Les nouveaux règlements adoptés en février permettent notamment aux IPS d’amorcer des traitements pour six maladies chroniques, mais les patients doivet obligatoirement voir le médecin dans les 30 jours suivant l’amorce des traitements.

Traitement de maladies chroniques: le pouvoir des IPS «restreint»

Les lignes directrices des nouveaux règlements régissant la pratique des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) réduisent la portée des pouvoirs qui leur sont conférés par ces règlements, dénonce l’Association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec (AIPSQ). Celle-ci déplore notamment que les patients doivent obligatoirement être vus par un médecin dans les 30 jours suivant l’amorce par l’IPS d’un traitement pour une maladie chronique.

«On est déçues. Les lignes directrices qui viennent d’être publiées viennent restreindre la portée des règlements. Non seulement nos ressources ne sont pas utilisées de manière optimale, mais il y a un impact sur l’accessibilité», dénonce en entrevue au Soleil la présidente de l’AIPSQ, Christine Laliberté.

Les nouveaux règlements adoptés en février permettent notamment aux IPS d’amorcer des traitements pour six maladies chroniques (diabète, hypertension, hypercholestérolémie, asthme, maladies pulmonaires obstructives chroniques et hyperthyroïdie). 

Mais selon les lignes directrices accompagnant ces règlements, le Collège des médecins du Québec (CMQ) a déterminé que le patient doit obligatoirement voir le médecin dans les 30 jours suivant l’amorce des traitements par l’IPS afin de confirmer le diagnostic. «Conformément à son Code de déontologie, le médecin doit examiner la personne pour ainsi élaborer son diagnostic avec la plus grande attention, sans quoi il pourrait s’agir d’une omission», explique-t-on.

«Avant [ces lignes directrices], l’IPS présentait les résultats au médecin partenaire, puis faisait l’amorce des traitements. Le patient ne voyait pas nécessairement le médecin. Là, il doit faire une visite obligatoire. L’IPS est pourtant formée pour savoir qu’il peut, par exemple, y avoir une autre maladie derrière l’hypertension. Elle exerce son jugement clinique et elle va de toute façon référer au médecin» si la situation du patient l’exige, souligne Christine Laliberté.

Santé mentale

Les lignes directrices modifient également les règles entourant la pratique des IPS en santé mentale. Là aussi, le CMQ a déterminé que le diagnostic doit être établi par le médecin au plus tard un mois après l’amorce du traitement par l’IPS pour un trouble mental commun. «Encore là, on demande des visites obligatoires qui n’étaient pas faites auparavant, par exemple pour un trouble de l’adaptation», déplore Mme Laliberté.

Autre déception pour la présidente de l’AIPSQ : les lignes directrices stipulent qu’«en raison des complications susceptibles de survenir en cours de grossesse, le CMQ recommande que la deuxième visite pour le suivi de grossesse, ainsi qu’à la 32e semaine, soient réalisées par le médecin partenaire», alors que ce n’était pas le cas auparavant.

«Quand tu les additionnes, ça fait pas mal de visites obligatoires au médecin qui viennent réduire la portée des règlements. Sur le terrain, il y a une frustration parce qu’il y a des impacts sur l’accessibilité. Il y a un impact direct sur le patient, sur la pratique de l’IPS, mais aussi sur la pratique du médecin, pour qui les visites obligatoires qu’on vient d’ajouter exigent l’utilisation de plages horaires supplémentaires», souligne Christine Laliberté.

«Plutôt que d’assurer une prise en charge des personnes avec des situations de santé plus complexes, les médecins devront voir des patients parce que l’IPS ne peut compléter des interventions pour lesquelles elle a les compétences», résume la présidente de l’AIPSQ, qui salue néanmoins les avancées apportées par les nouveaux règlements à la pratique des IPS.

Le Collège s’explique

Le président du CMQ, le Dr Charles Bernard, a rappelé au Soleil que le «diagnostic différenciel, c’est le médecin qui doit le faire, pour être sûr qu’on est bien enligné». Pour les maladies chroniques comme pour les problèmes de santé mentale, «il ne faut pas se tromper», dit-il. 

Quant aux suivis de grossesse qui doivent être faits par un médecin à la deuxième et à la 32e semaine, le Dr Bernard explique que c’est le comité de périnatalité du Collège qui a fait cette recommandation «pour ne pas rien échapper». «Il y aurait eu quelques cas qui auraient été échappés concernant entre autres le dépistage de maladies génétiques», précise le président du CMQ. 

Le Dr Charles Bernard réfute l’affirmation de la présidente de l’AIPSQ voulant que les lignes directrices réduisent l’accessibilité. «On a travaillé avec l’Ordre des infirmières avec l’objectif de donner de l’oxygène au réseau et d’augmenter l’accessibilité. Avec les nouveaux règlements, les IPS n’ont plus de restrictions sur les listes de médicaments qu’elles peuvent prescrire, par exemple. Et on a poussé au Collège pour que les IPS puissent pratiquer en santé mentale en première ligne. Ça n’existait pas avant, c’est une grande ouverture, et on est la seule juridiction à avoir ça», souligne le Dr Bernard.

Selon lui, tant l’Ordre des infirmières que la majorité des IPS sont satisfaites de ces «avancées extraordinaires». «Pour nous, l’important, c’est que les médecins et les IPS travaillent en partenariat, qu’ils se parlent, qu’ils ne travaillent pas en silo. Maintenant, tout ça n’est pas coulé dans le ciment. On a mis sur pied un comité de suivi, les choses peuvent évoluer, et s’il y a des améliorations à apporter, on va les apporter», assure le Dr Bernard.