Le 28 juillet 2015, lors d’une balade en moto en Abitibi, Danièle Boutet a vu sa vie basculer à la suite d’un grave accident provoqué par un automobiliste qui envoyait un texto au moment de l’impact. Elle a dû réapprendre à vivre et à fonctionner avec une jambe en moins

Texto au volant: revivre après la tragédie

Le 28 juillet 2015, lors d’une balade en moto en Abitibi, Danièle Boutet a vu sa vie basculer à la suite d’un grave accident provoqué par un automobiliste qui envoyait un texto au moment de l’impact. La voiture a frappé sa jambe gauche. Guillaume Crépeault, 30 ans, a été reconnu coupable de négligence criminelle ayant causé des lésions, en juin. Quant à Danièle Boutet, une femme très active et sportive, elle a dû réapprendre à vivre et à fonctionner avec une jambe en moins. Avec son témoignage, elle souhaite envoyer un message fort contre les textos au volant, mais aussi un message d’espoir.

Mme Boutet se souviendra toute sa vie de ce moment, de son pied arraché, de la chirurgie, de la tentative de greffe, puis de l’annonce de la nécessité d’amputer sa jambe gauche, et de la longue rééducation qui s’en suivra. «J’ai essayé volontairement de tout mettre ça dans un tiroir et de dire “oublie ça”», raconte-t-elle. Mais plus facile à dire qu’à faire.

Après l’accident, les médecins ont tenté de reconstruire son pied par une greffe, mais il a fallu se rendre à l’évidence: sa cheville ne bougera pas. «On me l’a annoncée le 14 novembre, je devais donner ma réponse le 26 et j’ai été amputée le 14 décembre», relate-t-elle.

Ensuite, une longue rééducation commence. «On voit des films avec les barres, et on se dit “ce n’est pas pour nous”. J’étais super active, je faisais plusieurs sports, je m’entraînais au gym. J’avais une carrière, je voyageais partout, je travaillais 50 heures par semaine, j’étais quelqu’un de vraiment performant, et là, du jour au lendemain, c’est fini.»

Le choc psychologique 

Pendant la rééducation, Danièle réapprend à marcher, ça va assez bien psychologiquement, parce qu’elle se «bat pour avancer» et elle met de côté les difficultés: douleurs fantômes, prothèses mal adaptées (cinq en six mois), bursites à répétition.

«Au début, c’était un combat physique, j’ai eu ma première prothèse pneumatique en février, mais tu veux être fonctionnelle. Tu te bats, les thérapeutes, les psychologues te disent tous que ta vie va revenir comme elle était avant. Tu vis sur cet espoir-là», confie-t-elle. 

Après six mois de rééducation, elle reprend sa vie, recommence son travail, mais s’aperçoit vite que non, ça ne sera plus comme avant. «Ce n’est pas vrai que tu retrouves ta vie. Je conduis ma moto, mais en début de saison, je serre le guidon quand j’arrive dans une courbe. Ça m’arrive encore de me coucher en boule dans mon lit et pleurer, tellement les douleurs fantômes, ça fait mal», avoue-t-elle.

Danièle s’aperçoit que le côté psychologique n’est pas à négliger. Elle se sent forte, et renvoie cette image aux gens... mais tout la rattrape. «Je suis qui maintenant? Qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qui ne l’est pas», s’interroge-t-elle?

Dans quelques semaines, Danièle Boutet ouvrira un studio de yoga sur la Rive-Sud. Elle aimerait aussi donner des conférences pour raconter son histoire et sensibiliser les gens sur les textos au volant.

«La vie est belle» 

À un certain moment, Danièle réalise que soit elle s’en sort, soit elle s’écrase. Elle décide alors de partir deux mois en Asie, en voyage de groupe. «J’avais besoin de sortir de mon environnement, où tout le monde s’attend à ce que je sois fonctionnelle, que je souris. J’avais besoin d’être dans un milieu et avec des gens que je ne connaissais pas, pour ne pas jouer une game

Elle s’aperçoit alors qu’il y a des gens plus malheureux qu’elle. « La douleur, tu ne peux pas t’en sortir, mais de souffrir, c’est toi qui choisis», réalise Danièle. À son retour à Québec, elle met sa maison en vente, et part avec son sac à dos en Inde, avec l’intention de revenir quand elle se sera «trouvée». Après six mois en Inde et un mois au Pérou, elle revient transformée grâce au yoga et à la méditation. 

«Maintenant, je ne survis pas, je vis, et je pense que je vis bien mieux qu’avant», souligne Danièle. Elle n’en veut pas au conducteur. «Notre vie, c’est un choix. Il faut en être conscient, rien n’est acquis.»

La leçon qu’elle a retenue: «la vie, c’est l’équilibre. On n’a pas le choix d’être fonctionnel, mais on est maître de ça. Notre chemin est tracé, mais on a le contrôle.»

Sa vie de femme performante, vivant à 100 à l’heure sans prendre le temps d’en profiter, est derrière elle, et elle vit très bien avec sa nouvelle vie. Maman de deux enfants de 20 et 22 ans, qui l’ont beaucoup appuyée pendant cette épreuve, elle veut leur transmettre sa nouvelle vision de la vie, pour qu’ils ne se brûlent pas dans ce monde qui peut être très destructeur.

Dans quelques semaines, elle ouvrira un studio de yoga sur la Rive-Sud. Danièle Boutet aimerait aussi donner des conférences pour raconter son histoire et sensibiliser les gens sur les textos au volant. Et pour son équilibre, elle continuera à enfourcher sa Harley-Davidson.