Une centaine de patients sont touchés par la fermeture de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec, sans compter ceux qui se seraient ajoutés si la clinique était restée ouverte.

Soins palliatifs: cri du coeur des infirmières

Des infirmières pivot du Centre de recherche clinique et évaluative en oncologie (CRCEO) dénoncent à leur tour la fermeture de la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec. «Tous les jours, depuis l’annonce de la fermeture, nous côtoyons directement la souffrance des personnes sans suivi palliatif», écrivent-elles dans une lettre envoyée mercredi soir à la ministre de la Santé, Danielle McCann. En entrevue au Soleil, la ministre s’est voulue rassurante, affirmant que tous les patients de la clinique seront suivis par un médecin de famille.

Le Soleil rapportait la semaine dernière que le CHU de Québec avait fermé le 4 novembre la clinique externe de soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec en raison du manque d’effectifs médicaux. Une centaine de patients, dont 38 sans médecin de famille, sont touchés par cette fermeture, sans compter ceux qui se seraient ajoutés si la clinique était restée ouverte. Le CHU de Québec et le CIUSSS de la Capitale-Nationale ont affirmé que tout était mis en œuvre pour assurer un suivi aux patients avec des infirmières, des pharmaciens et des médecins spécialistes.

La dizaine d’infirmières pivot qui ont signé la lettre à la ministre de la Santé ne voient pas tout à fait les choses du même œil. «Nous constatons que la diminution des soins dispensés brime les patients et les atteint dans leur dignité. Il est de notre devoir, en tant que professionnelles de la santé, de parler en faveur de ces personnes fragilisées et très vulnérables», écrivent-elles.

Les professionnelles rappellent que «la solution proposée jusqu’à maintenant repose sur les infirmières pivot en oncologie, sur les pharmaciens spécialisés en soins palliatifs et sur une infirmière en soins palliatifs, dont nous avons aucune garantie qu’elle sera là encore dans quelques jours».

En réaction à nos reportages, la semaine dernière, la ministre Danielle McCann assurait qu’il y avait «une continuité de services» et que les équipes de soutien à domicile étaient «à pied d’œuvre» pour rejoindre les patients et offrir les soins nécessaires. «Bien sûr, ces paroles tentent de rassurer l’opinion publique et les personnes atteintes d’un cancer, mais pour nous, ces propos ne sont malheureusement pas compatibles avec la trajectoire en soins palliatifs», soulignent les infirmières pivot.

«Pas une solution viable»

«La situation actuelle, qui en est une de crise, ne constitue pas à nos yeux une solution viable. […] Il faut comprendre que la trajectoire ne se définit pas en deux sections, soit le temps où la personne reçoit les traitements actifs et le temps où les soins de fin de vie sont prodigués. Les soins palliatifs font partie du continuum de soins, car plusieurs personnes nécessiteront un suivi de leurs symptômes tout au long de leur trajectoire oncologique», exposent les infirmières.

Et c’est sans compter le lot de responsabilités qui est déchargé sur des ressources déjà surchargées, «ce qui, au bout du compte, ne va sûrement pas rendre les services en oncologie efficaces, bien au contraire», ajoutent-elles. Une infirmière pivot, même bien intentionnée, n’est malheureusement pas l’équivalent d’un suivi prodigué par une équipe de soins palliatifs en termes d’expertise et de prise en charge globale, font du reste valoir les signataires de la lettre.

Selon elles, plusieurs patients «n’ont aucun suivi médical pour soulager une douleur complexe». Elles citent l’exemple de la méthadone, que plusieurs médecins ne seraient pas à l’aise de prescrire.

«En conséquence, plusieurs personnes ont été redirigées à l’urgence pour une douleur insupportable, alors que d’autres doivent attendre avant de pouvoir consulter un spécialiste», déplorent les infirmières, affirmant qu’il est «maintenant fréquent d’entendre des personnes atteintes d’un cancer vouloir se tourner vers l’aide médicale à mourir en raison de symptômes complexes non soulagés».

Pour la Société québécoise des médecins de soins palliatifs, qui dénonce également la situation dans une lettre ouverte, il faut un assouplissement des règles (loi 20, plans régionaux d’effectifs médicaux et activités médicales particulières), qui empêchent les médecins de famille ayant des compétences avancées en soins palliatifs de pratiquer dans leur champ d’expertise.

Au bout du fil, jeudi en fin de journée, la ministre Danielle McCann a dit avoir «bien analysé la situation» avec les directions du CHU de Québec et du CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui devraient s’adresser aux médias vendredi.

«Les 38 patients [de la clinique] qui n’avaient pas de médecin de famille, ils vont en avoir un. Ils vont être suivis par un médecin de famille et par un pharmacien», a annoncé la ministre de la Santé, précisant que les infirmières pivot seront mises à contribution en faisant «le pont». «Elles vont contacter tous les médecins de famille, et les médecins vont travailler avec les pharmaciens, dans la communauté, comme c’est le cas ailleurs» au Québec, a-t-elle dit.