Une année après que Claire Jourdain et les familles endeuillées par la mort d'un des leurs ont parlé à coeur ouvert lors de l'enquête publique sur les suicides chez les Autochtones, l'aide promise tarde à venir. 

Suicides autochtones: une aide qui se fait toujours attendre

«Elle est où l'aide qu'on a promise?» Un an après avoir lancé un poignant cri du coeur lors de l'enquête publique sur la vague de suicides à Uashat mak Mani-Utenam, la grand-mère de Nadeige Guanish, la plus jeune à s'être enlevée la vie, cherche encore.
«Quand est-ce qu'ils vont arrêter de nous promettre de l'aide qu'on n'aura pas?» Au bout du fil, Claire Jourdain est fatiguée d'attendre. «Il y a encore des jeunes qui ont besoin d'aide et on ne voudrait pas qu'ils souffrent comme notre famille souffre. On veut que ça s'arrête, mais l'aide, elle ne vient pas».
Voilà maintenant une année que les familles endeuillées par la mort d'un des leurs ont parlé à coeur ouvert pour aider le coroner Bernard Lefrançois à mieux comprendre la problématique du suicide chez les Autochtones. En 2015, ils sont cinq à avoir mis fin à leurs jours à Uashat en neuf mois. Trois d'entre eux n'avaient pas 25 ans. 
Il n'y a pas eu d'autres suicides dans la communauté de quelque 3500 âmes, mais ceux à demander de l'aide seraient encore nombreux, estime Mme Jourdain. «Il y en a qui ont le projet dans leur tête», assure l'aînée, encore très proche des amis de sa petite-fille. «On manque de personnel, on peine à répondre aux besoins». 
La création d'une ressource spécialisée en matière de crise suicidaire est sur la liste des 41 recommandations faites par le coroner Lefrançois dans son rapport révélé en janvier. Il avait été démontré pendant l'enquête que le service de premières lignes est débordé à Uashat. Ce nouveau centre pourrait donc compter sur sa propre équipe. 
«Un pas à la fois»
«On avance un pas à la fois», assure la conseillère du conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam, Virginie Michel, qui rappelle que les défis sont grands. «Pour mettre en place des structures, des méthodes d'intervention et attacher le financement, il faut être patient. Ce n'est pas du jour au lendemain que tout va se mettre en place». 
L'aménagement d'une ressource spécialisée est toujours dans les cartons. Les services sociaux de la communauté en sont d'ailleurs à mettre la touche finale à leur plan d'action quinquennal pour le soumettre à Santé Canada, à l'automne. «Nous étions un peu en période de transition», affirme Mme Michel. «C'est un très gros morceau». 
Mais ce n'est pas tout, poursuit-elle. «Il faut quand même regarder globalement la situation. On peut bien avoir un centre de crise et d'autres interventions cliniques, il faut aussi agir sur les déterminants sociaux. (...) Il faut considérer le logement, l'éducation, les infrastructures. C'est global, c'est grand». 
Et pour y arriver, il faudra de «réelles positions et actions pour le financement des programmes» gouvernementaux, ajoute Mme Michel. Selon elle, les gouvernements sont à l'écoute. L'application de nouvelles façons de faire passera d'ailleurs davantage par «l'administratif que le politique», nuance-t-elle. 
«On y travaille très fortement, on est très sensible à détresse psychologique», assure la conseillère, qui comprend l'impatience des familles. «C'est ensemble, la communauté, les politiciens, qu'on va aboutir à un mieux-être collectif». L'espoir de Claire Jourdain est encore en vie, affaibli, mais encore là, confie-t-elle. 
«Il ne faut pas lâcher madame. L'espoir, c'est ça qui va nous aider. Les jeunes ont besoin de nous [...] parce que la vie est tellement belle».
Des mesures pour enrayer le fléau de la drogue
Si les actions se mettent en place «un pas à la fois», le conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam (ITUM) a néanmoins durci le ton pour enrayer le fléau de la drogue dans la communauté, aussi montré du doigt par le coroner Lefrançois. 
Pas plus tard qu'au début du mois, la nation innue a mis sur pied une escouade mixte antidrogue formée de la police autochtone et de la Sûreté du Québec pour s'attaquer à la vente de stupéfiants à Sept-Îles, qualifiée lors des travaux de l'enquête publique, de «plaque tournante» pour le commerce. 
Dans les cas à l'étude, les ravages des «speeds», une drogue consommée parfois dès l'enfance, ont d'ailleurs été démontrés. ITUM a aussi choisi d'aller plus loin et songe à exclure de la communauté les revendeurs ayant été trouvés coupables de trafic. Une mesure «pire que la prison», estimait dans nos pages le conseiller Antoine Grégoire. 
Plus de ressources
Une récente entente survenue avec le Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) assurera également la présence d'une ressource au poste de la police autochtone deux demi-journées par semaine. Toujours lors de l'enquête, il avait été noté que certaines victimes passent à travers les mailles du filet de ressources. 
«Une pratique collective» s'est aussi instaurée naturellement sur Facebook depuis l'enquête de 2016. Plusieurs jeunes en détresse tirent la sonnette d'alarme sur le populaire réseau social et quand c'est le cas, une espèce d'intervention sociale informelle se met en place immédiatement, indique la conseillère Virginie Michel.
C'est d'ailleurs via Facebook que Claire Jourdain est la plus active. «Je leur écris aux jeunes, je leur dis de ne pas lâcher», explique l'aînée. Les autorités répondraient aussi rapidement après un appel à l'aide lancé sur le réseau, indiquent Mmes Michel et Jourdain.