Fin 2013, des techniciens du ministère de l’Environnement ont échantillonné l’eau souterraine autour d’Haldimand no 4 pour avoir une image initiale de la qualité de l’eau.
Fin 2013, des techniciens du ministère de l’Environnement ont échantillonné l’eau souterraine autour d’Haldimand no 4 pour avoir une image initiale de la qualité de l’eau.

Surveillance de l’eau souterraine: «imbroglio» avec le Ministère, dit Pétrolia

Geneviève Gélinas
Geneviève Gélinas
Le Soleil
GASPÉ – Pétrolia a omis d’analyser l’eau souterraine en 2015 autour du puits Haldimand no 4, à Gaspé, ce qui lui a valu un avis de non-conformité du ministère de l’Environnement. La firme juge qu’elle n’est pas obligée de le faire et qualifie la situation «d’imbroglio». Pétrolia a tout de même mené ces tests par la suite, en 2016 et en 2017, mais refuse que les résultats soient publiés.

Le 23 juillet 2014, le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, vient annoncer à Gaspé le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP). Il se veut une réponse à l’inquiétude des résidents d’Haldimand, où Pétrolia veut forer un puits horizontal à 350 mètres de résidences et à 800 mètres d’une source d’eau potable.

Le Règlement, entré en vigueur le 14 août 2014, prévoit d’échantillonner chaque année l’eau souterraine autour des forages d’hydrocarbures, dans l’esprit de détecter une éventuelle contamination.

De novembre 2014 à janvier 2015, Pétrolia complète son forage Haldimand n4. Plus tard dans l’année, du 18 novembre au 20 décembre 2015, la firme fait des travaux de nettoyage du puits et y injecte 70 000 litres d’acide chlorhydrique.

En 2015, Pétrolia n’échantillonne pas l’eau souterraine. Le 17 octobre 2016, le ministère expédie un avis de non-conformité à la firme. Il remarque «qu’aucun échantillonnage n’a été réalisé selon la fréquence prévue [par le RPEP]» et menace d’imposer une sanction de 2500 $.

En réponse aux questions du Soleil, Pétrolia, maintenant fusionnée à l’Albertaine Pieridae, fait valoir qu’Haldimand no 4 n’est pas soumise au RPEP. La raison : le forage a été entamé en 2012, avant l’adoption du règlement. «On a un avis juridique en ce sens», affirme Jean-François Belleau, porte-parole de l’entreprise. 

En 2012, Pétrolia a déboisé le site de forage et mis en place le coffrage conducteur du puits. Elle a suspendu ses travaux quand Gaspé a adopté un règlement imposant une distance de 2 km entre un forage et une source d’eau potable. La municipalité a abandonné la bataille pour défendre son règlement en cour parce que Québec a adopté le RPEP, auquel Pétrolia dit maintenant n’être pas soumise.

M. Belleau ajoute que les puits d’observation de l’eau n’appartiennent pas à Pétrolia, mais à Québec. «Il y a un imbroglio avec le ministère de l’Environnement», dit-il. 

En 2016 et 2017, Pétrolia a échantillonné trois puits d’observation autour d’Haldimand no 4, ce que confirme le ministère de l’Environnement. «On a décidé de le faire pour acheter la paix», dit M. Belleau. L’analyse doit mesurer des substances comme le benzène, les hydrocarbures pétroliers et le méthane. 

Le Soleil a demandé à Pétrolia les résultats de ces tests. «Nous transmettons ces rapports au [ministère de l’Environnement], vous leur en ferez la demande, puisqu’une fois transmis, ils appartiennent au domaine public», a répondu M. Belleau.

Le Soleil a fait une demande d’accès à l’information au Ministère et n’a pas encore reçu de réponse.

Un groupe environnemental s’y est déjà essayé. En août dernier, le comité Ensemble pour l’avenir durable du grand Gaspé a demandé «tous les relevés d’échantillonnages, rapports d’inspections et rapports d’analyses faits par Pétrolia sur ses puits Haldimand 1, 2, 3 et 4 ainsi que sur tous les puits d’observations entourant ces puits à Gaspé». 

Le ministère a demandé l’avis de Pétrolia, puis a refusé de transmettre les documents. Le Ministère a jugé que les observations de la firme sur la confidentialité répondaient aux exigences de la Loi sur l’accès à l’information.