L'accréditation de Saint-Antoine-de-Tilly aux plus beaux villages du Québec permet d'attirer des touristes, selon l'association qui attribue cette distinction.

St-Antoine-de-Tilly: l'état du «plus beau village» critiqué

Saint-Antoine-de-Tilly vient de recevoir un sérieux avertissement de l'Association des plus beaux villages du Québec, qui l'enjoint de corriger le tir si elle veut continuer de faire partie de ce club sélect.
En juillet, l'Association a procédé à la réévaluation de l'état du village, et le rapport qui en a résulté n'est pas tendre à l'endroit de Saint-Antoine. «Saint-Antoine fait actuellement l'objet d'une tendance lourde vers la dilution de son patrimoine ancien au milieu de développements incontrôlés arborant une architecture préfabriquée et sans intérêt», écrit l'auteur, Yves Laframboise, une sommité québécoise en matière de patrimoine, aussi administrateur de l'Association.
L'organisme à but non lucratif fait la promotion de la préservation du patrimoine architectural et historique et de la qualité du paysage. Il encourage les gens à visiter ses 35 villages membres, qui se doivent de respecter des critères très précis.
«C'est un label de qualité», a exprimé le directeur général de l'Association, Jules Savoie, qui souligne que l'accréditation aux plus beaux villages du Québec offre une carte de visite exceptionnelle et permet d'attirer des touristes d'ici et d'ailleurs, été comme hiver et souvent pour de longs séjours. Sa contribution au tourisme québécois est de l'ordre d'une dizaine de millions de dollars annuellement, évalue-t-il.
À Saint-Antoine, ce sont les récents développements résidentiels qui sont montrés du doigt. Concentrés dans le secteur de la rue Normand, ils sont une tache sur la toile patrimoniale du village, juge l'Association.
«L'architecture des maisons de ce secteur est sans intérêt puisque stéréotypée, du genre préfabriqué, sans imagination et pèche par manque d'homogénéité», écrit l'évaluateur, qui déplore aussi les «grandes résidences de très mauvais goût» construites par les personnes «moyennement ou assez fortunées» à quelques endroits le long de la rue Principale.
Contrôle du dérapage
Yves Laframboise recommande dans son rapport des mesures pour atténuer ces irritants, comme la plantation de verdure et d'arbres. Il s'inquiète aussi de l'impact final une fois complétée la troisième phase de développement - qui comptera une vingtaine de maisons et qui est en attente en ce moment. «Mais l'horizon s'annonce actuellement sombre...», conclut-il.
Ce sera à l'assemblée générale de l'Association, en mai, de décider du sort de Saint-Antoine. En théorie, on pourrait choisir de lui retirer son accréditation. Mais, généralement, «on laisse la possibilité au village de se corriger s'il y a une volonté immédiate» de la part des élus, explique Jules Savoie.
Le maire de Saint-Antoine, Ghislain Daigle, prend l'avertissement au sérieux. «On a peut-être eu un peu de dérapage, mais il faut remettre les pendules à l'heure», a-t-il soutenu en entrevue téléphonique. Il affirme avoir confié au comité d'urbanisme le mandat de s'assurer que la phase trois du développement soit plus harmonieuse par l'architecture des habitations, entre autres.
Il s'engage aussi à ériger des écrans de végétation pour diminuer l'impact visuel du nouveau quartier, notamment en érigeant un mur acoustique le long de la route 132. «Nous allons faire des efforts pour cacher ce qui est à cacher», dit-il, en admettant que la pression était forte pour accueillir des nouvelles familles à Saint-Antoine afin de «remplir les écoles». Maintenant que celles-ci débordent, «ça nous laisse un petit tampon pour réfléchir».