Il y a 260 000 déplacements automobiles à l’heure de pointe du retour dont 50 %, 130 000, sont liés aux travail.
Il y a 260 000 déplacements automobiles à l’heure de pointe du retour dont 50 %, 130 000, sont liés aux travail.

Tramway: le télétravail n'empêche pas la congestion

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
Le télétravail ne règlera pas la congestion automobile en période de pointe même si ce concept qui s’est propagé pendant la COVID perdure au-delà de la pandémie, estime Jean Dubé, professeur à la faculté d’Aménagement de l’Université Laval.

Dans ce contexte, la construction d’un tramway demeure, selon lui, toujours nécessaire. «Je n’y crois pas du tout que ça va régler le problème des périodes de pointe», a lancé l’expert, au sujet du télétravail. M. Dubé répondait à l’appel des commissaires du Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE), désireux d’obtenir un avis sur les impacts actuels et potentiels de la COVID-19 en lien avec la construction du tramway.

Oui, les transports en commun sont désertés depuis le début de la crise à la mi-mars. Oui, le télétravail est devenu pour plusieurs un nouveau mode de vie professionnel. Mais la situation est provisoire, avance celui qui est aussi membre du Centre de recherche en aménagement et en développement.

«L’effet de la COVID est un choc temporaire», lance le professeur. Tôt ou tard, la situation reviendra à la normale. C’est ce qui s’est produit à la suite d’événements aussi traumatisants que des attentats dans certaines villes, illustre-t-il.

M. Dubé rappelle que le télétravail n’est pas la panacée. Seulement le tiers des emplois peut être adapté au télétravail, soutient-il. Les autres n’ont d’autre choix que de se rendre sur le lieu de travail de leur employeur. De plus, ce n’est pas la totalité des télétravailleurs qui ont apprécié leur expérience. M. Dubé imagine que la majorité des salariés qui ont goûté au télétravail favoriseront davantage un horaire partagé entre le bureau et la maison si leur entreprise le permet.

Et quand bien même la totalité adopte définitivement le télétravail, le chercheur précise que moins de 50 % des déplacements aux heures de pointe sont liés au travail. Ce qui ne règle en rien la congestion aux heures de pointe.


« L’effet de la COVID est un choc temporaire »
Jean Dubé, professeur à la faculté d’Aménagement de l’Université Laval

Aux fins de l’exercice, il s’est livré à un calcul. Il y a 260 000 déplacements automobiles à l’heure de pointe du retour dont 50 %, 130 000, sont liés aux travail. En supposant qu’un tiers adopte en bloc le télétravail et que chacun était en «auto solo», on retranche seulement 42 900 véhicules, un chiffre supérieur au quelque 200 000 véhicules qui circulaient sur les routes de la capitale en 2001.

À cela, il faut ajouter l’accroissement de la population qui sera en hausse de 57 000 citoyens sur le territoire de la Ville d’ici 2036.

Lundi, le directeur du Bureau de projet du tramway, Daniel Genest, avait plaidé aussi plaidé pour la pertinence du tramway, malgré la pandémie. Selon lui, l’effet COVID ne nécessite pas de revoir les chiffres d’achalandage. Il rappelait que la planification en transport est faite pour les 50 prochaines années et que la ville poursuivait sa croissance avec une hausse inévitable du nombre de déplacements.

La fonction publique en exemple

Le gouvernement du Québec rencontre aussi les limites du télétravail. Selon Jean-Philippe Day du secrétariat du Conseil du trésor, la fonction publique compte 31 000 travailleurs à Québec. 

De ce nombre 70 % sont actuellement en télétravail. À long terme, ce pourcentage devrait diminuer à 60 %, à raison de deux à trois jours maximum par semaine. M. Day explique que l’accomplissement de certaines tâches demeure préférable en mode présentiel (au bureau).