Couper du gazon peut être payant à la Ville de Québec. À tout le moins, les fonctionnaires ont dû faire un saut quand ils ont reçu les offres des entrepreneurs intéressés par un contrat de fauchage en bordure de routes de la capitale…
Couper du gazon peut être payant à la Ville de Québec. À tout le moins, les fonctionnaires ont dû faire un saut quand ils ont reçu les offres des entrepreneurs intéressés par un contrat de fauchage en bordure de routes de la capitale…

Tondre le gazon: activité dispendieuse à la Ville de Québec

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Couper du gazon peut être payant à la Ville de Québec. À tout le moins, les fonctionnaires ont dû faire un saut quand ils ont reçu les offres des entrepreneurs intéressés par un contrat de fauchage en bordure de routes de la capitale…

Banal : l’administration municipale veut octroyer un contrat annuel pour gérer la végétation dans plusieurs bassins de rétention, des terrains conçus pour recevoir le trop-plein d’eau quand il pleut. Elle publie donc son appel d’offres pour trouver des entreprises intéressées à effectuer la tonte trois fois entre mai et novembre.

Surprise! «Le coût d’adjudication des travaux excède de façon significative le coût de nos estimations», lit-on dans un document résumant l’enjeu. 

Le contrat avait été séparé en 5 lots. Les terrains à tondre ont été regroupés selon l’arrondissement où ils se trouvent, selon qu’il faille laisser l’herbe coupée sur place ou la ramasser.

Les soumissions reçues pour les lots 1 et 5 étaient tellement hors-norme que la Ville les a annulées, confirme au Soleil la conseillère en communication Audrey Perreault. La mairie a toutefois refusé de nous dévoiler l’écart entre ce qu’elle pensait payer et les offres soumises par les deux seuls entrepreneurs intéressés.

Pour les lots 2, 3 et 4 cependant, nous avons un aperçu. Un des deux entrepreneurs intéressés a misé si haut que le second a remporté les trois lots, même s’il avait lui aussi misé bien au-delà des estimations produites par les fonctionnaires municipaux.

Le lot 3 offre un exemple patent. La Ville pensait décaisser environ 60 000 $. Les offres reçues sont de 109 226 $ et 283 988 $.

Malgré l’écart important, la Ville a octroyé les trois lots aux Pelouses Intermodales, l’entreprise qui a misé plus bas que l’autre, Les Entreprises MRA.

Explication

Une explication pour cet écart important? La Ville plaide notamment que la COVID-19 a forcé le report de l’octroi de certains contrats, dont celui de la tonte du feuillage dans les bassins de rétention. Pendant la pause, la verdure a poussé plus haut, ce qui justifierait de payer plus cher.

«Le contrat devant être octroyé en avril, l’analyse de la situation prévoyait un très faible couvert végétal. Le report des travaux de deux mois a permis à la végétation d’occuper l’espace, ce qui nécessite plus de manœuvres et d’allées et venues de la part des entrepreneurs», écrit Audrey Perreault.

La Ville ajoute qu’il est difficile d’évaluer le travail à faire dans ces bassins parfois en pente, où se trouve à l’occasion de l’eau. Difficile à prévoir, à évaluer, même s’il a fallu y couper le gazon les années d’avant.

«Tous ces éléments combinés justifient l’écart entre les prévisions de la Ville et les soumissions reçues.»

Plantes envahissantes

Soulignons également que la capitale est aux prises avec un envahisseur : le phragmite exotique. Québec a d’ailleurs aménagé deux sites de récupération des résidus de plantes envahissantes : dans l’arrondissement des Rivières au 2100, rue des Outilleurs; dans l’arrondissement de Charlesbourg au 1615, boulevard Jean-Talon Ouest.

Dans certains lots du contrat de tonte, la mairie demandait d’ailleurs aux entrepreneurs de ramasser les résidus de la coupe afin d’éviter que l’envahisseur exotique n’étende son emprise.

«Il s’installe en monoculture dans les milieux perturbés, notamment le long des canaux de drainage qui bordent les routes et sur les rives des plans et cours d’eau», lit-on dans un document d’appel d’offres. «Une fois établi, il remplace complètement la flore et appauvrit la biodiversité des écosystèmes qu’il colonise. Il domine alors complètement l’espace.»