Une barrière est déjà érigée à La Malbaie.

Sommet du G7: la caravane sécuritaire en route

«Environ le 4 juin», la chape sécuritaire tombera sur Charlevoix : affichage en bord de route dès Sainte-Anne-de-Beaupré, barrages «de courtoisie» depuis Baie-Saint-Paul jusqu’au cœur de La Malbaie, fermeture de la «zone de circulation restreinte» autour du Manoir Richelieu. Les forces de l’ordre prendront le contrôle.

Les éclaireurs sont au travail depuis des mois, multipliant les «exercices de reconnaissance» en prévision du Sommet du G7, la rencontre des chefs d’État des sept puissances politico-économiques des 8 et 9 juin. Une page mise en ligne par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) avertit d’ailleurs : «Que ce soit sur terre, sur l’eau ou dans les airs, il est possible que les citoyens soient témoins d’essais ou de manœuvres de repérage.»

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Ce n’est toutefois qu’un prélude : la caravane policière et militaire est en route. «Au cours du mois de mai, on va sentir que ça va bouger beaucoup», explique au Soleil Marie-Ève Martin, agente de relations communautaires déléguée à La Malbaie par la Sûreté du Québec (SQ). «Les équipes vont arriver.»

Mme Martin fait partie d’un quatuor féminin installé dans la caserne des pompiers locale depuis septembre. C’est là que nous avons rejoint les policières : deux de la SQ — Marie-Ève Martin et sa consœur Laurie Bergeron —, deux autres de la GRC — Isabelle Michaud et Ann Marcotte.

La SQ et la GRC dans le même bureau? C’est que policiers et militaires travaillent main dans la main pour «protéger» les politiques et les citoyens à l’occasion de la rencontre internationale, nous explique-t-on. Ils sont réunis au sein du Groupe intégré de la sécurité (GIS), piloté par la GRC. Les corps municipaux de Québec et de Saguenay en font aussi partie.

Donc, tout ce beau monde se prépare. «Vous allez voir beaucoup plus de policiers», a d’ailleurs prévenu Ann Marcotte durant un échange avec un regroupement de personnes handicapées auquel Le Soleil a assisté. «Vous allez voir des policiers, des hélicoptères, des zodiacs.»

Les policières Marie-Ève Martin, de la SQ, et Isabelle Michaud, de la GRC. Pour le G7, les différents corps de police sont réunis au sein du Groupe intégré de la sécurité (GIS), piloté par la GRC.

Laurie Bergeron, de la SQ, tempère immédiatement : «Tout dans la ville va être fonctionnel. […] La vie continue.» Sauf que… Vaudra mieux éviter la côte Bellevue, où une clôture sera érigée. Les indigènes devront en outre faire un détour par le chemin Mailloux s’ils veulent circuler d’est en ouest; il y aura d’ailleurs un poste de contrôle au rond-point de la route 362 un peu au nord de Saint-Irénée. Et l’aéroport régional sera militarisé, entre autres parce qu’il pourrait être un bon plan B s’il y a des problèmes à la base de Bagotville, où les puissants devraient atterrir.

Ann Marcotte ajoute une recommandation : «C’est certain que si vous avez à vous déplacer […] il faut prévoir plus de temps.»

Conseil qui vaut pour les automobilistes et camionneurs qui voudront passer par Charlevoix. Les autorités veulent assurer la fluidité sur la 138, qui canalisera tout le trafic de transit.

D’ailleurs, des barrages «de courtoisie» seront plantés à des points stratégiques afin d’aider les chauffeurs à «choisir» la bonne route. Lors de notre récent passage à Baie-Saint-Paul, la vie suivait son cours, tranquille. Des policiers devraient cependant s’y poster en juin pour détourner les véhicules qui voudraient emprunter la 362 longeant le fleuve.

Même chose sur le pont de La Malbaie. Des autos-patrouilles aux gyrophares allumés seront stationnées, des agents questionneront les usagers de la route. Comme lors d’opérations pour contrer l’alcool au volant, illustre Laurie Bergeron.

Il y en aura sans doute ailleurs. Pensons, par exemple, à l’intersection de la route 138 et de la 170 menant à Saguenay; en prévision du Sommet du G7, le fédéral a dépensé des millions de dollars pour s’assurer que le signal cellulaire soit performant sur toute cette voie menant à la base militaire de Bagotville. Des convois pourraient y circuler.

Calendrier temporaire

Quand les mesures de sécurité «visibles» seront-elles déployées? La date officielle imprimée sur les pamphlets est le 4 juin. 

D’autres représentants des forces de l’ordre pourraient cependant chambouler le calendrier. Le Groupe intégré du renseignement (GIR) a des agents sur le terrain et sur le Web. Selon les informations recueillies par ceux-ci, le programme pourrait être modifié, le niveau sécuritaire pourrait croître, le périmètre pourrait s’étendre.

Soulignons qu’il n’a pas été facile de rencontrer les agentes communautaires du GIS. La GRC a d’abord refusé notre requête. Nous avons insisté, sans grand succès; la GRC voulait dépêcher une escorte mont­réalaise pour superviser l’entrevue du Soleil... mais celle-ci n’était pas disponible le jour de notre virée dans Charlevoix. Des réticences difficiles à comprendre du point de vue journalistique, le mandat des agentes communautaires étant justement de diffuser l’information pour rassurer les citoyens, pour dissiper les rumeurs. Objectif que les quatre policières rencontrées affirment avoir atteint.

Puis, nous avons renouvelé notre demande. Et, quatre jours plus tard, juste avant notre tournée charlevoisienne, la GRC a effectué un revirement inattendu : «Nos agentes de La Malbaie ont plusieurs disponibilités cette semaine.»