Le président du Réseau de transport de la capitale Rémy Normand (à droite)

Tramway: Rémy Normand donne «peu de crédibilité» au pdg de Revenu Québec

Le président du Réseau de transport de la capitale, le conseiller Rémy Normand, «a de la misère à suivre» le pdg de Revenu Québec, Carl Gauthier, qui se dit déçu du tracé du tramway. Il reproche au dirigeant d’avoir mis fin à un programme incitatif de transport en commun pour les 3100 employés du siège social.

M. Normand répondait, mardi, à une question posée lors des consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi 26 concernant le réseau structurant de transport en commun de la Ville de Québec, qui lui confère notamment des pouvoirs extraordinaires d’expropriation.

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Le député de Montmorency, Jean-François Simard, lui demandait pourquoi le tracé du tramway ne passait pas devant les portes du siège social rue de Marly, comme souhaité par le pdg de Revenu Québec et les travailleurs qui font circuler une pétition. Après une journée de signature, elle a recueilli 1500 noms.

«Il se drape dans un voile de vertu et j’ai un peu de misère à le suivre», a déclaré M. Normand à propos du pdg. Il fait référence au fait que Revenu Québec a mis fin à un programme incitatif de transport en commun pour ses employés parce qu’il était «trop difficile à administrer». 

Dans ce contexte, le grand patron du réseau de transport a dit avoir «de la misère à donner un peu de crédibilité à cette personne-là». Plus tard, il a nuancé son propos en précisant qu’il accordait peu de crédibilité «à sa démarche».

Jeudi dernier, M. Gauthier a envoyé une lettre aux employés pour exprimer son désappointement sur le tracé retenu. «C’est avec déception que j’ai constaté que le tracé présenté n’inclut aucun arrêt à l’édifice de Marly […] C’est pourquoi je souhaite entendre votre opinion sur le sujet.»

Le pdg demande à la Ville d’opter pour un tracé qui passe par les boulevards du Versant-Nord et des Quatre-Bourgeois jusqu’à la rue de Marly, plutôt que celui retenu derrière les résidences du Boulevard Pie-XII. 

«Je suis convaincu qu’une offre de service de transport en commun améliorée aurait un effet positif sur la qualité votre expérience employé […] en plus de cadrer avec les objectifs de développement durable de notre organisation», écrivait-il. «On ne peut pas parler d’un côté de la bouche pour un dossier et parler de l’autre côté pour un autre», a renchéri M. Normand.

En fin de journée, Revenu Québec s’est dit surpris des propos du conseiller. «L’agence a toujours travaillé en étroite collaboration avec la Ville de Québec et continuera de le faire, particulièrement afin de faire la promotion des services de transport en commun.» Elle confirme «avoir cessé d’utiliser le programme Abonne Bus Travailleur mais continue d’inciter ses employés à utiliser le programme Abonne Bus Perso, dont les avantages sont comparables».

Garder espoir

Au sujet du tracé, Rémy Normand a répété, mardi, que celui choisi derrière les résidences de Pie-XII est optimal. «Si le gouvernement dit qu’il y a 120 millions $ supplémentaires [pour se rendre à de Marly], on va l’étudier. Mais c’est un inconvénient majeur parce que ça allonge le trajet de quatre à six minutes. Pour l’instant, le tracé qui sera déposé au gouvernement pour approbation est celui qui passe derrière les résidences de Pie-XII.»

Pierre Masson, porte-parole des résidants de Pie-XII, était présent aux auditions sur le projet de loi. Comme ses voisins, il craint que le passage du tramway dans l’emprise d’Hydro-Québec à 10 mètres de la ligne des terrains cause une perte de sa qualité de vie. Ils s’inquiètent de l’impact visuel, du bruit, des vibrations et d’une perte de valeur de leur propriété. Ils ont déjà recueilli une pétition de 200 noms de citoyens du secteur.

«Je pense que ce n’est pas terminé»,  lance M. Masson, confiant, malgré les propos de M. Normand. Au passage, il accuse l’administration Labeaume d’avoir menti en commission parlementaire. «On s’est moqué de nous en disant qu’on nous avait rencontrés. Il dit avoir pris le temps d’écouter les suggestions des citoyens. C’est un pur mensonge.»

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LE MINISTRE DES TRANSPORTS À L'ÉCART DU DÉBAT

Le ministre des Transports, François Bonnardel, laisse le choix du tracé entre les mains de la Ville de Québec. Le mécontentement des résidants de Pie-XII n’empêchera pas d’ici vendredi l’adoption du projet de loi sur le réseau structurant.

«La Ville parle de 100 à 120 millions $ supplémentaires pour se rendre à Marly. Vous comprendrez que nous n’irons pas plus loin que le 1,8 milliard $ donné», a réagi le ministre Bonnardel à la suggestion d’obliger la Ville à desservir les 3100 travailleurs de Revenu Québec de la Pointe-de-Sainte-Foy.

Pour lui, un tracé qui ne dessert pas le siège social ne représente pas un frein à l’acceptation du tracé qui lui sera présenté. «J’ose espérer que la Ville va tout faire pour maximiser l’achalandage», a simplement indiqué M. Bonnardel.

Le chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville aurait aimé se faire lors des auditions tenues mardi à l’Assemblée nationale. Cependant, il n’a pas été invité à s’exprimer. 

Jean-François Gosselin souhaitait leur dire qu’il n’y a aucune urgence à adopter le projet de loi. «Le financement n’est pas attaché, il y a une étude de comparative des différents modes de transport lourd et on a un BAPE [Bureau d’audiences publiques sur l’environnement]. En plus, il y a plusieurs questions à répondre parce que les citoyens et les gens d’affaires ne sont pas au courant», a-t-il énuméré.

La Coalition avenir Québec et les autres formations politiques ne partagent visiblement pas ce point de vue. La Loi concernant le réseau structurant de transport en commun de la Ville de Québec, qui lui confère notamment des pouvoirs extraordinaires d’expropriation, est toujours sur la voie rapide pour une adoption prévue d’ici vendredi.

Expropriations

Les citoyens visés par des expropriations, 18 avait dit le maire à l’époque, seront mis au courant au plus tard à l’automne. Le processus peut parfois durer jusqu’à 18 mois. Le président du Réseau de transport de la Capitale, Rémy Normand, espère acquérir les propriétés de gré à gré à la valeur marchande. Le projet de loi enlève aux citoyens tout recours devant les tribunaux pour empêcher l’expropriation. Ils ne peuvent que contester le prix de vente.

Il y a un an, le maire Labeaume avait avancé qu’il pourrait y avoir 18 expropriations le long des 22,8 km de tramway. À cela, il faut ajouter l’acquisition de plusieurs dizaines de bandes de terrains dans les tronçons plus étroits pour permettre le passage du tram.

M. Normand a évoqué une première pelletée de terre aussi tôt qu’en 2021. L’échéancier actuel prévoit le début des travaux en 2022.