Le CHU Sainte-Justine à Montréal
Le CHU Sainte-Justine à Montréal

Syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant et COVID: le mystère persiste

MONTRÉAL - L’examen de 21 petits patients atteints du syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant (SIME) n’a pas mené des chercheurs du CHU Sainte-Justine dans la direction attendue.

«C’est vraiment quelque chose de troublant parce qu’on a le sentiment que c’est lié à la COVID, l’augmentation survient dans le contexte de la pandémie, a confié en primeur à La Presse canadienne le docteur Élie Haddad. Mais pour l’instant nous n’avons pas trouvé, chez 16 des 21 enfants, de preuve formelle de l’infection.»

Le docteur Haddad et ses collègues n’ont en effet détecté la présence du coronavirus que chez cinq patients. Le virus a été trouvé dans le nasopharynx de l’un d’eux, et des anticorps dans le sang de quatre autres.

Le docteur Haddad ne cache pas avoir été pris de court par ces résultats. Ses collègues et lui les ont donc contrevérifiés de quatre manières différentes, sans que rien n’y change - les résultats négatifs sont restés négatifs et les résultats positifs sont restés positifs.

«Ça nous questionne parce qu’on a vraiment le sentiment qu’on voit environ trois fois plus de ce type de syndrome inflammatoire, qui ressemble à la maladie de Kawasaki, (...) que d’habitude, alors que les enfants étaient enfermés chez eux, a-t-il dit.

«D’après ce qui avait été publié par nos collègues italiens et anglais, on s’attendait à trouver chez la majorité des patients des anticorps anti-SRAS-CoV-2.»

Des chercheurs français ont quant à eux témoigné d’une sérologie positive dans 50 % des cas, à l’étude de 172 patients.

Ces résultats, tout étonnants soient-ils, ne renvoient pas pour autant les chercheurs à la case départ, assure le docteur Haddad, puisque toute issue contribue à sa manière à l’avancement de la science et des connaissances.

Il rappelle qu’il y a quand même cinq patients chez qui le virus a été décelé. Ses collègues et lui s’affaireront maintenant à étudier ce qui différencie potentiellement ces patients des autres.

«On a avancé, on a coché une case, et maintenant on est devant un questionnement scientifique, a-t-il dit en conclusion. Qu’est-ce que ça veut dire tout ça? Comment ça se fait qu’on voit autant de cas en période de pandémie? Et que parmi tous ces cas, il n’y en a finalement peu chez qui on voit des anticorps présents? On cherche d’autres explications. C’est ce qui rend notre métier passionnant.»