Les activités de la clinique externe de soins palliatifs de L’Hôtel-Dieu de Québec ont été suspendues au début du mois.

Soins palliatifs de L’Hôtel-Dieu: des médecins prêts à prendre la relève

Une relève médicale spécialisée est prête à prendre en charge les patients qui nécessitent un suivi à la clinique externe de soins palliatifs de L’Hôtel-Dieu de Québec, dont les activités ont été suspendues au début du mois. Suffit que les règles le permettent.

Ces règles, ce sont la loi 20, les plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM) et les activités médicales particulières (AMP), qui orientent les nouveaux médecins vers un secteur précis (urgence ou CHLSD, par exemple), en plus de les obliger à prendre en charge un minimum de patients en cabinet (généralement 500).

Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, une jeune médecin vient tout juste de terminer sa formation de compétences avancées en soins palliatifs à l’Université Laval et pourrait suivre les patients de la clinique externe de soins palliatifs de L’Hôtel-Dieu de Québec, qui a mis la clé dans la porte le 4 novembre en raison du «manque d’effectifs médicaux», expliquait-on dans une note interne du CHU de Québec dont nous avons obtenu copie, la semaine dernière. 

Trois autres nouveaux médecins termineront cette formation d’un an à l’Université Laval en juillet 2019. Cette relève ne peut toutefois pratiquer en soins palliatifs à Québec que si les règles le permettent. Jusqu’à tout récemment, les soins palliatifs ne faisaient pas partie des besoins de recrutement prioritaires. Mais les établissements et le DRMG ont été «sensibilisés» dernièrement, notamment à la suite du dépôt le 14 novembre d’un rapport sur la situation des soins palliatifs à Québec, nous a-t-on dit au CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

«C’est une des priorités. Quelle forme ça va prendre [le recrutement de médecins en soins palliatifs], ça, je ne peux pas vous le dire aujourd’hui, mais toutes les énergies sont mises» pour combler les besoins, assure le DRMG, le Dr Jacques Bouchard, tout en soulignant que la solution «ne passe pas nécessairement par les nouveaux facturants». 

Les médecins déjà en pratique ou les «retours de région» peuvent aussi venir prêter main-forte en soins palliatifs, mentionne-t-il. «Mais des besoins, il y en a aussi dans d’autres secteurs», notamment en cabinet, à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec et à l’Institut universitaire de santé mentale de Québec, rappelle le DRMG. 

Cela étant, avec le nouveau gouvernement, «peut-être qu’on va avoir plus de souplesse pour recruter dans les établissements», glisse le DBouchard. 

Des règles rigides

«Entre 2012 et 2017, 31 médecins ont été formés en soins palliatifs au Québec, mais seulement 35 % font plus de 40 % de leur pratique en soins palliatifs. Il y a même des médecins qui sont partis travailler à l’extérieur parce qu’ils ne pouvaient pas» exercer à temps plein au Québec, se désole la présidente de la Société québécoise des médecins de soins palliatifs (SQMDSP), la Dre Christiane Martel, déplorant «une perte d’expertise». 

L’erreur, selon elle, c’est d’avoir «généralisé la pratique en cabinet» pour tous les médecins de famille, au détriment des deuxième et troisième lignes. «Le problème, c’est la complexité de l’attribution des postes en médecine de famille pour ceux qui ont des compétences avancées» dans un champ précis de pratique, résume-t-elle. 

«Tout le monde comprend qu’il y a des besoins partout, que ce soit à l’urgence, en CHSLD, en cabinet ou ailleurs. La pénurie de médecins est partout» et tout le monde se retrouve à tirer la couverture de son côté, observe la Dre Martel. «Mais les médecins qui ont des compétences avancées, il faut trouver le moyen de leur attribuer un poste», insiste-t-elle.

Pour rappel, une centaine de patients aux prises avec des douleurs souvent complexes sont touchés par la fermeture de la clinique externe en soins palliatifs de L’Hôtel-Dieu de Québec, sans compter ceux qui se seraient ajoutés si les services étaient toujours offerts. Ceux qui ont un médecin de famille ou qui sont suivis par un médecin spécialiste sont référés à ces docteurs; les autres sont pris en charge par l’infirmière et le pharmacien en soins palliatifs de la clinique. Le CHU de Québec et le CIUSSS de la Capitale-Nationale disent travailler en étroite collaboration pour assurer un suivi à ces patients.

Une expertise pointue

L’hémato-oncologue Marc Lalancette est de ceux à qui des patients sont référés. S’il est capable de soulager la majorité de leurs symptômes, il ne sera jamais aussi spécialisé que les médecins de famille qui ont suivi une formation avancée en soins palliatifs ou qui ont l’expérience de cette pratique, expose-t-il. «Les patients qu’on référait là [à la clinique], ce sont les cas plus problématiques, dont les douleurs sont plus difficiles à contrôler. Ils avaient un excellent service, revenaient contents, soulagés après leur rendez-vous», souligne le Dr Lalancette.

En réaction à notre premier reportage sur la fermeture de cette clinique, la semaine dernière, le médecin résident Antoine Morin Coulombe a publié ce message sur Facebook : «Les médecins de soins palliatifs font un travail irremplaçable […]. Si notre rôle, en oncologie médicale, est de prolonger la vie et de retarder le moment où le cancer la rend plus difficile, les médecins de soins palliatifs rendent cette période de souffrance physique ou psychologique tolérable.»

Selon lui, cette fermeture est «la conséquence d’une pression inappropriée de la part d’un réseau rigide, géré comme on gère une entreprise privée».  

Nos reportages ont aussi fait réagir la députée Véronique Hivon. L’élue péquiste a rappelé dans nos pages samedi que la situation des patients touchés par la fermeture de la clinique était contraire à la Loi sur les soins de fin de vie, qui prévoit que toute personne dont l’état le requiert a droit à des soins palliatifs.