Tramway: l’opposition veut l’analyse de KPMG

L’opposition officielle à l’hôtel de ville demande à l’administration Labeaume de rendre public le document de la firme KPMG qui explique pourquoi le budget de contingence du projet de tramway passe de 500 à 700 millions $.

«On fait cette demande pour que les citoyens soient à même de juger de la pertinence de la hausse de la contingence de 200 millions de dollars», a lancé le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin.

Pour lui, il s’agit d’un autre exemple que le projet de réseau structurant de transport en commun ne comporte encore aucun plan d’affaires défini et que le dépassement du budget de 3,3 milliards $ devient plus que possible. «Depuis le début du projet, on lance un paquet de chiffres en l’air», reproche-t-il à l’administration Labeaume.

En octobre 2018, la Ville octroyait pourtant un contrat de 438 000 $ à la firme d’audit KPMG pour justement valider le coût du projet estimé par la Ville. À l’époque, le maire Régis Labeaume parlait d’un budget de contingence de 500 millions $.

Lundi, il a surpris les journalistes présents au premier point de presse de la rentrée municipale en parlant d’une somme de 700 millions $. «KPMG est passé là-dedans. On a tout retravaillé nos affaires et c’est très conservateur», a alors expliqué le maire de Québec.

Il répondait ainsi à des inquiétudes exprimées la semaine précédente par Québec 21 quant à un éventuel dépassement des coûts. «Je pense qu’on va être capable de s’en sortir. Il faudrait vraiment que ça soit un désastre pour qu’on traverse [dépasse] notre budget», avait indiqué M. Labeaume.

Cette confiance n’efface pas le scepticisme de l’opposition officielle qui souhaite obtenir la «ventilation des postes budgétaires».

«Terrible malaise»

Le conseiller de Québec 21 dans Neufchâtel-Lebourgneuf, Patrick Paquet, dit ressentir un «terrible malaise» du fait que le comité exécutif a voté la nomination d’Étienne Grandmont et d’Alexandre Turgeon au comité directeur du réseau structurant de transport en commun.

Les deux hommes, respectivement directeur général d’Accès transports viables et président de Vivre en Ville, étaient aussi membres du défunt comité consultatif sur la mobilité durable créé en 2017 qui a étudié la pertinence de l’implantation d’un tramway dans la capitale. Ils recevront chacun 1000 $ par jour de travail.

«Pourquoi ces gens-là sont sur tous les comités? Pourquoi ont-ils plus de privilèges que tout autre citoyen de la Ville de Québec? Il y a des gens aussi compétents qui auraient pu siéger sur ce comité», suggère le conseiller, qui accuse aussi l’administration Labeaume d’avoir caché cette décision puisqu’elle a été rendue publique seulement lundi alors que le vote s’est tenu le 22 août. «On peut les qualifier de cheerleaders du maire dans ce dossier-là», leur reproche-t-il.

M. Paquet avait déjà exprimé son malaise lundi au conseil municipal concernant l’octroi d’un contrat de 216 000 $ réparti sur quatre ans au Conseil régional de l’environnement dont M. Turgeon est aussi directeur régional. Le maire avait alors répondu qu’Alexandre Turgeon «est contre nous dans ben des projets».

«Aucun scandale»

Jeudi, l’équipe de Québec 21 n’a pas voulu s’avancer à dire qu’il s’agit (l’octroi du contrat et la nomination sur le comité) «d’une rétribution pour service rendu», comme le suggérait une question d’un journaliste. «On a un gros malaise éthique», s’est contenté de répéter le chef Gosselin avant que M. Paquet réclame qu’ils se retirent du comité.

«Ça ne date pas d’hier qu’on reçoit des mandats et de la commandite. On collabore avec la Ville. La Ville a toujours fonctionné comme ça. Ça se fait dans tous les domaines. Les sociétés de développement commercial reçoivent de l’argent de la Ville. Il n’y a rien de neuf et surtout aucun scandale», répond Étienne Grandmont, dont l’organisme à but non lucratif a été créé en 1991.

Il souligne ne pas recevoir le 1000 $ personnellement. C’est l’organisme qui empoche la somme normée par la Ville. «Ça sera quelques rencontres dans l’année», souligne-t-il.

À savoir pourquoi il est membre du comité avec son collègue, M. Grandmont souligne que le bassin d’organismes qui œuvrent dans le domaine de l’environnement et de l’aménagement du territoire est restreint dans la région.

«On apporte une expertise qui manquait. Nous avons un lien avec la population, nous travaillons à l’acceptabilité sociale de ce genre de projets, on a un regard différent. Nous avons une connaissance fine des enjeux du développement durable, c’est notre quotidien», conclut-il.