Le préfet de la MRC de Charlevoix-Est, Sylvain Tremblay, réclame un pont entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine,

Tadoussac: le préfet plaide pour un pont

La mise en service de traversiers plus imposants, capables de transporter davantage de véhicules, inquiète sérieusement le préfet de la MRC de Charlevoix-Est, Sylvain Tremblay, qui réclame plutôt un pont entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine afin d'éviter une hausse des accidents sur la route 138, un tronçon de plus en plus achalandé qui paye déjà un fort tribut en pertes de vies chaque année.
Dans un cri du coeur livré vendredi devant le comité de consultation publique sur la sécurité routière de la Société de l'assurance automobile du Québec, M. Tremblay a exprimé ses craintes au sujet de l'augmentation de la circulation dans Charlevoix lorsque ces navires entreront en service, sur la rivière Saguenay. «Plutôt que décharger 75 véhicules, on va en envoyer 110 sur la route.»
Pour le moment, aucune date de mise en service n'est connue pour les nouveaux traversiers en construction à la Davie. Un retard dans l'échéancier et une hausse des coûts ont créé un litige entre le chantier maritime et la Société des traversiers du Québec. 
N'empêche, M. Tremblay dit ne pouvoir s'empêcher de nourrir une inquiétude, d'autant plus qu'«aucun nouvel aménagement n'a été effectué pour absorber ce flux de véhicules» sur une route qui voit augmenter sans cesse le nombre de camionneurs et de touristes, à travers un relief escarpé et des conditions météorologiques parfois extrêmes.
«Ces deux clientèles sont peu enclines à se partager la route. L'une a le nez en l'air pour voir ce qu'il y a de plus beau, l'autre a des obligations de temps de livraison et de charges.»
À la queue leu leu
Les Charlevoisiens craignent que ces milliers de véhicules additionnels amplifient «le syndrome de la traverse», phénomène par lequel les automobilistes débarqués du traversier se suivent à la queue leu leu et cherchent à doubler les poids lourds et véhicules plus lents, le plus souvent dans des zones dangereuses.
«Il existe peu d'espaces de dépassement entre Baie-Saint-Paul et La Malbaie, et encore moins entre La Malbaie et Baie-Sainte-Catherine», déplore M. Tremblay, dont le village est au coeur de cette «problématique majeure».
«Nos infrastructures [routières] sont à peu près les mêmes qu'à l'époque de Rose-Anna et Joseph-Arthur» illustre le politicien, également maire de Saint-Siméon, en rappelant les deux personnages de l'émission Le temps d'une paix, tournée dans ce coin de pays.»
«Il est aberrant qu'en 2017, une route classée nationale par les gouvernements québécois et canadien pour servir de lien avec le Labrador soit encore coupée par un obstacle»
Un pont, c'est sérieux
En entrevue au Soleil après sa présentation, M. Tremblay s'est fait on ne peut plus clair. «Là, c'est sérieux, on veut un pont et on va se mettre tous ensemble pour l'avoir.»
Selon le préfet, la main-d'oeuvre de Charlevoix, frappée par un taux de chômage de 40 % à certains endroits, tirerait profit de la construction de cette infrastructure, qui nécessiterait une dizaine d'années de travaux.
«Il est impératif de considérer sérieusement cette option», ajoute M. Tremblay, précisant que le projet coûterait entre 400 à 500 M$. Si le gouvernement peut investir 200 M$ sur le pont de l'île d'Orléans pour 6000 résidents, il serait encore plus utile d'en construire un pour desservir 100 000 personnes de la Côte-Nord, croit-il.
En jetant un coup d'oeil dans sa boule de cristal, Sylvain Tremblay ne peut voir comment la situation pourrait aller en s'améliorant, avec le développement minier dans le nord du Québec, l'inscription du fjord du Saguenay au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'ouverture du parc national à Baie-des-Rochers et la popularité grandissante de l'observation des baleines.
«Tous ces visiteurs internationaux, voulez-vous qu'ils reviennent vivants de leur voyage au Canada? Ne pourrait-on pas mettre la grande table pour les recevoir?»
«Pas vu de changements» en 50 ans
Le camionneur Marcel Dufour, de Transporteurs en vrac de Charlevoix, a tenu lui aussi à faire connaître son mécontentement aux trois commissaires du comité de consultation sur la sécurité routière, vendredi.
À l'instar du préfet de Charlevoix-Est, le travailleur de 67 ans dénonce le manque de travaux de réaménagement de la route 138 vers Baie-Sainte-Catherine. «Je n'ai pas vu de changements en cinquante quelque années, à part à trois ou quatre places. Les dernières fois, j'étais p'tit gars.»
M. Dufour, qui effectue de multiples voyages vers Clermont chaque semaine, considère que le traversier de Baie-Sainte-Catherine-Tadoussac entraîne des retards pour les conducteurs de poids lourds. «Si tu le manques d'une fraction de seconde, de jour, tu perds 20 minutes, en soirée, tu perds 40 minutes, et la nuit une heure. T'as pas le choix de t'ajuster.»