Buffet, alcool, musique, photos avec le poing en l'air : tout était réuni pour faire de cette soirée une «belle réussite», a décrit un des «stormers» sur Facebook.

Storm Alliance fête dans le sous-sol d'une église, malaise au diocèse de Québec

Le groupe identitaire Storm Alliance a fêté son premier anniversaire, samedi, dans le sous-sol d’une église catholique de Charlesbourg, au grand malaise du diocèse de Québec.

Buffet, alcool, musique, photos avec le poing en l’air : tout était réuni pour faire de cette soirée une «belle réussite», a décrit un des «stormers» sur Facebook. À un détail près : les responsables de l’église Saint-Rodrigue, dans Charlesbourg, n’auraient pas su qu’un groupe reconnu pour ses positions contre l’immigration «illégale» festoyait dans son sous-sol.

Selon Marc Pelchat, évêque auxiliaire de Québec et vicaire général, la paroisse Saint-Charles-Borromée a effectivement loué le sous-sol de l’église Saint-Rodrigue, samedi soir, mais c’est «un individu qui a loué la salle en son nom et les administrateurs ignoraient que se tiendrait cette activité».

Avoir su, la paroisse aurait dit non. Si «Storm Alliance se présente à visage découvert, on va déconseiller de louer, parce que c’est un mouvement de la mouvance d’extrême droite et ça ne fait pas partie des valeurs que nous encourageons», précise Mgr Pelchat. «Nous diffusons plutôt des valeurs d’ouverture et non pas des valeurs de fermeture», ajoute-t-il. 

Éric Trudel, de Storm Alliance, affirme que la réservation du local était pourtant au nom du groupe. «C’était au nom de Storm Alliance», assure M. Trudel. «Ils étaient tout à fait au courant.»

Selon M. Trudel, les membres de Storm Alliance sont victimes d’une réputation de racisme et de xénophobie fabriquée par les journalistes. «À l’église, ils ne veulent pas être associés [à nous] justement à cause de notre réputation de raciste et tout le tralala. Mais tout était fait en règle et ils savaient très bien que c’était Storm Alliance qui s’en venait», dit-il. 


« Si Storm Alliance se présente à visage découvert, on va déconseiller de louer, parce que c’est un mouvement de la mouvance d’extrême droite et ça ne fait pas partie des valeurs que nous encourageons »
Mgr Marc Pelchat, évêque auxiliaire de Québec et vicaire général

Storm Alliance est actif au Québec depuis un peu plus d’un an. Il a été fondé en décembre 2016 à la suite de dissensions au sein de la branche canadienne des Soldats d’Odin, un groupe anti-immigration d’origine finlandaise. 

En septembre, les «stormers» se sont fait connaître en manifestant au poste-frontière de Saint-Bernard-de-Lacolle, où passent des nombreux demandeurs d’asile. Le groupe, qui compte quelque 2500 membres sur Facebook, protestait contre les politiques «destructrices» du premier ministre canadien, Justin Trudeau, en matière d’immigration.

En novembre, Storm Alliance a aussi organisé une manifestation à Québec avec La Meute — un autre groupe identitaire — contre le gouvernement Couillard, en marge du congrès du parti libéral. Des membres du groupe ultranationaliste Atalante avaient aussi manifesté aux côtés des Stormers.

Les responsables de l’église Saint-Rodrigue, dans Charlesbourg, n’auraient pas su qu’un groupe reconnu pour ses positions contre l’immigration «illégale» festoyait dans son sous-sol.

Conflit de valeurs

Mgr Pelchat sait que Storm Alliance se défend d’être contre l’immigration, mais se dit plutôt contre l’immigration «illégale». Cette nuance ne change rien, estime l’évêque auxiliaire. «Dans la perception de la population, ça va être perçu comme un discours de fermeture à l’immigration, à l’étranger, à la personne venue de l’extérieur», dit-il. 

À Québec, plusieurs paroisses ont formé des comités pour accueillir les immigrants, rappelle Mgr Pelchat. Le comité d’accueil de la paroisse Saint-Yves, notamment, a accompagné de nombreuses familles syriennes à leur arrivée à Québec. Le diocèse de Québec a contribué financièrement au soutien de ces comités. 

Storm Alliance avait déjà annoncé qu’il allait fêter son premier anniversaire, mais sans dévoiler publiquement où aurait lieu la célébration. Mgr Pelchat affirme que le diocèse de Québec a appris lundi que la fête s’est tenue samedi soir dans le sous-sol de l’église Saint-Rodrigue. 

«C’est sûr qu’on était mal à l’aise», dit-il.

Lundi, le Diocèse de Québec a demandé aux paroisses de pousser plus loin les vérifications avant d’autoriser la location de locaux, afin de connaître les visées des activités qui s’y tiennent.