Le président rwandais, Paul Kagame, accueilli à La Malbaie samedi par le premier ministre Justin Trudeau.
Le président rwandais, Paul Kagame, accueilli à La Malbaie samedi par le premier ministre Justin Trudeau.

La présence de Kagame au G7 divise des Rwandais du Québec

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Ils manifestaient à un coin de rue les uns des autres, le premier groupe brandissant fièrement le drapeau du Rwanda et l’autre accusant le président, Paul Kagame, de crimes contre l’humanité.

La présence de M. Kagame au Sommet du G7 divise la communauté rwandaise du Québec.

Samedi midi, près de la fontaine de Tourny, des Rwandais, accompagnés de Burundais et de Congolais et d'Ougandais, agitaient des pancartes sans équivoque. «Canada, mettez fin à l’impunité de Kagame et envoyez-le en prison pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide», lisait-on par exemple sur la pancarte de Freddy Usabuwera, un Rwandais de Terrebonne.

Au même moment, sur le boulevard René-Lévesque, d'autres Rwandais du Québec manifestaient devant le parlement pour saluer la présence du président Kagame au G7. Certains étaient drapés dans le drapeau rwandais. «Notre président est invité, c’est un privilège!» dit Jean Damascen, un des pro-Kagame. 

D'un côté, près de la fontaine de Tourny, des manifestants dénonçaient dimanche la présence du président Paul Kagame au Sommet du G7.
De l'autre, sur le boulevard René-Lévesque, d'autres Rwandais saluaient la présence du président à La Malbaie.

Génocide 

Les détracteurs du président rwandais n'étaient pas du même avis. Ils lui reprochent notamment son rôle dans le génocide rwandais de 1994.

Selon les témoignages recueillis par le Tribunal pénal international des Nations Unies pour le Rwanda, M. Kagame et ses troupes ont enflammé la violence contre les Tutsis en abattant l'avion et en tuant l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira le 6 avril 1994. Cet événement a déclenché le génocide qui a fait environ 800 000 morts. 

Les Nations Unies ont aussi constaté que les troupes de M. Kagame avaient commis un génocide contre des réfugiés rwandais au Congo en 1996-1997 lorsque son armée a envahi et renversé l'ancien président congolais Mobutu Sese Seko.

«Pourquoi un criminel comme Kagame peut être invité au Sommet du G7, dont les dirigeants défendent les droits humains», dénonce M. Usabuwera. «Nous manifestons aujourd’hui pour montrer notre indignation», dit-il. «Comment peuvent-ils s’assoir avec Paul Kagame!»

Pour Joachim Muntezintare, qui manifestait avec les pro-Kagame, la présence du président rwandais est au contraire une bonne nouvelle. Ce dernier a fait faire des bonds de géant au Rwanda, notamment au niveau de la croissance économique et de l'augmentation de la qualité de vie, fait-il valoir. 

Le Rwanda fait aussi bonne figure dans des enjeux mis de l'avant au G7, note M. Muntezintare. Par exemple, le pays a banni depuis 14 ans les sacs en plastique et tous les emballages inutiles. À l'Assemblée nationale rwandaise, 61% des postes sont occupés par des femmes. 

«Il y a seulement 23 ans, c'était un pays en déliquescence complète, dit Joachim Muntezintare. Et maintenant, c'est un phare en Afrique centrale.»

Paul Kagame a été réélu l'été dernier avec plus de 98% des voix. Depuis la fin janvier, il occupe la présidence tournante de l'Union africaine.