«Aussi longtemps qu'il existera une demande internationale pour le pétrole et le gaz naturel, le Canada devra être un fournisseur, a déclaré M. Scheer lors de son passage à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Subventions aux entreprises pétrolières: Scheer fait volte-face

SAINT-JEAN, N.-B. — À peine quelques heures après avoir déclaré qu'il ne toucherait pas aux subventions fédérales versées aux entreprises pétrolières et gazières, le chef conservateur Andrew Scheer a fait volte-face à ce sujet.

Ces aides financières pourraient faire l'objet d'un examen et passer sous le bistouri afin de réduire d'au moins 1,5 milliard $ la somme réservée aux subventions fédérales et aux programmes fiscaux des entreprises.

Plus tôt, il avait indiqué qu'il refuserait de le faire, soi-disant parce que le monde entier a besoin du pétrole et du gaz naturel canadien.

«Aussi longtemps qu'il existera une demande internationale pour le pétrole et le gaz naturel, le Canada devra être un fournisseur, a déclaré M. Scheer lors de son passage à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. Selon les prévisions, la consommation future du pétrole et du gaz naturel ne fera qu'augmenter. Il vaut mieux pour le monde et pour notre environnement que cette énergie soit fournie par le Canada.»

Mais en après-midi, il modifiait légèrement le cap.

Il a publié une déclaration dans laquelle il affirmait que les subventions aux entreprises du secteur des hydrocarbures seraient également évaluées.

«Un gouvernement conservateur va mener un examen de tous les programmes de subventions aux entreprises et éliminera ceux qui ne profitent pas aux Canadiens - y compris ceux existant dans le secteur pétrolier et gazier, a-t-il dit en reprenant des éléments du communiqué déjà publié mercredi. Nous allons mettre un terme aux subventions aux riches dirigeants d'entreprises, aux actionnaires et aux entreprises étrangères et mettre cet argent dans les poches des Canadiens.»

Les verts et les néo-démocrates se sont déjà engagés à éliminer toutes les subventions versées à l'industrie des combustibles fossiles.

Les précédents gouvernements conservateurs et libéraux ont promis d'éliminer les subventions inefficaces d'ici 2025 à la suite d'engagements contractés depuis 2009 au sein du G20 et du G7.

Selon le groupe Environmental Defence, les subventions fédérales et provinciales aux entreprises produisant des combustibles fossiles atteignent annuellement 3,3 milliards $. Les gouvernements versent 19 $ par tonne d'émissions de gaz à effet de serre aux entreprises produisant des hydrocarbures, sapant ainsi la lutte contre les changements climatiques. La part fédérale de ce total s'élève à près de 300 millions $, sans compter les quelque 10 milliards $ de prêts accordés par Exportation et développement Canada pour aider les entreprises canadiennes à financer la production de pétrole et de gaz naturel des autres pays.

L'International Institute for Sustainable Developement soutient que le Canada dépense plus par habitant en subventions pour les producteurs d'énergies fossiles que tout autre pays du G7.

Dans le volet environnemental de son programme, M. Scheer dit vouloir exporter davantage de pétrole et de gaz canadiens, car selon lui, la réglementation environnementale stricte du Canada fait en sorte que cette énergie est plus propre que celle produite à l'étranger.

Achat d'IRM et de TDM

M. Scheer s'est par ailleurs engagé, vendredi, à investir 1,5 milliard $ pour l'achat d'appareils d'imagerie par résonnance magnétique et de tomodensitométrie pour remplacer l'équipement vieillissant et réduire du même coup les temps d'attente pour les patients.

Il a cité un rapport du Confence Board du Canada selon lequel l'attente pour des examens diagnostiques est trop longue, ce qui coûterait des milliards de dollars à l'économie.

«Aujourd'hui, le Canada est à la traîne au chapitre des appareils d'imagerie médicale, a-t-il déploré. Nous n'avons pas assez d'équipements pour répondre à la demande croissante d'examens susceptibles de sauver des vies. Le temps d'attente pour les examens et les traitements importants sont trop longs.»

M. Scheer a aussi rappelé qu'en raison du vieillissement de la population, la demande pour ces tests ne fera qu'augmenter.

Il a dit qu'il avait écrit à chaque premier ministre provincial avant les élections pour leur promettre qu'un gouvernement conservateur ne réduirait pas les transferts fédéraux pour les soins de santé et l'éducation. Au contraire, il s'est engagé à les augmenter d'au moins 3 pour cent par année.

C'était le premier passage de M. Scheer dans les Maritimes depuis le début de la campagne. Les libéraux avaient raflé l'ensemble des circonscriptions dans cette région en 2015. Les conservateurs espèrent leur en soutirer une dizaine.

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PÉTROLE CANADIEN: LES VERTS RECTIFIENT LE TIR PLUSIEURS MOIS PLUS TARD

OTTAWA - Les verts ont attendu tout l'été avant de clarifier leur position sur la possible utilisation des sables bitumineux de l'Ouest pour rendre le Canada autosuffisant sur le plan énergétique. La réponse est non.

