La coalition menée par les États-Unis avait mené en avril des frappes contre le régime de Damas.

Syrie: plus de 50 combattants pro-régime tués dans l’est

BEYROUTH - Plus de 50 combattants prorégime, dont une majorité d’Irakiens ont été tués dans des frappes nocturnes contre des positions du pouvoir dans l’est de la Syrie, soit le bilan le plus lourd pour Damas depuis des mois, selon une ONG.

Ces frappes ont visé dans la nuit de dimanche à lundi la ville d’al-Hari, située près de la frontière irakienne, où des milices étrangères se battent au côté du régime de Bachar al-Assad, dans un pays ravagé par une guerre complexe depuis plus de sept ans.

«Cinquante-deux combattants, dont 30 Irakiens et 16 Syriens, y compris des soldats et des membres de milices loyalistes, ont été tués», a indiqué à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Selon lui, la nationalité de six combattants reste à déterminer.

L’Observatoire, qui dispose d’un vaste réseau de sources à travers le pays, avait évoqué en matinée un premier bilan de 38 morts. Il n’était toutefois toujours pas en mesure d’identifier l’origine de ces tirs, les plus meurtriers depuis des mois contre les forces du régime d’après l’ONG.

Selon M. Abdel Rahmane, des blessés ont été soignés dans la ville voisine de Boukamal, tandis que d’autres ont été transportés vers l’Irak.

Une source militaire à Deir Ezzor a indiqué à l’AFP que des avions de combat «ont mené des frappes aériennes sur des positions conjointes irako-syriennes à al-Hari».

Les médias d’État syrien ont attribué ces frappes à la coalition internationale dirigée par les États-Unis, une affirmation qui a toutefois été démentie par une source au sein de ces forces antijihadistes.

Citant une source militaire, l’agence officielle Sana a affirmé que plusieurs personnes avaient été tuées et blessées par des appareils de la coalition américaine, sans fournir de bilan précis.

«Il n’y a pas eu de frappes de la part des forces américaines ou de la coalition dans cette zone», a réagi auprès de l’AFP une source de la coalition, indiquant toutefois «être au courant de frappes (...) ayant tué et blessés plusieurs combattants de Kataëb Hezbollah», une milice chiite irakienne patronnée par l’Iran.

Offensives distinctes

Al-Hari est située dans la province de Deir Ezzor, riche en pétrole, où les forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, et les forces gouvernementales syriennes, appuyées par la Russie, mènent des offensives distinctes contre le groupe État islamique (EI).

L’EI a perdu l’essentiel du territoire qu’il contrôlait en Syrie et en Irak. Mais le groupe ultra-radical reste présent dans des zones désertiques transfrontalières, notamment dans la province de Deir Ezzor.

Les forces gouvernementales contrôlent les terres à l’ouest du fleuve Euphrate, qui traverse la province, tandis que les FDS se battent pour expulser l’EI d’une série de villages situés sur la rive est, près de la frontière irakienne.

Une ligne de «déconfliction» qui longe le fleuve est en place depuis 2017 afin d’empêcher tout affrontement entre prorégime et FDS.

La coalition, qui intervient en Syrie depuis 2014 pour combattre l’EI, a néanmoins frappé des forces du régime ces dernières années.

Le 24 mai, 12 combattants prorégime ont péri dans un raid aérien contre des positions de l’armée syrienne au sud de Boukamal, ville reprise à l’EI par le régime en novembre dernier et située à quelques kilomètres de la frontière.

L’OSDH et des médias d’État syriens avaient attribué cette frappe à la coalition, mais le Pentagone avait nié.

Le 7 février, la coalition a reconnu avoir tué au moins 100 combattants prorégime, dont cinq Russes selon Moscou, dans la province de Deir Ezzor, en représailles à une attaque contre des positions des FDS.

En septembre 2016, des raids contre des positions militaires du régime, également dans l’est, avaient coûté la vie à plus de 60 soldats syriens. La coalition avait alors indiqué avoir pris les forces du régime pour des jihadistes.

«Couloir vital»

Les frappes contre al-Hari interviennent au lendemain de la reprise par les FDS de Dachicha, un village situé dans le nord de la province de Hasakeh.

Dachicha représentait un «fief important» de l’EI dans cette province et se trouvait sur un «couloir vital» reliant autrefois les territoires des jihadistes en Syrie et en Irak, selon le directeur de l’OSDH.

«Pour la première fois en quatre ans, Dachicha, une ville réputée pour le transit d’armes, de combattants [...] entre l’Irak et la Syrie, n’est plus contrôlée» par l’EI, a commenté lundi Brett McGurk, l’envoyé spécial du président américain auprès de la coalition anti-EI.

Déclenché en 2011 par la répression par le régime de manifestations pacifiques prodémocratie, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes jihadistes, sur un territoire morcelé.

Il a fait plus de 350 000 morts et jeté à la rue des millions de personnes.