Après un déclin marqué de toutes ses espèces à la suite du déversement de pétrole engendré par un déraillement ferroviaire à Lac- Mégantic, la rivière Chaudière a été recolonisée par les invertébrés les plus tolérants, puis par les espèces plus sensibles.

Tragédie de Lac-Mégantic: signes de rétablissement pour la Chaudière

Cinq ans après la tragédie de Lac-Mégantic, la vie reprend tranquillement ses droits dans la rivière Chaudière : les communautés d’invertébrés qui vivent au fond des cours d’eau, excellent indicateur de l’état de santé d’une rivière, montrent des signes très nets de rétablissement, même s’il reste encore du chemin à faire.

«Notre constat [en 2013] était que le déversement de pétrole avait clairement causé des dommages aux communautés benthiques. Mais quand on retourné en 2014 et 2015, ce qui est intéressant, c’est qu’on a vu tout de suite une récupération. C’est probablement lié au fait qu’il y a beaucoup de tributaires en bonne santé qui se jette dans la portion amont de la Chaudière, et ça a pu aider beaucoup la recolonisation», a expliqué vendredi la biologiste du ministère de l’Environnement Line Pelletier, lors d’une présentation au colloque Chapitre Saint-Laurent, qui se tient cette semaine à Québec.

Ses travaux ont montré qu’une quarantaine d’espèces d’invertébrés ont littéralement disparu sur les 10 premiers kilomètres de la Chaudière après le déraillement ferroviaire qui a tué 47 personnes et déversé le pétrole brut que transportaient 72 wagons-citernes. Seules sont restées les espèces tolérantes aux hydrocarbures.

Ainsi, a dit Mme Pelletier, un groupe de vers nommé oligochètes, qui s’accommode généralement bien de ce type de pollution, représentait jusqu’à 90 % des invertébrés présents dans le haut de la Chaudière en 2013. Même dans les secteurs plus rocheux de ce pan de rivière, qui ne sont pourtant pas leur habitat de prédilection (ils préfèrent les sols mous), ces vers pouvaient composer jusqu’à la moitié des communautés benthiques, alors qu’ils ne dépassent pas 5 % normalement. «Mais en 2015, a précisé Mme Pelletier, leur abondance relative était repassée sous les 7 % dans toutes nos stations d’échantillonnage [NDLR : sur les 10 premiers km de la rivière], sauf aux kilomètres 1 et 2,3, où on avait encore du 11 et du 15 %. Donc il restait probablement encore des hydrocarbures là.»

«En ce qui concerne les taxons [des espèces ou des groupes d’espèces, NDLR] les plus sensibles aux hydrocarbures, […] en 2013, on avait vraiment une absence jusqu’au kilomètre 7,5, alors qu’une étude faite en 1994 avait trouvé ces espèces-là à la tête de la rivière. En 2014, on a recommencé à voir ces organismes-là dès le kilomètre 4, et en 2015, au km 1,8. Il n’y en avait pas beaucoup, mais on commençait à voir une diversification.»

Séquence classique

Jusqu’à maintenant, dit Mme Pelletier, le haut de la Chaudière suit la séquence «classique» de récupérations des communautés benthiques après un déversement pétrolier, soit un déclin marqué de toutes les espèces suivi par une recolonisation par les invertébrés les plus tolérants, puis un retour des espèces plus sensibles.

Toutefois, ces améliorations ne sont pas encore visibles chez les poissons, a averti le collègue de Mme Pelletier à l’Environnement, Dave Berryman, lui aussi lors d’une présentation au colloque Chapitre Saint-Laurent. Beaucoup des poissons de la Chaudière ont montré des signes que l’on voit souvent après des contaminations aux hydrocarbures, soit une usure prématurée des nageoires.

En 2014, entre 20 et 40 % des spécimens échantillonnés dans la rivière avaient les nageoires usées. Lorsque M. Berryman et ses collègues sont retournés prendre des échantillons en 2016, ces proportions n’avaient pas changé, ou si peu, mais cela s’explique a priori par le fait que la longévité des poissons, qui est beaucoup plus longue que celle des invertébrés.