Stéphan La Roche a amorcé les pourparlers avec la Société Moulinsart et négocié une prolongation de l’exposition Hergé à Québec de six semaines, car l’engouement du départ ne fléchissait pas après quatre mois.

Stéphan La Roche: quand le droit mène à la culture

Le jeune étudiant guide-­animateur dans les premières années du Musée de la civilisation n’aurait jamais osé envisager qu’il chausserait les grandes chaussures du directeur général de l’époque, Roland Arpin. Encore moins rêver de battre les records en marquant l’histoire du musée avec l’exposition Hergé à Québec.

Le record précédent appartenait à l’exposition L’or des Amériques en 2008 avec une moyenne de 77 000 visiteurs par mois. Le père de Tintin a fait mieux avec 84 100 visiteurs par mois pour un total de plus de 420 000 personnes.

Les statistiques montrent une hausse de 35 % de sa fréquentation entre le 21 juin et le 3 décembre 2017 comparativement à 2016. Et 74 % des gens sondés provenaient de l’extérieur de la région, dont 46 % de l’extérieur de la province. Alors que 40 % des touristes ont affirmé être venus dans la région en tout ou en partie pour visiter l’exposition. Et le nombre d’abonnements au Musée de la civilisation a plus que doublé par rapport à la même période l’an dernier.

Battre des records, c’est ce que Stéphan La Roche a réussi avec Hergé, même s’il insiste pour parler d’un travail d’équipe. «Un directeur général c’est important dans un musée, mais ça fait peu de choses sans les équipes qui l’entourent. C’est à cause de leur efficacité et de leur talent que tout a pu être négocié et réalisé rapidement», insiste-t-il.

Pourtant, c’est lui qui a amorcé les négociations avec la Société Moulinsart et négocié une prolongation de l’exposition de six semaines, du 22 octobre au 3 décembre, car l’engouement du départ ne fléchissait pas après quatre mois.

«J’avais pu voir l’exposition en montage au Grand Palais à Paris, raconte-t-il. C’est ce que je voulais présenter chez nous. Dans les jours suivants, les contacts ont été établis avec la Société Moulinsart et les Studios Hergé pour évaluer les possibilités de présenter le tout à Québec. Tout s’est passé rapidement parce que le Musée de la civilisation est reconnu sur la scène internationale avec sa crédibilité et sa notoriété. Et comme nous avions déjà présenté Au Pérou avec Tintin en 2007, les gens de Moulinsart nous connaissaient et se rappelaient la bonne expérience d’il y a 10 ans. Il était facile de rétablir le lien de confiance nécessaire à la négociation.»

Habituellement, mettre sur pied une exposition de cette envergure prend environ deux ans. Les négociations n’ont pris que quelques mois avant d’entreprendre le travail de préparation supervisé étroitement par les gens de Moulinsart et du studio Hergé qui prêtaient des œuvres de la collection personnelle de Georges Rémi en plus de ses créations, ses maquettes, ses planches à dessin.

Avocat de formation, Stéphan La Roche aime la négociation, l’argumentation, la discussion sur les enjeux. Si son début de carrière touchait le monde du travail, celui des arts et de la culture a rapidement pris le dessus, par intérêt et à cause de la famille qui l’a intéressé au monde culturel dès son plus jeune âge.

«Je n’aime pas me faire dire non», avance-t-il en parlant des négociations. «Cela peut s’accepter si cela offre une possibilité d’un futur oui. Le non donné a un certain moment peut être transformé en oui à un autre moment avec d’autres arguments.» Or, il a lui-même dit non trois fois à l’offre d’occuper le poste de directeur général du musée avant d’accepter de remplacer Michel Côté.

Sa carrière s’est déroulée dans l’univers de la culture et du patrimoine, car il a occupé des postes de direction à la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), et quatre ans à Paris à la délégation générale du Québec comme directeur des services culturels.

De retour à Québec, le maire Jean-Paul L’Allier lui demande de travailler sur le dossier du nouveau Palais Montcalm. Puis, ce sera un séjour de huit ans au Conseil des arts et des lettres du Québec, d’abord comme directeur de la musique et de la danse, puis aux affaires internationales avant de devenir pdg.

M. La Roche, très heureux d’être le premier lauréat de l’année, ne pouvait passer sous silence le fait que 2018 marquait aussi les 30 ans du Musée de la civilisation.