«Stratégies» politiques: des bonnes et des nocives...

DÉCODAGE / En prenant congé des journalistes pour aller débattre avec Philippe Couillard, mercredi après-midi, Jean-François Lisée s’est laissé aller à une boutade : «Je me demande si je ne devrais pas envoyer Catherine Fournier à ma place»…

La vedette du jour, c’était sa jeune députée de Marie-Victorin. La veille, elle avait tenu tête au premier ministre en l’interrogeant sur la nomination aux conseils d’administration de sociétés d’État de personnes ayant eu un lien avec le Parti libéral du Québec.

Ce n’est pas le soi-disant «paternalisme» dont aurait fait preuve M. Couillard qui est à retenir; c’est l’aplomb et la ténacité de la députée de 26 ans, même si la réalité des «nominations partisanes» est beaucoup plus nuancée que celle qu’elle a présentée. Dans ce dossier, Mme Fournier était dans une stratégie planifiée et pensée par le Parti québécois.

La députée péquiste de Marie-Victorin, Catherine Fournier, 26 ans

En évoquant une «clôture» pour boucler le chemin Roxham, Jean-François Lisée n’était pas du tout dans une stratégie planifiée en amont. Absolument pas.

Il avait convoqué une mêlée de presse pour présenter deux de ses candidats aux élections, dont Paul St-Pierre Plamondon. À la toute fin, passant à autre chose, un journaliste lui a demandé de quelle façon il «fermerait» le chemin Roxham. C’est à ce moment qu’il a laissé tomber le mot «clôture».

Des membres du caucus péquiste ont été surpris de découvrir les propos de leur chef. Personne n’en avait été prévenu. Et pour cause, puisque cette affaire n’était pas planifiée.

Ce n’est que par la suite, et après avoir esquissé un pas de côté, que le chef péquiste a décidé — et parce qu’il y était désormais obligé — de transformer sa sortie en stratégie; d’en profiter pour refaire valoir les raisons de ses appels à la suspension de l’entente sur les «pays tiers sûrs» avec les États-Unis — ce qui permettrait aux demandeurs d’asile de passer par les postes frontaliers.

Lorsque Philippe Couillard a parlé d’«extrême droite» mercredi pour décrire la Coalition avenir Québec, il était, lui, ostensiblement dans une stratégie, une stratégie de diabolisation.

Il y a 10 jours, le ministre Gaétan Barrette avait donné de ce côté en parlant de la CAQ comme d’une «droite affirmée», d’une «droite froide».

Mais dans cette stratégie, M. Couillard a soudainement poussé le bouchon trop loin. La preuve? Il y a 10 jours, le même ministre Barrette disait aussi ceci : «Nous n’avons pas au Québec, je pense, des partis politiques qu’on peut qualifier d’extrême gauche ou d’extrême droite.»

Attendons de voir pour croire

Deux serpents de mer sont réapparus à l’Assemblée nationale : le scrutin proportionnel et le dossier des dépenses des députés.

Pour ces deux sujets, il faudra toutefois attendre de voir pour croire. Ne doutons pas de la sincérité du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire de vouloir présenter un projet de loi visant à instituer un scrutin proportionnel — si l’un d’eux prend le pouvoir.

Mais si l’un d’eux forme le gouvernement, avancera-t-il jusqu’au bout même si des citoyens finissent par juger trop complexe un système proportionnel? Avancera-t-il jusqu’à une loi en bonne et due forme lorsque, dans certains coins du Québec, des voix s’élèveront pour dire qu’il ne faut pas faire grossir la taille des circonscriptions — car il devra y en avoir moins pour faire de la place à des «députés de listes»?

Un même sain scepticisme est de mise sur la suite réelle qui sera apportée à la résolution adoptée à l’unanimité demandant «qu’un rapport détaillé des dépenses soit publié après chacune des missions parlementaires» des députés québécois à l’étranger.

En toute logique, et pour qu’elle soit sérieuse, il faudrait que cette soudaine volonté s’applique à toutes les indemnités des élus, qu’elles soient liées à leur «allocation annuelle de dépenses», à leur «allocation de déplacement dans la circonscription électorale et ailleurs au Québec», au «remboursement des frais de logement à Québec» et au «remboursement des frais de déplacement».