Sylvie Lalande

Sylvie Lalande démissionne du conseil de Capital régional et coopératif Desjardins

La présidente du Groupe TVA et vice-présidente du conseil de Québecor, Sylvie Lalande, abandonne la présidence du conseil de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD). Elle poursuit également le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, pour atteinte à sa réputation.

Dans un communiqué diffusé en toute fin de journée, mercredi, Sylvie Lalande a rappelé que le ministre Fitzgibbon avait, lors d’un point de presse tenu le 26 novembre dernier, «avancé, tant par ses propos directs que par des insinuations, que j’aurais pu intervenir dans l’analyse de la demande de soutien financier présentée par la coopérative d’employés de Groupe Capitales Médias (GCM) auprès de CRCD afin que cette demande soit refusée». 

Le ministre, poursuit Mme Lalande, a invité les journalistes à «aller voir qui siège au conseil d’administration de CRCD, les enjoignant ainsi à considérer une situation de conflit d’intérêts» dans laquelle une autre administratrice et elle auraient été, étant à la fois membres de ce conseil d’administration et de celui de Québecor inc.

«Monsieur Fitzgibbon, autant par son rôle de ministre que par l’expérience qu’il a acquise dans le domaine financier au cours de dizaines d’années, notamment à titre d’administrateur de la Caisse de dépôt et placement du Québec, devait savoir qu’une demande de la nature et de l’ampleur de celle soumise par la coopérative des employés de GCM ne rencontrait pas le seuil de matérialité suffisant pour être soumise au conseil d’administration», souligne Sylvie Lalande dans son communiqué.

En entrevue avec La Presse canadienne, Mme Lalande a affirmé avoir pris sa décision de quitter la présidence du conseil d’administration de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) en raison de ce qu’elle estime être des «menaces à peine voilées» du premier ministre François Legault de retirer des avantages à Desjardins.

«C’est très difficile de mordre la main qui vous nourrit», a-t-elle ajouté en précisant que l’institution financière ne l’a pas forcée à choisir entre rester ou entamer une poursuite judiciaire.

Mme Lalande soutient aussi qu’elle intentera des procédures judiciaires — qu’elle financera elle-même — afin de rétablir sa réputation et de réparer les dommages qu’elle estime avoir subis. Le ministre avait refusé de se rétracter à la suite de l’envoi d’une mise en demeure de l’administratrice.

Les affirmations du ministre constituent «des insinuations fausses et trompeuses» quant à sa participation au processus décisionnel dans le dossier de GCM , a-t-elle martelé.

Elle insiste n’avoir «jamais été en apparence de conflits d’intérêts», le dossier n’a jamais franchi la ligne de départ, ni présenté ni à un comité d’investissement, ni au conseil d’administration.

Pas d’excuse

Le ministre Fitzgibbon a refusé se s’excuser la semaine dernière après avoir reçu une mise en demeure de la part de Mme Lalande, estimant que ses propos étaient «appropriés». En mêlée de presse, il a fait valoir qu’il avait indiqué «très clairement» qu’il y avait «apparence de conflit d’intérêts», mais que cela ne signifiait pas qu’il y avait eu conflit d’intérêts. 

François Legault avait rappelé la semaine dernière que CRCD recevait «une partie de l’argent des Québécois» en crédit d’impôt «pour prendre plus de risque», laissant planer la menace de réviser ces crédits si la coopérative n’investissait pas dans la relance de GCM. Il s’était également porté à la défense de son ministre en affirmant que, selon lui, il est «factuel» de dire que Mme Lalande s’est trouvée dans une «apparence de conflits d’intérêts» dans le dossier de GCM.

Le ministre Pierre Fitzgibbon a réagi à la déclaration de Mme Lalande sur Twitter en début de soirée. «Je viens d’apprendre que Mme Lalande a démissionné du C.A. de CRCD. Je veux préciser que ni le premier ministre ni moi n’avons suggéré de retirer les crédits d’impôt aux fonds fiscalisés. Au contraire, je suis présentement en discussion avec Luc Ménard [chef de l’exploitation de Desjardins Capital] sur les façons de développer la collaboration entre CRCD et le gouvernement pour appuyer le développement de nos régions», a-t-il écrit.

Le ministre de l’Économie ajoute qu’il est «désolé que l’impact de mes questions légitimes sur l’apparence de conflits d’intérêts de Mme Lalande ait pu lui porter offense». «Ce n’était pas mon intention», assure-t-il.  Avec La Presse canadienne