En entrevue avec La Presse canadienne, le chef adjoint du Parti vert du Canada (PVC), Daniel Green, admet que cet aspect du plan d'action climatique du parti n'a «pas été bien communiqué» dans les derniers mois et «portait à confusion».

«Ça démontre que le Parti vert évolue, rigole-t-il à l'autre bout du fil. On a beaucoup de gens autour de nous - on a un cabinet fantôme, on a des membres - qui sont intervenus pour qu'on clarifie notre position.»

Le PVC prône une réduction de 60 pour cent des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030, soit deux fois plus que l'objectif actuel de 30 pour cent.

Cet objectif ambitieux d'ici dix ans obligerait une «réduction massive» de la production d'essence, et donc du transport de pétrole et l'«abandon de tout pétrole étranger, incluant le pétrole américain», selon M. Green.

Pourtant, la plateforme électorale dévoilée plus tôt cette semaine mentionne l'interdiction de l'importation de pétrole d'Arabie saoudite, mais ne fait pas de mention explicite des autres pays.

En mai dernier, la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, dévoilait son plan d'action climatique intitulé «Mission possible» qui demandait, entre autres, que les Canadiens consomment du pétrole produit au Canada en attendant de s'affranchir totalement des énergies fossiles.

Le pétrole canadien provient essentiellement des sables bitumineux et est réputé pour être beaucoup plus polluant.

Cette position avait fait réagir le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, entre autres, qui dénonçait la position «controversée et incohérente» de Mme May. Il a fait campagne pour récolter des appuis tout l'été afin de forcer ses homologues fédéraux à changer de position.

Le programme du PVC dévoilé plus tôt cette semaine ne fait plus aucune mention de la nécessité d'utiliser du pétrole canadien, ce qui fait dire à M. Tyrrell qu'il avait raison de maintenir la pression.

«Mon point était légitime et ils ont changé le programme en réponse à ça. Alors de dire que c'est un problème de communication, que j'ai mal compris, je trouve que c'est dommage parce qu'en réalité, la position a changé. Ça démontre justement qu'il y avait un problème auparavant», affirme M. Tyrrell en entrevue téléphonique.

Le programme du PVC précise qu'«aucun nouveau projet lié à un pipeline, à l'extraction ou à la production de charbon, à l'extraction de pétrole ou de gaz, incluant le forage de puits en mer, ne sera approuvé». Pas question, donc, de toucher au pétrole des sables bitumineux de l'Ouest canadien. Resterait-il donc dans le sol? «Oui», a répondu M. Green sans hésiter.

Les producteurs de pétrole canadien en pompent déjà suffisamment pour répondre à la demande intérieure, mais il n'y a pas de pipeline reliant l'ouest, riche en pétrole, aux raffineries de l'est.

M. Green soutient qu'il n'est pas question de transporter du pétrole de l'ouest vers l'est.

Idéalement, dit-il, les raffineries de l'Est canadien - comme Suncor à Montréal, Valero à Lévis et Irving à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick - s'approvisionneraient grâce au gisement pétrolier d'Hibernia, dans les eaux de Terre-Neuve.

Pour les provinces de l'Ouest canadien, la formation politique les invite à utiliser plutôt le pétrole dit «conventionnel».

Dans sa plateforme, le parti reconnaît que, «inévitablement», les emplois dans le secteur des combustibles fossiles vont disparaître. Le Parti vert s'engage donc «à offrir une transition équitable aux travailleurs de ce secteur vers les nouvelles industries».

En matinée à Montréal, vendredi, le PVC a dévoilé un «sous-slogan» pour le Québec: «L'urgence d'agir». Il s'agit d'un tout autre slogan que celui qui était mis de l'avant jusqu'à maintenant: «Ni à droite ni à gauche. Vers l'avant ensemble».

Quelques candidats verts du Québec, dont la nouvelle recrue Pierre Nantel, ont pris la parole tour à tour pour expliquer leurs priorités en vue de la prochaine élection.

En plus de la crise climatique, les candidats promettent de «révolutionner» le secteur des transports en commun et de les rendre plus accessibles à tous. Les verts souhaitent aussi instaurer le revenu minimum garanti pour lutter contre la pauvreté et d'abroger la Loi sur les Indiens jugée «désuète» afin d'aider à la réconciliation avec les peuples autochtones.

À une semaine de la grande manifestation pour le climat prévue à Montréal, la chef du Parti vert participait quant à elle à une marche pour le climat à Calgary.

«Ici, cette ville, c'est une grande partie de l'industrie fossile et c'est nécessaire de parler avec tout le monde d'une façon gentille et ouverte», a déclaré Mme May, entourée de manifestants. Catherine Lévesque, La Presse canadienne