La coroner en chef Catherine Rudel-Tessier a indiqué au Soleil que l'enquête publique sur la mort de Nadeige Guanish explorera la question du suicide dans les réserves autochtones dans sa globalité.

Suicide de Nadeige Guanish: promesse d'une enquête «globale»

L'enquête publique du coroner, qui doit se mettre en branle dans les prochains mois au palais de justice de Sept-Îles, ne fera pas seulement la lumière sur les causes de la mort de Nadeige Guanish. Elle explorera la question du suicide dans les réserves autochtones «dans sa globalité», soutient la coroner en chef Catherine Rudel-Tessier.
Marie-Luce Jourdain, la tante de la jeune Guanish, a souhaité que ce suicide soit le dernier qui afflige sa communauté innue. «On n'a pas cet espoir-là parce que ce serait un espoir fou. Mais on pense quand même que cette enquête permettra d'améliorer la situation», expose Me Rudel-Tessier en entrevue
au Soleil.
En temps normal, les enquêtes du coroner sont de simples investigations sur le terrain, menées par un médecin ou un juriste. Dans le cas d'une enquête publique, le coroner a le pouvoir d'assigner des témoins dans une salle d'audience. Les recommandations qui émanent d'une telle enquête doivent avoir une portée sociale. «J'ose croire que nos rapports ont une certaine influence», lance Me Rudel-Tessier.
La coroner en chef confirme que c'est la première fois que son bureau est mandaté pour enquêter sur un suicide dans une communauté autochtone. Si son calendrier le permet, il se peut que Me Rudel-Tessier s'en charge elle-même. Toutes les modalités de l'enquête seront annoncées au début décembre. «Il est encore trop tôt pour dire combien de temps ça va durer», indique-t-elle.
Chose sûre, le mandat sera large. La coroner se penchera très probablement sur d'autres suicides et tentatives de suicide qui ont miné les villes et les villages autochtones ces dernières années. «La loi me permet de faire une enquête publique sur le décès de plusieurs personnes [...] c'est évident qu'on va parler des autres communautés.»
Prévention du suicide
Pour Me Rudel-Tessier, cette enquête publique pourrait ressembler à celle de 2005 sur le décès de cinq personnes âgées, un peu partout au Québec. Enquête qui a débouché sur la création par le gouvernement d'une certification pour les résidences privées pour aînés, en 2007.
«On ne réglera pas l'ensemble des problèmes qui touchent les autochtones. Par exemple, on ne touchera pas au dossier des femmes autochtones disparues ou assassinées», admet Me Rudel-Tessier. Mais elle croit tout de même à l'utilité de cette enquête sur un point : la prévention du suicide.
Nadeige Guanish, 18 ans, mère d'un bébé, s'est enlevé la vie il y a un peu plus d'une semaine. Le ministre de la Sécurité publique Pierre Moreau a ordonné une enquête publique du coroner vendredi dernier. Le chef de la communauté d'Uashat mak Mani-utenam juge toutefois que c'est insuffisant et réclame du gouvernement québécois une commission d'enquête sur les facteurs systémiques qui nuisent aux relations entre les peuples autochtones et les instances québécoises.
Le fédéral consultera les Canadiens
Le gouvernement libéral demandera «d'ici quelques semaines» aux Canadiens de quelle façon il devrait enquêter sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, a affirmé la nouvelle ministre des Affaires autochtones et du Nord.
En entrevue à La Presse Canadienne, Carolyn Bennett a indiqué que le début des consultations préalables à l'enquête serait annoncé avant la fin du mois. Les familles des victimes, des représentants des provinces et des territoires ainsi que des organisations communautaires seront alors impliqués dans ce processus préliminaire, a-t-elle précisé lundi.
Ces consultations permettront notamment de définir précisément le mandat de la commission d'enquête et de déterminer le nombre de ses membres, a indiqué la ministre Bennett.
Des experts des questions autochtones sont aussi d'avis que le gouvernement devra établir très clairement les termes de l'enquête et le calendrier des travaux avant de procéder. «La plupart des gens que j'ai entendus souhaitent un mandat assez large pour se pencher sur ces enjeux complexes», a-t-elle affirmé.  Avec La Presse Canadienne