Selon le directeur général de Lauberivière, le refuge déborde présentement de 12 à 15 personnes.

Surpopulation à Lauberivière: la Ville installe des toilettes chimiques

Comme chaque année à la même période, Lauberivière déborde, forçant des sans-abri à dormir dehors… et la Ville à installer des toilettes chimiques sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency.

«On est en situation de débordement tous les étés, et depuis deux ans, c’est tout le temps qu’on déborde», rappelle en entrevue au Soleil le directeur général de Lauberivière, Éric Boulay. 

Même l’ouverture des 15 lits du Crépuscule, un nouveau service que Lauberivière a mis en place en janvier 2018 pour remédier aux nombreux débordements que connaissent l’ensemble des refuges, ne suffit pas.

«Il est plein depuis janvier 2018. On déborde de 12-15 personnes», constate M. Boulay.

Ces 12 à 15 personnes dorment donc dans la rue, certaines installant des campements rudimentaires rue Saint-Paul, à proximité de Lauberivière. Ces sans-abri auraient «satisfait leurs besoins sur la voie publique, rendant nécessaire un lavage des trottoirs de la rue Saint-Paul», nous rapporte par courriel un porte-parole de la Ville de Québec, David O’Brien.

À la suite d’une rencontre avec le directeur général de Lauberivière, la Ville a fait installer il y a quelques jours deux toilettes sèches à l’îlot Fleurie pour pallier l’indisponibilité de toilettes publiques dans le secteur et «offrir un lieu secondaire pour l’hygiène de la clientèle en situation d’itinérance», précise David O’Brien.

Collaboration du CIUSSS de la Capitale-Nationale

La Ville a également demandé la collaboration du CIUSSS de la Capitale-Nationale afin que des travailleurs sociaux soient déployés dans le milieu «pour aller à la rencontre des personnes désaffiliées» et «faire du repérage et du référencement dans le réseau de la santé et des services sociaux ou auprès d’organismes communautaires partenaires», mentionne son porte-parole.

Des mesures à court terme qui ne règlent évidemment pas le problème de fond de l’itinérance à Québec. «Comme ailleurs, la ville grossit, donc le pourcentage de gens à risque d’itinérance est en croissance», note Éric Boulay, qui attribue le problème de l’itinérance à «notre modèle sociétal qui crée de l’exclusion». «C’est une réflexion globale qu’il faut avoir là-dessus. Il faut s’occuper des gens qui passent à travers les mailles du filet», dit-il.

Selon lui, il manque de ressources, humaines et financières, pour aider les gens en situation d’itinérance. «Il faut plus d’argent dans le réseau du RAIIQ [Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec]. On en a des idées, des outils pour sortir le monde de la rue. Il faudrait investir là-dedans, c’est certain», dit-il.

«Prévisible»

Pour le directeur général de PECH, Benoît Côté, le débordement à Lauberivière à cette période de l’année, «c’est quelque chose de prévisible», notamment avec la fermeture pendant quelques semaines l’été de la Maison Revivre et de ses 30 lits, la seule façon de permettre au personnel et aux bénévoles de prendre des vacances. «On le sait que ça va déborder ailleurs. Il faut, comme réseau, trouver des solutions, ouvrir autre chose en attendant» la réouverture de Revivre, dit M. Côté, dont l’organisme accueille actuellement une douzaine de personnes sur sa place éphémère, où des hamacs ont été installés. 

Mais encore faut-il avoir la main-d’œuvre pour s’occuper de ces lits, souligne Éric Boulay.

«En 2021, Lauberivière va passer de 86 lits à 149 lits. C’est bien, mais ça va nous prendre les ressources pour s’occuper de ces lits supplémentaires. […] Il ne faudrait pas se retrouver avec une coquille vide», glisse celui dont l’organisme vient en aide à 5000 personnes chaque année.