Les centrales de taxi ne portent pas Uber dans leur coeur.

Taxis sans intermédiaire: une guerre préventive se trame à Québec

Le géant californien Uber et son application de taxis sans aucun intermédiaire font rager les centrales de taxis aux quatre coins du globe. L'entreprise n'est pas encore débarquée dans la capitale, mais Taxi Coop lancera dans quelques jours une guerre préventive contre Uber afin de mettre des bâtons dans les roues de la multinationale à Québec, a appris Le Soleil.
Les centrales de taxi ne portent pas Uber dans leur coeur. Les municipalités et gouvernements n'en finissent plus de la dénoncer. En Australie, Uber est même jugée illégale et des chauffeurs ont reçu des contraventions.
Le fleuron technologique de San Francisco a mis les pneus il y a quelques mois à Montréal, soulevant colère, controverse... et engouement.
La grogne prend naissance dans la nature même d'Uber, une application pour téléphone intelligent rendant caduc le modèle historique de l'industrie du taxi. En utilisant la géolocalisation, un client interpelle virtuellement avec son téléphone un chauffeur à proximité. Plus besoin d'une centrale de répartition. Même le paiement se fait automatiquement en ligne par une carte de crédit. Le chauffeur et le client n'échangent jamais d'argent. Uber récolte une commission de 15 % sur la course.
Mais Uber joue les hors-la-loi aux yeux de l'industrie, ne demandant aucun permis et refusant de souscrire à la réglementation locale. Pendant ce temps, les chauffeurs de taxi traditionnels respectent un lourd cadre réglementaire et peinent à payer leur permis, valant souvent plus de 100 000 $.
Inquiétudes
À Québec, Taxi Coop ne cache pas son inquiétude devant Uber. «Nous, on est régis par des lois et des règlements. Uber ne respecte pas ça. Lui, il peut dire : je m'en fous. Donne-moi l'appel, et ça finit là!» dénonce au Soleil le président Abdallah Homsy. Il considère Uber comme un service illégal de taxi. «Tout le monde veut améliorer l'industrie du taxi. Mais Uber ne respecte aucun règlement.»
Sauf qu'Uber a les reins solides, étant soutenu par les géants Amazon et Google. La petite application, mine de rien, a déniché plus de 18 milliards en investissements. «Si je veux le poursuivre, avec un budget de 18 milliards $... il peut se défendre pendant longtemps! On n'a pas les moyens», plaide Abdallah Homsy.
La seule arme à sa disposition : la frappe préventive. «C'est pas dans ma nature de pleurer et de dire : ça fait mal et ça fait mal», dit-il. «Au lieu de dire qu'il y a un problème, moi je vais donner la solution. Ce que personne n'a jamais été capable de faire. Vous allez voir quelque chose de très beau et innovateur. Ce qu'on va faire, ce n'est jamais arrivé dans la province de Québec ni ailleurs.»
Taxi Coop dévoilera entre autres dans quelques jours une nouvelle application afin de couper l'herbe sous le pied d'Uber. «On est en train de préparer quelque chose. Je ne peux pas dévoiler tout ce qui se passe. Mais on va arriver avec quelque chose qui va répondre aux besoins de notre clientèle.»
Au-delà de cette application nouveau genre, Taxi Coop interpellera aussi le gouvernement québécois. «Comment ça se fait que vous tolérez autant le taxi illégal, alors que partout dans le monde, tout le monde chiale?» lance-t-il. «Est-ce que c'est parce que c'est Google, et qu'on ne veut pas les écoeurer?»
<p>Uber n'aura pas le choix de s'implanter un jour dans la capitale, avance au <em>Soleil</em> le directeur général d'Uber Montréal, Jean-Nicolas Guillemette.</p>
Venue quasi inévitable d'Uber
Uber n'aura pas le choix de s'implanter un jour dans la capitale, avance au Soleil le directeur général d'Uber Montréal, Jean-Nicolas Guillemette.
«L'objectif, c'est d'offrir du transport partout. Pour l'instant, on est établis à Halifax, Toronto, Montréal. Ça se passe très bien», énumère le dg. «Il y a une bonne demande. On reçoit régulièrement des courriels de gens de Québec qui nous demandent quand on va venir à Québec», indique-t-il. «Nos objectifs de croissance, c'est de permettre aux gens du Canada et du Québec d'avoir accès à Uber. Donc, probablement que ça va arriver. Ça serait dans la logique de développement de l'entreprise, et Québec est un marché qui serait intéressant pour nous.»
Une venue dans les rues de la capitale sera certainement étudiée dans les prochaines semaines ou les prochains mois, selon Jean-Nicolas Guillemette.
Entreprise en vogue
Uber est une des entreprises les plus en vogue de la Californie. Arrogant et fonceur, le pdg Travis Kalanick est devenu une vedette dans la Silicon Valley. Il n'hésite pas à défier les villes hostiles à son entreprise. Uber est désormais utilisée dans 128 villes à travers le monde. La frappe préventive de Taxi Coop à Québec ressemble à bien d'autres ripostes similaires. Jean-Nicolas Guillemette s'y attend. «Ça ne me surprend pas du tout! Si c'est une action de sortir dans les médias et de dire qu'Uber est mauvais, de faire des pressions politiques et de faire du lobbying par en arrière, pour nous bloquer... À ce moment-là, ça ne sera pas nouveau. C'est ce qu'on vit quotidiennement. À Montréal ou ailleurs.»
Il n'a toutefois rien contre une offensive numérique de Taxi Coop. «S'ils décident de lancer une application similaire à la nôtre et de faire évoluer l'industrie du taxi, nous, on n'a rien contre ça. Tant mieux!»
Car Uber veut avant tout reléguer aux oubliettes le modèle de gestion traditionnel des taxis. «Les compagnies de taxi n'ont pas évolué depuis 60 ans, et c'est le consommateur qui est pénalisé. Et le chauffeur», avance-t-il. «Les compagnies de taxi veulent garder leurs monopoles. Elles font énormément d'argent dans le modèle qu'elles opèrent», ajoute-t-il. «Je trouve ça dommage pour les gens de Québec.»