Si la couverture médiatique d'incidents impliquant des drones et des avions pourrait donner des idées à des terroristes, les difficultés techniques sont encore grandes, note le document de Transports Canada.

Terrorisme: les drones peu menaçants... pour l'instant

Un rapport fédéral conclut que la couverture médiatique d'incidents impliquant des drones qui auraient «frôlé» des avions de ligne pourrait bien donner des idées à certains terroristes.
Le document de Transports Canada, obtenu par La Presse canadienne, suggère aussi que des petits aéronefs sans pilote pourraient être facilement utilisés pour mener des activités de surveillance rapprochée, dans le but de commettre éventuellement des attentats.
Le rapport nuance toutefois ces appréhensions en précisant que de nombreux obstacles se dressent sur le chemin de ceux qui voudraient utiliser à des fins criminelles ces véhicules, qui sont par ailleurs facilement accessibles et peu coûteux à l'heure actuelle.
Le rapport, déposé en janvier 2016, documente cinq signalements de «quasi-collisions» entre des avions de ligne canadiens et des petits aéronefs sans pilote, l'an dernier. Ainsi, en septembre 2015, les pilotes d'un avion de WestJet ont signalé le passage d'un drone à 60 mètres sous l'appareil. Encore le mois dernier, un avion de Porter aurait évité de justesse une collision avec ce qui semblait être un drone, selon les premières constatations.
Difficultés techniques
Si la couverture médiatique de ces incidents pourrait donner des idées à des terroristes, les difficultés techniques sont encore grandes, note le document de Transports Canada. La plupart des drones vendus au détail disposent d'une autonomie de vol de 10 à 40 minutes. Par ailleurs, étant donné les vents constants en haute altitude, il est peu probable qu'un avion de ligne puisse être frappé en vol, précise le rapport secret, dont une version très caviardée a été obtenue grâce à la Loi sur l'accès à l'information.
Ce sentiment est partagé par Jez Littlewood, expert en terrorisme à l'Université Carleton d'Ottawa. Selon lui, les Canadiens ne devraient pas s'inquiéter outre mesure des drones, car étant donné la technologie actuellement offerte à la vente au détail, les terroristes préfèrent se tourner vers d'autres armes.
Par ailleurs, le recours aux drones pour des activités de reconnaissance en vue de commettre un attentat pourrait davantage mettre la puce à l'oreille des autorités, conclut le rapport.
Quatre groupes terroristes disposeraient actuellement d'un programme de drones, selon un rapport de l'académie militaire américaine de West Point: le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien, Daech (le groupe armé État islamique) et le Front Fatah al-Cham (surtout présent en Syrie). Toutes ces organisations sont donc principalement actives au Proche et au Moyen-Orient.
Le rapport de West Point cite par ailleurs de récentes attaques menées en Syrie par le Hezbollah, qui aurait utilisé deux drones «grand public», mais modifiés, afin de larguer deux petites bombes sur des positions rebelles. Les Américains croient qu'il s'agit là d'un moment décisif dans l'utilisation de cet arsenal nouveau genre, qui pourrait bien s'imposer davantage à l'avenir.