Les travaux du tramway doivent s’amorcer en 2022 et la mise en service est prévue pour 2026 et 2027, selon les tronçons.
Les travaux du tramway doivent s’amorcer en 2022 et la mise en service est prévue pour 2026 et 2027, selon les tronçons.

Tramway: le temps presse pour le gouvernement Legault 

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le gouvernement Legault a trois semaines, au plus un mois, pour conférer à la Ville de Québec les pouvoirs d’enclencher l’appel d’offres de réalisation des travaux du futur réseau structurant de transport en commun. Autrement, un parti anti-tramway porté au pouvoir aux élections municipales de 2021 aura encore tout le loisir de faire dérailler le projet.

«Nous sommes prêts à passer à la prochaine étape, le processus d’appel de propositions. Mais l’autorité pour passer à la prochaine étape est conditionnelle à deux gestes du gouvernement du Québec. Une fois qu’on aura ça, en temps et lieu, on pourra lancer l’appel de propositions», a établi le directeur du bureau de projet du réseau structurant de transport en commun, Daniel Genest, mardi.

M. Genest et le directeur général de la Ville de Québec, Luc Monty, tenaient une conférence de presse virtuelle pour partager leurs réponses aux plus récentes questions de la commission d’enquête du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet de 3,3 milliards $.

Les travaux doivent s’amorcer en 2022 et la mise en service est prévue pour 2026 et 2027, selon les tronçons.

Dans les documents concernant ces quatre nouvelles réponses transmises au BAPE, on trouve un échéancier actualisé des grands jalons du projet de tramway.

Le «processus d’appel de propositions» apparaît au calendrier au début de septembre 2020. Puis s’enchaînent l’«analyse des propositions», la «clôture financière» et la «signature du contrat». Pour une séquence cruciale qui s’étale sur 12 à 14 mois et se termine entre septembre et novembre 2021.

Les prochaines élections municipales sont prévues le 7 novembre 2021.

Avant le 7 novembre 2021

«Au moment où on lance l’appel de propositions, ça prend 9 à 10 mois pour recevoir les propositions et les prix. Entre le lancement et la confirmation du partenaire privé choisi, c’est 11 à 12 mois. On compte deux mois de plus pour signer le contrat, ce qui nous amène à 12 à 14 mois, qui sont difficilement compressibles», calcule M. Genest.

Tout dépendant du moment où le gouvernement dirigé par François Legault donnera sa bénédiction, il faudra ensuite compter 12 à 14 mois pour que le contrat des travaux, et donc le projet en entier, soit coulé dans le béton. La première semaine de septembre assurerait de régler le dossier avant le 7 novembre de l’année prochaine et les élections municipales.

Un souhait évoqué publiquement dans le passé par le maire Régis Labeaume.

Le gouvernement provincial doit accomplir deux gestes : modifier en ce sens la loi 26 concernant le tramway de Québec et voir son conseil des ministres autoriser la Ville à réaliser l’appel d’offres en question pour d’aussi gros montants.

Un retard dans l’obtention de ces deux clés met-il en péril le projet, l’exposant directement au processus électoral? «On verra dans le futur, mais loin de moi l’idée d’intervenir dans cette sphère», répond M. Genest, qui évite de se mouiller du côté politique.

Glacer le gâteau avant de le cuire

À ce chapitre, le chef de l’opposition officielle à la Ville de Québec, Jean-François Gosselin, ne se fait pas prier. Très critique envers le projet depuis le jour un, M. Gosselin estime cette fois que «l’administration Labeaume veut mettre le glaçage sur le gâteau qui n’est même pas encore cuit!»

«C’est un affront pour la commission d’enquête du BAPE, qui doit remettre son rapport au mois de novembre», poursuit le chef du parti Québec 21. «Le gouvernement du Québec ne doit en aucun cas autoriser la Ville de Québec à passer à l’étape de l’appel de propositions avant que le BAPE remette son rapport et ses recommandations, au mois de novembre.»

Pas de confrontation avec le BAPE

Quant aux reproches faits la semaine dernière par le BAPE, qui accusait la Ville de Québec de fournir des réponses «incomplètes» et périmées, MM. Genest et Monty assurent qu’il s’agit d’échanges normaux de questions-réponses et que toute notion de confrontation entre les deux entités doit être évacuée.

«Notre objectif est toujours de répondre le mieux possible et le plus rapidement possible», assure le directeur général Monty. «On a été surpris de voir qu’on laisse entendre que ça ne fonctionne pas, alors qu’on a toujours bien collaboré. On pense qu’on fait le mieux possible. On essaie de respecter les délais et si on a besoin de plus de temps, on essaie de s’entendre.»

Sur la demande de confidentialité dans le dossier d’affaires, M. Monty affirme qu’elle venait du Conseil du Trésor, donc du gouvernement provincial.

Parmi les nouveaux documents demandés par le BAPE, une étude d’achalandage fraîche sera déposée le 31 août. L’effet de la pandémie de COVID-19 n’y sera toutefois pas considéré, puisque deux chercheurs de l’Université Laval et de l’Université de Montréal ont évalué que les transports en commun retrouveraient une certaine normalité d’ici trois à cinq ans.