Un premier speed, une première ligne de coke, elle se sent bien pour la première fois de sa vie. Il n’en a pas fallu plus à Camille pour tomber dans l’engrenage.

Toxicomanie: la souffrance cachée sous les apparences

Le parcours scolaire de Camille Morin-Angell peut paraître tout à fait normal avec l’obtention d’un diplôme collégial sans aucune difficulté. Mais cette réussite scolaire cachait un mal-être profond et une toxicomanie grave. «Parfois, je prenais de la drogue et je faisais mes gros devoirs de fin de session. J’avais des 98 %. Encore aujourd’hui, je pense que ça m’a aidée dans mes cours, mais au fond ça n’allait pas du tout.»

Encore aujourd’hui, après la réussite d’une thérapie de cinq mois et demi avec Portage, Camille doit se battre avec ses démons et les blessures de son enfance. Jeune fille très intelligente — elle a même sauté des classes pour obtenir son DEC en comptabilité à 17 ans, —Camille est tombée dans l’enfer des drogues dures à 16 ans au début de son cégep. 

Née dans une famille assez pauvre, elle a subi de l’intimidation enfant à cause de cette pauvreté. Adolescente, la jeune fille souffre de phobie sociale, les crises de panique sont fréquentes, elle suit deux ans de psychothérapie. À 15 ans, elle est agressée sexuellement par son beau-père, puis elle vit une histoire d’amour qui se termine mal. 

Un premier speed, une première ligne de coke, elle se sent bien pour la première fois de sa vie. Il n’en a pas fallu plus à Camille pour tomber dans l’engrenage. «J’ai commencé à l’amener dans mon mode de vie. Quand j’avais une pause de deux heures, je consommais», relate celle qui fait partie des 200 finissants de Portage ayant complété un des différents programmes et vaincu la toxicomanie. 

Grâce à ses bonnes notes, Camille réussit à cacher sa consommation. «J’avais une double personnalité. J’ai développé une image de quelqu’un qui est forte, même si au fond ça n’allait pas du tout», confie-t-elle.

Après son DEC, elle tombe au plus bas, il n’y a plus que la drogue. «J’allais dans les bars, je consommais toutes sortes de drogues pour avoir du fun.» En manque d’argent, Camille était prête à tout pour avoir sa dose, y compris des relations sexuelles avec son dealer. «Dans ma tête, c’était comme normal. Je me disais "si je fais ça, il me donne ça". C’était un échange de service.»


« J’avais une double personnalité. J’ai développé une image de quelqu’un qui est forte, même si au fond ça n’allait pas du tout »
Camille Morin-Angell

L’appel au secours

Le 8 mars 2018, après un sevrage de deux semaines, Camille frappe à la porte de Portage. Elle vient d’avoir 18 ans et la DPJ ne lui apporte plus d’aide. Grâce à une intervenante en toxicomanie, Camille réalise que la drogue prend toute la place de sa vie. 

Mais quand le bonheur égale une ligne de coke, pas facile de l’imaginer sans. «On se rend compte que le manque de drogue, c’est un autre manque qu’on a eu dans notre vie, et là, on ne sait pas comment le combler.»

Camille quitte la thérapie à plusieurs reprises. L’équipe de Portage ne la laisse jamais tomber et la laisse réfléchir à son comportement. «L’intervenant qui s’occupe des admissions, c’est vraiment un amour. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir laissé plusieurs chances.» 

Lors d’un ultimatum de Portage, Camille se retrouve en semaine de réflexion. Au même moment, elle croise l’homme qui l’a agressé sexuellement adolescente. Il n’en fallait pas plus à la jeune fille pour retomber dans ses mauvaises habitudes de vie. 

La vie sans la drogue

Avant d’arriver à Portage, Camille ne s’est jamais sentie aimée. La thérapie lui a fait découvrir tout un nouveau monde. «Là bas, il y avait des gens qui m’aimaient, pour de vrai. J’avais du mal à l’accepter au début, je n’y croyais pas.»

Mais quand elle retourne à Portage, elle s’aperçoit que les gens l’accueillent à bras ouverts, malgré le mal qu’elle a pu leur faire. «Pour me protéger pendant cette période, j’ai eu une attitude très désagréable, alors que normalement je suis une personne très joviale. Mais ils ont voulu me reprendre, et juste ça, ça m’a prouvé qu’ils m’aimaient.»

À partir de là, Camille franchit avec succès les étapes pour devenir un exemple. «Je me sens accomplie, mais ce n’est pas tous les jours facile, et j’ai encore besoin de Portage pour ne pas rechuter», confie-t-elle. 

Camille travaille actuellement dans la construction. Elle aimerait entreprendre un DEP en ébénisterie, mais surtout, elle veut profiter des petites choses de la vie, des petits bonheurs sans la drogue. La légalisation du cannabis? «Du gros n’importe quoi, ça n’arrangera rien, ça va juste donner de l’argent au gouvernement. Je veux dire à ceux qui consomment qu’ils vont peut-être se sentir bien pendant qu’ils sont gelés, mais après leur vie n’ira pas mieux», déplore Camille Morin-Angell, qui un jour se lancera en politique pour changer les choses.

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QU'EST-CE QUE PORTAGE?

Portage aide les personnes aux prises avec des problèmes de toxicomanie à vaincre leur dépendance. Fondé en 1970, l’organisme a aidé des milliers de personnes à reprendre leur vie en main grâce à ses programmes spécialisés en réadaptation de la toxicomanie. 

Le programme est offert aux adolescents, aux adultes, aux femmes enceintes, aux mères avec de jeunes enfants, aux toxicomanes souffrant de problèmes de santé mentale, aux autochtones, et aux individus référés par la justice.