Sylvain Marcel

Sylvain Marcel s’ouvre sur son passé de toxicomane

Sylvain Marcel roulait entre Québec et Montréal lorsque son agent lui a parlé d’un possible contrat de porte-parole. «C’est-tu Ford? C’est-tu PFK?» s’est-il demandé.

Non, c’était pour Le Rucher. «Dans ma tête, c’était du miel», raconte le comédien, vedette entre autres des séries Mensonges et 19-2. Mais ce n’était ni pour du miel, ni pour des voitures, ni pour du poulet frit. 

C’était pour le Centre de traitement des dépendances Le Rucher, à Saint-Augustin-de-Desmaures. L’organisme communautaire, qui offre un programme thérapeutique avec hébergement d’une durée minimale de six mois, se préparait à lancer une campagne de financement. 

Sylvain Marcel, ex-alcoolique et ex-toxicomane, porte-parole pour une maison de thérapie? «Sur le coup, ça m’a secoué, dit-il. J’ai senti le poids de la responsabilité.» 

Raconter son alcoolisme et sa toxicomanie en public. Associer son visage à un centre de Centre de traitement des dépendances. Il ne savait pas s’il était prêt à ça. 

«À un moment donné, on se dit : “Faut faire attention, il ne faut pas trop en parler. Ça pourrait nuire à mon travail.” Mais pourquoi ça nuirait à mon travail? Je veux dire : “Ma vie va bien, pourquoi je ne pourrais pas, justement, aider d’autres personnes?”»


« À un moment donné, on se dit : “Faut faire attention, il ne faut pas trop en parler. Ça pourrait nuire à mon travail.” Mais pourquoi ça nuirait à mon travail? Je veux dire : “Ma vie va bien, pourquoi je ne pourrais pas, justement, aider d’autres personnes?” »
Sylvain Marcel, porte-parole du Rucher

Alors, il y a deux semaines, il s’est rendu au Rucher pour partager son expérience de la dépendance avec les résidents et y rencontrer les intervenants. II en est ressorti avec la conviction qu’il pouvait parler de la dépendance au nom du Centre Le Rucher. 

Et avec le désir de briser un certain stéréotype de la dépendance. Celui qui associe la dépendance à la pauvreté, à la déchéance. «C’est une maladie qui n’a pas de classe sociale», dit Sylvain Marcel.

Le comédien est maintenant abstinent depuis neuf ans. Mais durant plusieurs années, alors qu’il brillait de plus en plus à la télé, au cinéma et avec ses populaires pubs de Familiprix — le fameux «Ha, ha!», c’était lui— il était dépendant à l’alcool et à des «drogues dures» qu’il ne préfère pas préciser. 

«Je faisais beaucoup de tort autour de moi, mais j’étais incapable de me dire : “OK, là, c’est la dernière fois”», dit-il. 

«Ça m’a nui dans mon travail, j’étais en survie tous les jours. Parfois, je me levais à 5h du matin et je me disais : je passerai pas à travers, je passerai pas à travers.»

La consommation de drogue et d’alcool l’a conduit six fois à l’hôpital. Deux fois pour le coeur. Trois fois pour des amygdalites aiguës. «La gorge était en train de me fermer», dit-il. 

Et cela, sans compter les idées suicidaires. «À un moment donné, tu te dis : “Je suis un lâche, je suis pas capable, j’ai pas de volonté.” Mais ça n’a rien à voir avec la volonté, t’es incapable d’arrêter», dit-il. 

Il a appelé son ancienne agente, qui connaissait ses problèmes de dépendance. C’était un jeudi. Elle lui proposait d’entrer à la Maison Jean Lapointe le dimanche. «Non, c’est là, là, là. Sinon je vais repartir. Je vais mourir», lui a-t-il dit.

Quinze heures de «dérape accotée»

Il est entré dans un autre centre de thérapie le jour même. Il y est resté 28 jours. N’a pas consommé durant six mois. Puis, il a fait une rechute pour voir s’il était «encore capable». Quinze heures sur la «dérape accotée». 

«C’est la dernière fois de ma vie que j’ai consommé», raconte-t-il. 

Aujourd’hui, dans les 5 à 7, les partys, Sylvain boit son verre de Coca-Cola. Il lève la main pour être le conducteur désigné. «Je me sens utile», dit-il.

Sylvain Marcel espère qu’il le sera encore plus comme porte-parole du Centre de dépendance Le Rucher. Il ne vend toujours pas de miel, mais ça lui est égal. «C’est important de redonner. En tout cas, moi, ça m’aide».