Le président du Réseau de transport de la Capitale et conseiller municipal Rémy Normand signale que la Ville doit obtenir des réponses quant au financement du tramway pour éviter des retards dans le projet.

Tramway: les yeux rivés sur le budget provincial

La Ville de Québec fonde beaucoup d’espoir sur le budget provincial de jeudi pour préciser où seront puisés les 800 millions $ manquants au financement du projet de tramway de 3 milliards $. Mercredi, l’administration Labeaume a qualifié de «poudre aux yeux» le budget fédéral qui ne permet toujours pas de comprendre clairement quel fonds d’aide permettra la réalisation du projet.

«Avez-vous vu clairement identifiée dans ce budget-là [fédéral] la contribution de 800 millions $ qui manque pour le financement du tramway?» a questionné le président du RTC, le conseiller Rémy Normand, mercredi en marge du conseil d’agglomération. «Pourtant, tout le monde dit qu’il veut le projet et qu’il y a de l’argent.»

Selon lui, l’annonce du fédéral de faire passer de 500 millions $ à un milliard $ la redevance au Québec de la taxe d’accise sur l’essence est insuffisante pour boucler le financement.

«De ces 500 millions $ supplémentaires, 68 % serviront aux infrastructures municipales comme le traitement des eaux. Le reste, 160 millions $ [32 %] doivent être divisés entre les neuf sociétés de transport du Québec. Même si le gouvernement Legault optait pour nous attribuer tout l’argent, on est loin du compte», soutient-il.

Sous les libéraux, le gouvernement du Québec s’est engagé à financer 60 % du projet de réseau structurant de transport en commun, soit un 1,8 milliard $. Une promesse renouvelée par le nouveau gouvernement caquiste. 

Une surprise

Depuis l’annonce du projet au printemps 2018, tous avaient compris que 40 % des coûts étaient assumés par le fédéral en vertu d’une entente fédérale-provinciale de 5,2 milliards $ pour des projets de transport en commun. Récemment, on apprenait avec surprise que la Ville de Québec ne pouvait recevoir que 412 millions $ de cette enveloppe en vertu des règles d’attribution.

En effet, l’entente désavantage Québec puisque les sommes sont réparties selon l’achalandage au transport collectif. Dans ce contexte, Montréal reçoit la part du lion. 

Au final, il manque toujours 800 millions $ du fédéral pour boucler sa contribution de 1,2 milliard $. Et il refuse de changer les règles d’attribution.

Depuis, Québec et Ottawa se renvoient la balle pour savoir comment financer la portion manquante, et surtout à partir de quel fonds disponible. Au début du mois, le maire Régis Labeaume intimait le gouvernement Legault d’agir, ou du moins s’entendre avec le fédéral sur la marche à suivre.

Soit en répartissant les sommes dédiées au transport en commun différemment entre les villes, soit en ponctionnant le Fonds vert du Québec, soit en pigeant dans le Fonds des infrastructures vertes du fédéral. Ou, pourquoi pas, simplement en augmentant les montants dédiés au transport en commun dans le prochain budget. La CAQ se montre réticente à puiser 800 millions $ dans le fonds vert fédéral pour ne pas compromettre d’autres projets et n’a pas l’intention de mettre un sou de plus que le 1,8 milliard $ annoncé.

Lundi, il changeait de ton, en déclarant : «Qu’ils s’entendent et qu’ils nous sacrent patience.»

Pas suffisant, dit Legault

La vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, a félicité mercredi matin «le pas dans la bonne direction» fait par le gouvernement Trudeau avec l’ajout de 500 millions $ à la redevance de la taxe sur l’essence. «Nous continuons à étudier le budget et nous poursuivons parallèlement nos discussions», a-t-elle commenté.

Plus tard, en journée, le premier ministre François Legault, indiquait que le problème du financement demeurait entier. «Il faudra piger dans les autres fonds et il y a beaucoup de demandes dans les autres.»

M. Normand attend maintenant le budget provincial présenté ce jeudi. Il espère que le gouvernement du Québec précisera à partir de quel fonds il prendra les 800 millions manquants.

Le conseiller et vice-président du comité exécutif souligne que la Ville doit obtenir des réponses pour éviter des retards dans le projet. «Il y a des actions qu’on devra poser bientôt et on a besoin de sécuriser les budgets», insiste M. Normand. Il a laissé planer l’existence d’un plan B s’il n’obtenait pas satisfaction après la présentation du budget de jeudi.