Surconsommation d'alcool : l'inquiétante «neknomination»

L'organisme Éduc'alcool s'inquiète du phénomène de «neknomination», qui prend de plus en plus d'ampleur sur les réseaux sociaux. Le principe est simple: on boit une grande quantité d'alcool d'un seul coup, si possible dans des conditions extrêmes, et on nomme ensuite deux de ses amis qui devront faire de même et publier une vidéo de leur exploit dans les 24 heures suivantes.
<p>Le directeur général d'Éduc'alcool, Hubert Sacy</p>
«Ce phénomène est triplement dangereux», soutien Hubert Sacy, directeur général d'Éduc'alcool, lors d'un échange de courriels. Celui qui est présentement en Suisse soutient que le fait que les jeunes se relancent l'un et l'autre entraîne une escalade quant à la quantité d'alcool et aux situations dangereuses auxquelles ils s'exposent. Souvent, les jeunes réalisent leurs «exploits» seuls, si bien que s'il y a une urgence, personne n'est là pour intervenir. Enfin, comme la tendance est virtuelle, il est très difficile pour des organismes comme Éduc'alcool d'intervenir.
Pour le moment, Facebook refuse de fermer les pages qui traitent de la «neknomination». «C'est un manque de conscience sociale déshonorant pour Facebook», soutient M. Sacy. Surtout que le phénomène a pris une ampleur dramatique depuis le début du mois de février. Au moins quatre jeunes hommes de la Grande-Bretagne, âgés entre 19 et 22 ans, sont morts après avoir relevé de tels défis.
Une conséquence dramatique, mais tout à fait réaliste, selon Lise Archibald, médecin au Centre de réadaptation en dépendance de Québec. «Ça me fait peur des phénomènes comme ça, parce que l'ingurgitation rapide d'alcool peut amener la personne dans un état de stupeur, puis dans le coma, et, si on intervient pas rapidement, on parle ensuite de mort. Ce n'est vraiment pas à prendre à la légère», dit-elle.
Un mouvement s'est également créé pour contrer la «neknomination». Par exemple, plus de 100 000 internautes ont vu le Français Julien Voinson remettre de l'eau et des hamburgers à un groupe de sans-abris sur YouTube. C'est ainsi qu'est née la «smartnomination», une version du jeu qui commence aussi à avoir des échos au Québec et où l'on invite les gens à dépasser les limites de la générosité.