C’est la plainte d’une seule personne qui a sonné le glas des visites minières après plus de 30 ans à Thetford Mines.

Thetford Mines met fin aux visites minières, Asbestos continue

Alors que Thetford Mines met un terme aux visites des anciennes mines d’amiante à la suite de l’intervention de la direction de la santé publique de Chaudière-Appalaches, Asbestos, en Estrie, se prépare à lancer sa saison de visites du puits de la mine d’amiante Jeffrey.

C’est la plainte d’une seule personne qui a sonné le glas des visites minières après plus de 30 ans à Thetford Mines. «Une personne nous a contactés l’été dernier pour nous dire que les gens sortaient de l’autobus sur les terrains miniers et pour nous demander si c’était dangereux», a expliqué au Soleil le Dr René Veillette, médecin-conseil en santé environnementale à la direction de la santé publique de Chaudière-Appalaches. 

Le médecin explique avoir contacté le Musée minéralogique et minier de Thetford Mines, qui organise les visites, pour demander que les touristes ne sortent plus de l’autobus et que les roues du véhicule soient lavées après chaque visite pour éviter que des résidus d’amiante sortent du site.

«Ces résidus peuvent parfois contenir de 40 % à 60 % de fibres d’amiante, tous les types d’amiante sont cancérigènes et il n’existe pas de preuve d’un seuil d’exposition sécuritaire», poursuit le médecin, précisant qu’il n’a jamais demandé au Musée de mettre fin aux visites.

Yvan Faucher, président du Musée, a cependant affirmé que son organisme ne disposait pas des ressources pour mener ce combat contre la direction de la santé publique. «Les visites minières, qui attiraient 10 000 personnes par an à l’époque où on descendait dans le puits de la mine Lac d’amiante du Canada, n’en attiraient plus que 2000 depuis qu’on les tenait seulement sur le site des anciennes mines King et British Canadian. Ça nous rapportait moins de 5000 $ par année», souligne-t-il, ajoutant que c’est tout de même à regret que le conseil d’administration a éliminé ce qui était autrefois son produit vedette.

«Je suis convaincu que des gens de la santé publique se sont rendus à Thetford Mines faire une visite minière l’été dernier, car leur rapport était trop détaillé pour ne se baser que sur les commentaires d’une plainte», poursuit-il.

À Asbestos

Pendant ce temps, à Asbestos, l’ex-mineur Michel Desfossés se prépare à lancer une 23e saison de visites minières lors desquelles les visiteurs descendent en autobus au fond du cratère de l’ancienne mine Jeffrey pour ensuite sortir à l’extérieur du véhicule et admirer les installations.

«Personne ne nous a demandé d’arrêter et les gens veulent connaître l’histoire de l’amiante», explique M. Desfossés, dont les visites attirent 1500 personnes par an.

«Le propriétaire de l’ancienne mine, Bernard Coulombe, est d’accord pour qu’on continue et la direction de la santé publique de l’Estrie ne s’est pas mêlée de ça. Il y a même déjà quelqu’un de la santé publique qui a fait la visite», poursuit M. Desfosssés.

Une situation qui surprend beaucoup le Dr Veillette, qui estime que les mêmes principes qui ont guidé l’intervention du directeur de la santé publique à Thetford Mines s’appliquent aussi à Asbestos.

Centre d’interprétation

Pendant ce temps, Thetford Mines a choisi de miser tout sur son nouveau centre d’interprétation KB3, qui recrée l’époque de l’exploitation de l’amiante dans un ancien chevalement minier. 

Yvan Faucher signale d’ailleurs qu’il avait fallu décontaminer le site de KB3 pour en retirer toute trace d’amiante, mettre un mètre de granulats par-dessus les résidus d’amiante qui formaient le sol, une opération qui a coûté un quart de million $, et traiter un mur d’amiante-ciment pour qu’aucune fibre ne puisse s’en échapper.

«On n’avait auparavant jamais été inquiétés par la santé publique. Tout a commencé quand il a fallu faire de l’excavation pour amener le réseau de gaz naturel en région. Plusieurs employeurs ont alors eu des pénalités pour le travail en présence de résidus miniers et on exigeait que les travailleurs portent tous des scaphandres...» conclut-il.