Des délais plus longs, comme ailleurs en Amérique du Nord, ne protègent pas de situations comme celle du cinéaste Claude Jutra ou du chef d’orchestre Françoys Bernier, dont les toponymes ont été retirés plus de deux décennies après leur décès en raison d’allégations d’inconduites sexuelles faites après leur mort.

Toponymie: le Québec a les délais les plus courts

Alors que les États-Unis et certaines provinces canadiennes attendent cinq ans après le décès d’une personne avant d’autoriser à nommer un lieu à sa mémoire, la Commission de toponymie du Québec propose les délais les plus courts en Amérique du Nord en attendant seulement un an après le décès de la personne concernée pour autoriser une nomination.

«Nous faisons partie du Groupe d’étude des Nations Unies sur les noms géographiques qui demande au moins d’attendre le décès de la personne avant de nommer quoi que ce soit en son nom», indique M. Jean-Pierre Le Blanc, porte-parole de la Commission de toponymie.

Les membres de ce groupe d’étude sont cependant libres de recommander un délai plus long après le décès de la personne à honorer. «Chaque état détermine le délai. Au Canada, celui-ci varie beaucoup selon les provinces», poursuit M. Le Blanc.

En Ontario, la Commission de toponymie n’autorise pas de nommer un lieu en l’honneur de quelqu’un qui est décédé depuis moins de deux ans. Ce délai est de cinq ans en Alberta et au Yukon, le même qu’aux États-Unis. Dans les autres provinces et territoires, on s’appuie sur les critères de la Commission de toponymie du Canada qui prescrit un délai «variant entre un et cinq ans».

Pas une protection

Jean-Pierre Le Blanc précise toutefois que même des délais plus longs ne protègent pas de situations comme celle du cinéaste Claude Jutra ou du chef d’orchestre Francoys Bernier, dont les toponymes ont été retirés plus de deux décennies après leur décès en raison d’allégations d’inconduites sexuelles faites après leur mort.

«C’est vrai que le délai est court comparativement à d’autres provinces et aux États-Unis, mais habituellement, avec le délai d’un an, il n’y a pas de problème», explique-t-il, ajoutant que la Commission ne s’oppose pas aux demandes de changement de nom quand on découvre qu’une personne avait eu une conduite répréhensible par le passé.

«Quand on donne le nom d’un artiste ou d’un politicien, on essaie d’abord d’éviter la controverse et on veut aussi l’accord de la famille», ajoute aussi M. Le Blanc, précisant cependant que plusieurs municipalités ne respectent pas nécessairement les normes de la Commission, auxquelles le gouvernement du Québec est cependant soumis.

Jeux Olympiques

À l’approche des Jeux olympiques de Pyeongchang, Jean-Pierre Le Blanc signale d’ailleurs que la Commission reçoit plusieurs demandes de municipalités souhaitant nommer une rue, une rivière ou un bâtiment en l’honneur d’un de leurs médaillés.

«Une municipalité peut donner le nom d’une personne vivante ou décédée depuis moins d’un an, mais nous le déconseillons et nous ne l’officialiserons jamais tant que la personne ne sera pas décédée depuis plus d’un an», souligne-t-il. Par exemple, le nom du pavillon Pierre-Lassonde du Musée national des Beaux-Arts n’est pas officialisé par la Commission.

Une fois officialisé par la Commission de toponymie, l’usage d’un nom devient alors obligatoire, entre autres dans les cartes routières, et on ne peut plus le changer sans obtenir l’autorisation de la Commission.

Dans les cas de personnes vivantes, la Commission suggère parfois aux municipalités de nommer plutôt une salle au nom de la personne plutôt qu’une rue, une montagne ou un cours d’eau. Pour ce qui est des édifices privés, la Commission de toponymie ne s’en mêle pas. Une entreprise est donc libre de nommer un bâtiment en l’honneur de son fondateur même si celui-ci est toujours vivant par exemple.