«On a parlé avec des gens de Scandinavie, de l’Ouest canadien et du nord des États-Unis qui opèrent un tramway ou une installation semblable. L’opération de déneigement est très similaire au déneigement d’une chaussée normale», a indiqué mardi le chef de projet Benoît Carrier.

Tramway: pour en finir avec la neige...

Le maire Labeaume veut mettre fin à ce qu’il appelle les «énormités» entendues sur le manque de fiabilité du tramway en hiver. Comme un coursier, ni le verglas, ni la neige ne devraient freiner le tram. À moins qu’il ne tombe 20 centimètres à l’heure.

Régis Labeaume a devancé le chef de l’opposition officielle en posant lui-même la question au chef de projet du réseau structurant de transport en commun (RSTC). «On entend des énormités depuis des mois là-dessus. Il se fait beaucoup de démagogie. Expliquez-nous ça qu’on vide la question une fois pour toutes», a-t-il demandé lors du comité plénier. 

«On travaille là-dessus depuis 2010 et on est en contact avec d’autres exploitants pour s’assurer que les méthodes de travail qu’on va appliquer seront adéquates, rappelle Benoît Carrier. On a parlé avec des gens de Scandinavie, de l’Ouest canadien et du nord des États-Unis qui opèrent un tramway ou une installation semblable. L’opération de déneigement est très similaire au déneigement d’une chaussée normale.»

Comme l’expliquait Le Soleil samedi, des camions sur rails précéderont le tramway pour déblayer les 23 kilomètres du trajet. Ils seront accompagnés de camions de déneigement sur roue, qui déblaieront à mesure en bordure de la route la neige qui aura été poussée sur la voie de circulation des automobiles. Un principe en quinconce appliqué par le ministère des Transports et les villes lors du déneigement de certaines artères.

Au final, estime M. Carrier, la réussite de l’opération réside dans la synchronisation du matériel de déneigement sur rail avec celui sur la chaussée.

Les artères choisies pour le passage du tramway permettent d’accumuler un mètre de neige en bordure de la chaussée sans nuire à la circulation automobile. Dans le cas de la portion de parcours sur le terre-plein du boulevard Laurier, la neige sera tassée temporairement en bordure du rail sans nuire aux voies de circulation automobile.

74 ou 300 cm, même système

À des fins comparatives, le chef de projet souligne que c’est le même système de déneigement qu’il tombe 74 ou 300 centimètres de neige dans l’hiver. Selon les estimations, il devrait s’abattre 20 centimètres de neige à l’heure sur la capitale pour paralyser le tramway. «S’il neige 20 cm à l’heure, la ville est fermée complètement», a renchéri le maire Labeaume.

M. Carrier assure que le choix d’un tramway électrique alimenté par voie aérienne est «en adéquation avec le climat». Au sujet de nombreux vidéos qui circulent dans lesquels apparaissent des tramways paralysés par la neige ou le verglas, il précise que la plupart sont alimentés en électricité par le rail d’où les difficultés rencontrées, par exemple celui de Bordeaux. «Ils ne devaient pas penser qu’ils auraient à opérer avec plusieurs épisodes de verglas», illustre-t-il.

À ce sujet, il est catégorique. «Compte tenu de la fréquence de passage du tramway, le verglas n’a pas le temps de s’accumuler sur le fil. Il y a une nacelle pour entretenir la ligne et il est possible de poser un grattoir sur le pantographe [le bras du tramway qui entre en contact avec le fil].»

«Ça doit être robuste en tout temps, insiste M. Carrier. C’est pour ça qu’on dévie les réseaux souterrains d’aqueduc et d’égout et qu’on enfouit les fils électriques et de télécommunications transversaux. On ne veut pas mettre des éléments intrusifs au système qui pourraient le mettre à risque de quoi que ce soit», conclut-il.

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DÉBUT DES TRAVAUX DANS L'OUEST DE LA VILLE

Le début des travaux d’aménagement de la ligne de tramway de 23 kilomètres prévu en 2022 devrait débuter dans l’ouest de la Ville. Le maire de Québec explique qu’il est logique d’entamer la construction à l’endroit où sera érigé le centre d’entretien à la tête de la ligne, près de l’avenue Legendre. D’une pierre, deux coups, les premiers mètres de rail seront installés sur une partie du tracé qui traverse les terrains d’Hydro-Québec, endroit idéal pour faire des tests. «Ça va nous servir de banc d’essai pour le chargement des batteries et autres. On ne dérange pas grand monde, analyse Régis Labeaume. Nous allons ensuite prolonger la rue Mendel entre le boulevard de la Chaudière et celui du Versant-Nord.» À lui seul, le prolongement de Mendel est de 18 millions $. À l’autre extrémité du parcours, sur la 41e Rue à Charlesbourg, un centre de remisage sera aussi parmi les premières infrastructures construites.

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NOUVEAUX PONTS SUR LA SAINT-CHARLES

Le déploiement du tramway et du trambus, colonne vertébrale du projet de réseau structurant de transport en commun (RSTC), nécessite la construction de nouveaux ponts sur la rivière Saint-Charles dans le secteur Limoilou. Pour faire le lien entre la 1re Avenue et l’autoroute Laurentienne, le tramway empruntera une nouvelle structure qui lui sera réservée. Elle sera aménagée au sud du pont Drouin (4e rue). Les automobilistes pourront toujours emprunter le pont qui demeure avec le même nombre de voies de circulation dans chaque direction. Aussi, le vieux pont Lavigueur de la rue de la Pointe-aux-Lièvres cédera sa place à un nouvel ouvrage plus large sur lequel pourra circuler un trambus qui reliera ExpoCité au pôle d’échange Saint-Roch, où convergent plusieurs modes de transport (tramway, trambus, Métrobus). Le retrait du pont Lavigueur était déjà envisagé dans le défunt projet de SRB.

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DEUX CENTRES D'ENTRETIEN

Deux centres d’entretien doivent être aménagés pour le futur tramway de Québec. Le principal est planifié à l’extrémité ouest du parcours, à la sortie Legendre de l’autoroute Félix-Leclerc (40), où on trouve déjà un stationnement incitatif appelé à grossir. L’espace disponible a pesé dans la balance. La Ville de Québec possède déjà un terrain dans le secteur, mais elle risque d’avoir à en grappiller davantage, a reconnu le maire Régis Labeaume mardi. Un centre d’entretien secondaire est aussi prévu le long de la 1re Avenue, sur l’emprise de la ligne d’Hydro-Québec en cours de démantèlement. Il servirait à entreposer les rames pendant la nuit afin de se rapprocher de Charlesbourg, extrémité nord de la ligne, pour le service du matin. «C’est beaucoup plus productif que de les envoyer de l’ouest», a souligné Benoît Carrier, chef de projet du réseau structurant de transport en commun (RSTC). Annie Morin