’est pour cette raison qu’il a diminué la contingence. Il manque d’argent», accuse-t-il.

Communications déficientes 

Le vérificateur général a également noté des lacunes concernant les communications. «Les besoins ont été sous-estimés en 2018 et ont tardé à être définis», note-t-il dans son rapport.

L’efficacité des actions réalisées pour informer les citoyens n’a pas été mesurée. «Dans un projet de cette envergure-là, l’acceptabilité sociale est cruciale, à mon avis. En n’ayant pas évalué l’efficacité de nos communications, est-ce qu’on peut capitaliser actuellement sur l’acceptabilité sociale? C’est ce qu’il faut aller chercher», fait valoir M. Samson.

De plus, il croit que ces tâches de relations publiques auraient pu être confiées à un autre service que celui des communications de la Ville en août 2019. «C’est différent de ce qu’on voit selon les saines pratiques, mais ça ne veut pas dire que ça ne peut pas fonctionner.»

M. Labeaume a mis en avant la proximité politique avec le projet pour expliquer ce choix. «Quand il y a des opinions à avoir sur le projet, vous nous le demandez. Alors on a pensé que ce n’était pas une bonne idée de recréer au complet le service des communications dans le bureau de projet parce qu’on était bien équipé et on voulait que ça se fasse en concordance», justifie-t-il. 

M. Samson exhorte la Ville à s’assurer que ses efforts en matière de communication lui permettent de mobiliser le plus possible la communauté autour de l’intérêt public du projet. 

Pour le conseiller municipal de Démocratie Québec, Jean Rousseau, la Ville doit être «plus agressive» dans ses communications pour «aller au-devant des questions des gens» et assurer ainsi l’acceptabilité sociale du projet.