Sylvain Barrette, candidat du Parti québécois dans Jean-Talon, a été professeur de musique pendant 25 ans.

Sylvain Barrette candidat du PQ dans Jean-Talon: faire rimer musique et politique

En vue de l’élection provinciale partielle dans la circonscription de Jean-Talon, le 2 décembre, à Québec, Le Soleil rencontre les candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui : Sylvain Barrette, du Parti québécois.

Le chef de chœur espère voir les souverainistes de Jean-Talon s’exprimer d’une même voix. L’organiste, claveciniste et pianiste veut corriger la fausse note de l’an dernier. Et le prof de musique compte rétablir l’harmonie. Tout cela pour un seul et même candidat.

Aux élections générales de 2018, Sylvain Barrette et le Parti québécois (PQ) ont chuté au quatrième rang dans la circonscription. Derrière le libéral gagnant, puis démissionnaire, Sébastien Proulx, mais aussi à la traîne de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire.

Le verbomoteur de 61 ans veut cette fois saisir toutes les occasions possibles de s’exprimer. Comme toutes ces scènes où il est monté depuis près de 40 ans pour raconter de ses doigts les œuvres d’un Bach ou d’un Rameau.

«Chez nous, on a quasiment tous appris le piano», affirme le dernier de huit enfants, qui a passé son enfance dans le quartier Duberger, à Québec. «Mon père, lui, chantait. Ma grand-mère Barrette était organiste de paroisse, à Joliette, et mon grand-père était le maître-chantre. Mon père a donc perpétué ça. Pendant longtemps, la chorale de la paroisse Saint-François-Xavier de Duberger, c’était Roland Barrette.»

Le paternel n’a pourtant jamais suivi de cours de musique. Ce qui l’a laissé frustré. Quand le petit dernier a voulu aller étudier en musique, à l’étranger de surcroît, papa n’a pas été si difficile à convaincre.

«J’ai été heureux en musique», laisse tomber M. Barrette, au long d’une conversation qui nous mènera de Vienne, dans les années 1980, à Istanbul, lieu de ses dernières vacances, cet été. En passant par le conservatoire de Québec, Montréal et les écoles primaires de Gatineau.

Pour l’entrevue tenue au café Castelo de la rue Maguire, M. Barrette a même apporté son piano portatif pour agrémenter les photos prises à la Librairie Vaugeois, voisine.

Vienne, Budapest, Hull...

Ses trois années à étudier dans la capitale autrichienne ont été «passionnantes!» assure-t-il.

«Un billet pour aller à l’opéra coûtait le prix d’un café. Si tu ne le trouves pas bon, ton café, tu en laisses la moitié de la tasse et ça ne te dérange pas! Il y avait des places debout pour les étudiants. Dans ce temps-là, je pouvais rester debout durant cinq heures pour un opéra de Wagner... avec une pause quand même pour marcher un peu», se rappelle-t-il, avec bonheur.

Il se souvient de spectateurs prompts à gueuler leur admiration ou à huer en plein spectacle, beaucoup moins polis que ce qui a cours en Amérique du Nord.

Aussi de sa première visite derrière le Rideau de fer, à Budapest, en Hongrie. Surpris d’y voir les magasins remplis à craquer de produits et de clients. Puis réaliser plus tard que le 4 décembre, c’est l’avant-veille de la Saint-Nicolas, moment de la distribution des cadeaux aux enfants, plus important que Noël dans certains pays.

C’est aussi à cette époque que le jeune Barrette finit deux fois deuxième à des concours internationaux d’orgue, à Toulouse, en France, et à Payerne, en Suisse.

De retour à Québec, il est organiste à l’église Saint-Roch et devient pour un temps critique de musique classique au Soleil, pendant les vacances du vénérable Marc Samson.

Mais la trentaine approche et, tout en poursuivant sa carrière de musicien, il assure ses arrières avec un diplôme de pédagogie obtenu en Outaouais. L’amour l’a attiré à Hull et c’est là que sa femme et lui auront leurs trois garçons, aujourd’hui âgés de 27, 24 et 21 ans.

M. Barrette a adoré chacune de ses 25 années passées en classe, jusqu’à sa retraite en 2013. En plus d’avoir participé à la création de ce qui était alors le plus grand événement de chant choral au Québec, les Choralies, à Gatineau.

«Je ne me suis jamais ennuyé d’une carrière que je n’ai pas eue. J’ai pu rester actif comme musicien et j’ai un petit côté Gregory Charles! Je joue des fugues de Bach, mais tu me donnes une toune de musique populaire et je la joue à l’oreille. Avec les élèves, c’était pratique», reconnaît-il.

Jardinier des trappistes

Les parents de sa mère étaient Britanniques, chacun originaire d’une île de la Manche. Orphelins jeunes, les Arscott immigrent au Canada, lui s’enrôlant comme jardinier auprès des moines trappistes d’Oka.

Là où le père de M. Barrette a suivi son cours en agronomie sous l’égide de l’Université de Montréal. Et a rencontré la fille du jardinier, puis l’a mariée.

Le couple s’est ensuite exilé au Témiscamingue, Ville-Marie, où il a eu ses sept premiers enfants. Avant de rentrer à Montréal et que Roland décroche un emploi de reporter à l’émission Les Travaux et les jours de Radio-Canada, programme agricole ancêtre de La Semaine verte.

Mais sa carrière télé sera de courte durée. Alors que la grève des réalisateurs se dessine à l’horizon, début 1959, le couple Barrette-Arscott plie bagage pour la capitale. «Déjà en 1958, le climat de travail était exécrable. Mon père était à peine arrivé à Radio-Canada qu’il voulait en partir! Il a trouvé un emploi dans la fonction publique, à Québec, en 1960», explique M. Barrette.

Ses souvenirs de jeunesse sont les cousins qui venaient dormir à la maison, à l’automne 1969, afin de pendre part aux grandes manifestations sur la colline parlementaire contre le «Bill 63», loi consacrant le libre choix de la langue d’enseignement.

Sans oublier que la première fois qu’il a voté, c’est le 15 novembre 1976. Première élection du Parti québécois et de René Lévesque. Il avait 18 ans.

Moment fondateur pour le jeune homme, «impossible à oublier». «Pour les indépendantistes, c’est une date quasiment plus importante que le 25 décembre!» s’esclaffe-t-il, disant que même sa mère, de sang 100 % anglais, votait PQ.

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ENJEUX DE CIRCONSCRIPTION

Le pont de Québec

«Dans ce dossier-là, on n’avance pas. Je ne veux pas parler du pont de Québec, je veux parler de sa rouille! La rouille du pont de Québec est à l’image du fédéralisme. On en parle, on veut faire de quoi, mais il n’y a jamais de décision qui se prend et toujours des raisons pour ne rien faire.»

Le troisième lien

«Changeons l’obsession du troisième lien par l’obsession de la deuxième personne [dans le véhicule]. Le transport en commun, c’est aussi le covoiturage, pas juste prendre l’autobus. Si tout le monde était obsédé par l’idée de se trouver un compagnon [de covoiturage], ça ferait une grosse différence sur la route. Les gros projets, ç’a du flash! Mais ce sont des rêves pas assez réalistes qui nous retardent dans les vraies solutions.»