«Je leur [les citoyens] ai pleuré dans les bras. J'ai rechargé mes batteries, vous savez, c'est de l'énergie pure» - Ursule Thériault

Tragédie à L'Isle-Verte: les larmes d'une mairesse

Pour la première fois jeudi soir, Ursule Thériault a pleuré. Une semaine après le drame, à l'occasion d'une rencontre psychosociale organisée pour les citoyens endeuillés de L'Isle-Verte, la mairesse s'est «un peu» laissée aller.
«Ça se passait à l'église, ça s'y prêtait bien», tient à préciser la première magistrate. «Je leur ai pleuré dans les bras. J'ai rechargé mes batteries, vous savez, c'est de l'énergie pure», poursuit celle qui s'est fait un devoir de «rester solide» devant la population.
Elle trouve d'ailleurs absurde qu'on lui ait reproché d'être trop souriante les jours suivant l'incendie de la Résidence du Havre, qui a enlevé la vie de 32 personnes âgées. «Voyons donc, je devrais leur présenter un visage de plâtre?»
Même si elle n'avait aucun membre de sa famille dans le foyer pour personnes âgées, Mme Thériault a déjà vécu une tragédie similaire. Son grand-père «Joe» a péri dans les mêmes circonstances le 2 décembre 1969 alors qu'il résidait au Repos du vieillard, situé à Notre-Dame-du-Lac. Le brasier, d'une puissance inouïe, avait fait 39 victimes.
La mairesse avait alors une quinzaine d'années et ses priorités d'adolescente étaient ailleurs. Mais aujourd'hui, elle comprend mieux la douleur ressentie par son père et sa tante pendant l'attente interminable de la recherche des corps. «Vous savez, dans ce temps-là, on n'avait pas les mêmes moyens. Et quand ils retrouvaient les gens, ils les entreposaient dans les hangars», raconte-t-elle.
Année difficile
Plus récemment, Ursule Thériault a perdu un être très cher. «Disons que ça a été une année mouvementée», confie-t-elle. Le 23 janvier lorsqu'elle a appris de la Floride que la résidence flambait, elle a encaissé le nouveau choc. Mais elle s'est vite ressaisie, par nécessité. «J'ai une certaine facilité à faire embarquer ma tête», affirme-t-elle avec aplomb.
Cette maîtrise de soi, c'est dans l'armée qu'elle l'a acquise. Au début des années 1970, elle a été l'une des premières femmes à joindre les Fusiliers du Saint-Laurent. «Je n'ai pas de difficulté avec l'autorité, la discipline. Je faisais ce qu'on me demandait», témoigne-t-elle. Si elle se dit obéissante, Ursule Thériault n'aime cependant pas qu'on lui marche sur les pieds.
La mairesse affirme que la Sûreté du Québec l'a tout de suite compris lorsqu'elle est arrivée à L'Isle-Verte au lendemain de la tragédie.
«I'm the boss»
Et lorsque la rumeur s'est répandue qu'elle était contrôlée par le corps policier, Mme Thériault a voulu renverser la vapeur. «I'm the boss», a-t-elle lancé en conférence de presse devant les médias locaux. Si sa déclaration en a choqué certains, c'est qu'ils n'ont pas vu le clin d'oeil qu'elle a lancé simultanément pour signifier sa blague. «Les gens qui me connaissent l'ont compris.»
Ces derniers auraient également mieux saisi, selon elle, son affirmation selon laquelle son village se porterait mieux sans les journalistes. «J'ai répondu la vérité. C'est ce que des citoyens m'ont dit, je me suis sentie légitimée», explique la mairesse. Elle ajoute avoir voulu protéger la population après certains reportages malheureux «où l'on a profité de la vulnérabilité des gens» et marquer son territoire. «Et ce n'est pas le Globe and Mail qui va m'en empêcher!»
L'élue de 59 ans a fait «56 métiers, 56 misères». Elle ne s'avance pas sur son avenir politique. La gestionnaire de projets, qui a un fils de 29 ans, pense plutôt à ce qui s'en vient. Et pour les six à huit mois à venir, Ursule Thériault estime qu'elle aura suffisamment de quoi s'occuper.
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Soutien de la mairesse de Lac-Mégantic
«Lâchez pas, vous faites bien ça!» La mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, a joint au début de la semaine dernière son homologue de L'Isle-Verte pour lui offrir ses sympathies et, surtout, l'encourager après les critiques portées à son égard. Le coup de fil a fait du bien à Ursule Thériault qui ne veut, en aucun cas, être comparée à celle qui a ému le Québec cet été. «On ne peut pas avoir la même personnalité!» s'exclame la mairesse, ajoutant qu'elle avait trouvé Roy-Laroche «d'aplomb» lorsque le malheur avait frappé sa ville. Cette dernière sera d'ailleurs de la cérémonie de samedi.