Des victimes de traumatismes crâniens répètent pour leur représentation d'une pièce de théâtre sur les années 60 qui aura lieu jeudi, au Musée de la civilisation.

Sur les planches malgré un traumatisme

Expo 67, La Ronde, le bed-in de John Lennon et Yoko Ono, le premier pas de l'homme sur la Lune, les années 60 étaient à l'honneur, mercredi, au Musée de la civilisation, lors de la générale d'un spectacle regroupant une trentaine de participants, tous victimes d'un traumatisme craniocérébral (TCC)
En raison de leur handicap, la plupart de ces comédiens et chanteurs d'un soir éprouvent des troubles cognitifs. Les mots ne leur viennent pas facilement, la mémoire est défaillante, ils peinent à trouver leur marque sur la scène de l'auditorium du Musée de la civilisation. Qu'à cela ne tienne, leur enthousiasme et leur volonté de se dépasser pour l'occasion compensent largement.
«Il y en a qui ont une très bonne mémoire et d'autres pour qui c'est plus difficile. Mais ils s'aident beaucoup entre eux. Ils se soufflent les mots», explique Anne-Pierre Tremblay, professeur de théâtre pour le compte de l'Association TCC des Deux-Rives. L'organisme fondé en 1989 en est à la 20e édition de ce spectacle présenté jeudi soir, au Musée de la civilisation.
Jonathan Coulombe, 35 ans, y participe pour la troisième fois. Il y a 15 ans, il a survécu à un grave accident de la route, à Saint-Georges de Beauce. S'il peine à s'exprimer, il salue néanmoins le ciel d'avoir pu conserver l'usage de ses jambes. «Je suis un miraculé. Selon les médecins, je ne marcherais plus. Ça ne sert à rien de me lamenter. Je vois qu'il y en a qui sont pires que moi.»
Hugo Leclerc, 30 ans, et Isaniel Trudel, 27 ans, ont également payé un lourd tribut à une tragédie routière. Eux aussi éprouvent des ennuis d'élocution et de mémoire. N'empêche, ils se font un devoir et un plaisir de participer au spectacle depuis six ans. «Cette année, je vais essayer de moins faire de la lecture et d'apprendre plus les paroles par coeur», lance le premier.
Outre quelques saynètes de théâtre, la chanson est à l'honneur pendant le spectacle qui a nécessité des mois de préparation. Si l'harmonie vocale n'est pas toujours au rendez-vous, avec raison, chacun y met tout son coeur. Amène-nous à La Ronde, Le début d'un temps nouveau, Ton amour a changé ma vie, les succès de l'époque «flower power», sur une musique préenregistrée, tiennent le haut du pavé.
Gestion en coulisses
«Le défi, c'est d'apprendre les textes. La plupart les lisent, sinon ce ne serait pas possible», explique Olivier Piquer, directeur adjoint et coordonnateur du programme de répit à l'Association TCC des Deux-Rives.
Les entrées et les sorties des participants, les changements de costumes et d'accessoires nécessitent beaucoup de gestion en coulisses, ajoute la récréologue Caroline Gauvin, qui supervise son 18e spectacle. «Nous travaillons avec les limitations de chacun D'une fois à l'autre, ce n'est jamais pareil, c'est une nouvelle réalité.»
«Il faut savoir s'adapter à eux, il faut être créatifs, mais en fin de compte les résultats sont magiques», conclut la chef de choeur Julie Tremblay.