Tous les partis politiques provinciaux et fédéraux étaient représentés, dimanche, lors d’une marche en soutien au chantier maritime Davie.

Tous les partis unis pour la Davie

Ils y étaient tous, dimanche, à la manifestation. Tous les grands partis politiques qui ont un caucus à l’Assemblée nationale et à la Chambre des communes… même le député libéral fédéral Joël Lightbound. Unis afin de demander à Ottawa d’octroyer des contrats au chantier naval Davie.

Il y avait une foule d’une certaine amplitude en ce dimanche après-midi pour participer à une marche populaire de soutien. Plusieurs centaines de personnes venues dénoncer le gouvernement de Justin Trudeau qui a récemment indiqué ne pas vouloir commander de nouveaux bateaux à l’entreprise de Lévis. Environ 800 des quelque 1200 employés pourraient être mis à pied à la suite de cette décision.

L’activité était organisée conjointement par les propriétaires et par le syndicat CSN qui représente les centaines de travailleurs. «Comme on croit tous à la même cause, on fait ça ensemble», explique Nancee Filteau, responsable marketing et communications du chantier. «On est tous sur la même longueur d’onde à savoir qu’on veut avoir notre part des contrats [du gouvernement fédéral].»

Dans la rue dimanche, les politiques se bousculaient pour démontrer leur solidarité envers les centaines de travailleurs. Ils se bousculaient aussi un peu pour obtenir l’attention médiatique.

La liste est longue et non exhaustive. Du côté des élus québécois, ont été aperçus : le premier ministre libéral Philippe Couillard et ses ministres Dominique Vien, Sébastien Proulx, Jean D’amours ; le péquiste Harold Lebel ; les caquistes François Paradis et Marc Picard. Venu jeudi au chantier de Lévis, le solidaire Amir Khadir n’y était pas dimanche, mais le parti était représenté par son porte-parole régional. Du côté des partis fédéraux, ont été aperçus : le néo-démocrate Guy Caron ; la cheffe bloquiste Martine Ouellet et le député Michel Boudrias ; le conservateur Steven Blaney. Et le libéral Lightbound.

Donc, les conservateurs étaient là bien qu’en 2011, tandis qu’ils étaient au pouvoir, le chantier Davie a été écarté par le fédéral ; ils avaient octroyé quelque 33 milliards $ de contrats à Irving (Halifax) et Seaspan (Vancouver). Et les libéraux étaient là aussi, bien que leur gouvernement n’ait pas décidé d’offrir un nouveau défi aux travailleurs de la Rive-Sud.

Mais revenons à la manifestation. Il était amusant de voir les politiciens, M. Couillard en tête, marcher rapidement devant le cortège. Les élus semblaient avoir bien hâte d’arriver au bout du parcours. Tandis que les travailleurs et citoyens, plus habitués à prendre la rue, avançaient à la cadence du manifestant, plus lente.

Les élus s’étant déplacés en masse, il y avait foule sur la tribune officielle où ont été déclamés les très, très nombreux discours de circonstance. D’autant plus qu’il faut ajouter les représentants de la CSN et les patrons de l’entreprise qui se sont aussi présentés au micro. En plus, des politiciens locaux, dont le maire de Lévis Gilles Lehouillier, étaient de la fête — son vis-à-vis de Québec, Régis Labeaume, n’y était pas.

Alors qu’ont-ils tous dit une fois au lutrin? Résumons : il n’y a plus de partisanerie dans ce dossier, tous les partis politiques appuient le chantier Davie «le meilleur en Amérique du Nord», l’entreprise est injustement traitée, le contrat pour le navire ravitailleur Obélix évalué à plus de 600 millions $ doit être octroyé à Lévis avant les Fêtes.

Si tous sont d’accord, qu’est-ce qui bloque le dossier ? Les élus et syndicalistes soutiennent que des fonctionnaires chargés de l’évaluation de la candidature de Davie n’aiment pas le chantier québécois.

Joël Lightbound, du parti au pouvoir, assure se battre pour que l’entreprise de Lévis obtienne des contrats. 

La suite lundi aux Communes.

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«ON N'EST PAS PIRE QUE LES BOMBARDIER DE CE MONDE!»

«On n’est pas pire que les Bombardier de ce monde !»

Steve Aspirot est cadre au chantier naval Davie, de Lévis. Il a été embauché en 2009, puis mis à pied, raconte-t-il. Revenu en 2013, il a encore été remercié. Puis il a été rappelé en 2016… et ne veut pas encore partir. «Je vais le savoir plus tard cette semaine.»

Il était là, dimanche, à la marche qui a réuni de nombreux politiciens et travailleurs. «C’est rare, mais on est unanime.»

En discussions avec Le Soleil, il a dit ne pas vouloir se mettre à genoux. Seulement que les Québécois reçoivent leur «dû».

Surtout, Steve Aspirot espère que le gouvernement fédéral comprendra que ce ne sont pas que des centaines d’employés de Lévis qui écoperont si un nouveau contrat n’est pas offert. Partout au Québec, dit-il, l’entreprise embauche des sous-traitants, achète chez des fournisseurs. «C’est pas juste notre coin. On fait virer l’économie.»

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AUX COMMUNES LUNDI

Les représentants des travailleurs du chantier naval Davie seront à la Chambre des communes lundi à l’invitation de la cheffe du Bloc québécois, Martine Ouellet.

«J’ai invité le syndicat de la Davie pour demander une rencontre avec la ministre des approvisionnements», explique-t-elle. Pas pour demander la «charité», mais pour exiger que le Québec reçoive sa part des milliards de dollars dépensés pour des navires. 

«C’est pour que nos taxes et nos impôts travaillent pour nous», ajoute-t-elle. «C’est 20 milliards $ de notre argent.»

L’élue indépendante à l’Assemblée nationale juge qu’il est honteux que le fédéral donne tous ses contrats d’envergure à deux chantiers de Vancouver et Halifax. «On pourrait presque penser que c’est organisé pour faire fermer la Davie.»

La présidente du Conseil central de Québec-Chaudière-Appalaches de la CSN, Ann Gingras, sera de la délégation : «Demain, nous serons à Ottawa. C’est fini de quémander des contrats, on veut de l’équité, on veut de la justice. […] On demande à M. Trudeau de corriger l’injustice que vivent les travailleurs de la Davie.»