Les participants des «tailgates» arrivent dès 3h du matin afin de pouvoir s’installer à l’ouverture du stationnement à 6h.

«Tailgate» du Rouge et Or: une tradition d’avant-match festive et familiale

Les champions de la coupe Vanier, le Rouge et Or de l’Université Laval, reprenaient du service dimanche en accueillant pour leur premier match de la saison le Vert et Or de Sherbrooke. L’occasion pour les partisans de se retrouver et de renouer avec le traditionnel tailgate d’avant match.

Le match commence à 13h, mais les irréductibles des tailgates arrivent à 3h du matin avec leur matériel pour être sûrs d’avoir leur emplacement favori. Il faut savoir qu’il n’est pas possible de réserver, premier arrivé, premier servi. 

Dès l’ouverture du stationnement à 6h du matin, les tentes, les tables et tout ce qui va servir pour préparer le repas sont installés. Les partisans se connaissent bien entre eux, certains viennent depuis le début des tailgates à Québec à la fin des années 1990.

C’est le cas de Marc-André Laflèche, cofondateur des tailgates à Québec : «On regardait ce qui se passait aux États-Unis où les tailgates sont très populaires. On a eu l’idée de faire un barbecue en 1996 ou 1997. Au début, les gens de l’université ne savaient pas trop si on pouvait faire ça comme il n’y avait pas de règlement, mais comme ça se passait bien, ils ont laissé faire et peu à peu ça a grossi», explique-t-il. 

Stéphane Lepage participe également au tailgate depuis le début. Au fil des années, il a vu la popularité et l’intérêt des gens grandir pour ce genre d’évènement d’avant-match. «C’est festif et familial. On vient avec une gang d’amis. C’est vraiment pour se retrouver et fêter avant le début du match.»

Chaque personne participe aux frais pour la nourriture des «tailgates».

Une tradition américaine

Son ami, Jérôme Jacques, n’est pas particulièrement un fan de football, il n’ira d’ailleurs pas au match, mais cela ne l’empêche pas d’être là à 3h du matin avec ses amis. «Je viens pour voir les copains et pour l’ambiance. Le match c’est vraiment secondaire pour moi», confie-t-il. «C’est comme aller à la messe, mais pour le football», renchérit M. Lepage. 

Pour la petite histoire, le premier tailgate n’a pas eu lieu pour encourager une équipe de football, mais une armée. C’était en 1861 pendant la guerre de Sécession. C’est en 1869, lors d’une partie de football collégial, que l’on a pu voir le premier tailgate d’avant-match.

Depuis 10 ans, Rock Derome ne rate pas un tailgate. «Au début, on était une dizaine et une seule tente. Maintenant selon les matchs, on peut être 70 ou 80 et on a neuf tentes. Chaque personne participe aux frais pour la nourriture», relate-t-il. 

Les «tailgates» attirent même des personnes qui ne s’intéressent pas au football.

Une zone commanditaire décriée

Dimanche, au passage du Soleil, l’ambiance n’était pas tout à fait au rendez-vous. Pour les habitués des tailgates, plusieurs raisons peuvent expliquer ce début de saison timide. «Le beau temps», «les étudiants encore en vacances», le «match en après-midi au lieu du samedi soir». 

Plusieurs ont également mis au banc des accusés la zone commanditaire mise en place par la direction du Rouge et Or, il y a trois ans, sur le stationnement jusque-là réservé aux particuliers qui venaient avec leurs affaires. 

«Ça a beaucoup changé l’ambiance. Cette année, la zone est plus petite que l’an passé, tant mieux parce que l’an dernier ça prenait beaucoup trop de place et il n’y avait jamais personne avant 11h30», dénonce Éric Auclair, présent aux tailgates du Rouge et Or depuis 1999. «Je comprends que le Rouge et Or puisse avoir besoin de ça, mais c’est important de garder notre place surtout pour ceux qui sont là depuis des années», poursuit-il. 

Michel Pelletier trouve également que l’ambiance n’est plus aussi familiale. «C’est devenu plus commercial. Il y en a qui ont été déplacés et ils n’ont pas aimé ça donc ils ne viennent plus», déplore-t-il. 

Le directeur général du Rouge et Or, Gilles D’Amboise, se défend de vouloir enlever de la place à ceux qui viennent avec leur tente et leur BBQ. «C’est toujours festif et familial. Les gens qui venaient au départ ont toujours leur place. On n’a pas refusé du monde parce qu’on a fait cette zone-là.»

De nouveaux partisans

M. D’Amboise pense plutôt que cela répond à une demande des partisans qui souhaitent participer à la fête d’avant-match. «Certains ne souhaitent pas organiser un tailgate, mais ils veulent être dans l’ambiance et bénéficier d’un service pour prendre une bière et un burger. On a demandé à Sportscene qui a déjà une concession à l’intérieur du stade s’il pouvait offrir ce service-là.»

Nicolas Roy et Martin Morissette sont venus en autobus avec un groupe de gens d’affaires de la Beauce. C’est la première fois que le club social organisait un tel voyage pour venir voir un match du Rouge et Or. Et c’est grâce à la zone commanditaire qu’ils ont eu le goût de venir. «On est une quinzaine de personnes. Comme on venait en autobus, c’était plus facile de venir dans la zone et avoir accès à de la nourriture et à de la boisson.»

Pour Jean-Philippe Robitaille et Marie-Pierre Poulain, la zone commanditaire est également une belle découverte. «On est venu plus tôt grâce à cette zone et pour profiter de l’ambiance. C’est la première fois qu’on vient parce qu’on n’est pas des amateurs de football. S’il n’y avait pas ça, on ne serait pas venu alors que là, on va sûrement revenir voir un match.»