Les tailleurs de pierre auraient laissé des millions de débris du genre sur les lieux.
Les tailleurs de pierre auraient laissé des millions de débris du genre sur les lieux.

St-Augustin à l'ère des tailleurs de pierre

Saint-Augustin-de-Desmaures, il y a 8000 ans. Un groupe d'hommes, peut-être les ancêtres des Hurons, est installé dans une petite forêt de feuillus, non loin d'une bruyante rivière. Ils sont occupés à tailler la pierre très dure qui servira à confectionner armes et outils. D'ici quelques jours, les hommes au visage couvert d'ocre rouge reprendront le fleuve, à bord de leur canot, pour regagner leur territoire de chasse.
Les Amérindiens utilisaient le secteur du boisé Saint-Félix pour confectionner armes et outils.
Ce qui se cache dans le sol, ce sont les pointes cassées que les hommes rejetaient ou les débris laissés durant la taille.
On ne connaît pas grand-chose de la période archaïque, que les historiens situent entre 8000 et 5000 ans avant aujourd'hui; aucun écrit ou dessin ne permet de recréer la vie des habitants de ce qui est devenu le territoire québécois.
Mais grâce au chantier-école en archéologie de l'Université Laval, on sait désormais que le boisé Saint-Félix à Saint-Augustin-de-Desmaures était un important lieu où les Amérindiens venaient chercher la matière brute et travailler la pierre qui allait leur servir pour chasser et se défendre.
Les quatre étudiants et l'archéologue préhistorien Michel Plourde ont déterré des dizaines d'éclats de chert - une pierre à peine moins dure que le diamant - et ils estiment que le site, exploré une première fois dans les années 80, en compte des millions.
Ce qui se cache dans le sol, ce sont les pointes cassées que les hommes rejetaient ou les débris laissés durant la taille. Plus rarement, les archéologues vont mettre la main sur un outil complet, abandonné par son propriétaire parce que trop usé.
Des morceaux de charbon, qui seront analysés avec la technique du carbone 14, permettent aussi d'imaginer que les tailleurs de pierre s'installaient tout près d'un feu pour se réchauffer ou chasser les nombreux moustiques.
Mais le boisé Saint-Félix n'a jamais été un village, croit Michel Plourde. «Le sol est très boueux et avec tous les éclats de pierre au sol, ce n'est pas un endroit où amener des enfants», décrit-il.
Très certainement, les hommes voyageaient seuls, avec un minimum d'équipement, laissant les femmes et leurs petits dans un endroit plus accueillant.
L'archéologue préhistorien Michel Plourde
Échanges commerciaux
Les archéologues ont aussi trouvé dans la terre du boisé Saint-Félix une petite pierre blanche, le quartzite de Mistassini. «Ça nous prouve que même à cette époque, il y avait une forme d'échanges  commerciaux», indique Michel Plourde.
Ce quartzite était d'ailleurs une pierre très prisée, qui favorisait les échanges entre les tribus et les mariages, explique l'archéologue.
Une fois de retour au laboratoire, l'archéologue et ses étudiants analyseront chimiquement plusieurs pierres trouvées pour les relier au bon gisement. Ils peuvent ainsi savoir quelles pierres les Amérindiens devaient «importer» et lesquelles étaient disponibles localement.